Au procès de l'assassinat de son compagnon, où comparaissent trois hommes, dont deux de ses frères, Oroba A. a décrit mercredi devant la cour d'assises du Val-d'Oise la menace qu'elle sent toujours peser sur elle.
"Je vis toujours dans la peur, je me sens toujours menacée, comme si j'étais sous surveillance", a déclaré Oroba A., à l'issue d'une audition parfois laborieuse et alors que les trois hommes comparaissent depuis mardi également pour avoir tenté de l'assassiner.
Assistée d'une interprète, la jeune femme originaire de Syrie, qui a eu 28 ans mardi, est revenue pendant quatre heures sur son histoire.
Absente du tribunal pour des raisons de sécurité, elle a témoigné par visioconférence.
Coiffée d'un voile et vêtue d'une veste en cuir noir, la jeune femme a parlé de sa famille, issue de la communauté des Doms, branche moyen-orientale des Roms, où les mariages se font au sein de la famille et sous l'autorité des hommes.
"C’est une grande famille, très connue", a-t-elle raconté, décrivant son père comme un homme "respecté" et "écouté" dans sa communauté.
- Mariage forcé -
Originaire de Syrie, la famille a fui le pays au début de la guerre civile pour finir par se réfugier en France.
"Avant, je n'avais pas de problèmes avec eux à la maison", déclare-t-elle. Mais à partir du moment où sa famille découvre sa relation avec Daniel Y., d'origine turque, en 2021, "tout a changé".
Lorsqu'ils apprennent qu'elle côtoie cet homme étranger à la communauté Dom, rencontré quatre ans auparavant dans son restaurant, qu'elle fréquentait avec ses frères, sa famille lui confisque son téléphone, l'enferme, et organise un mariage forcé avec un cousin, Abdelhamid A.
Lui aussi aurait dû se retrouver sur le banc des accusés, à l'instar du père et d'un autre frère d'Oroba A., mais tous trois sont actuellement en cavale.
Après la cérémonie de mariage, où elle ne "pouvai(t) pas faire autrement" que faire semblant d’être heureuse, elle parvient à récupérer son téléphone et à joindre Daniel Y., avec lequel elle s'enfuit le 15 juin 2021.
S'ensuivent des mois de menaces de mort.
"On vivait avec la peur et c’est pour ça que Daniel ne me laissait jamais toute seule", a-t-elle raconté à la Cour.
Tout bascule le 14 novembre 2021. Ce soir-là, Daniel Y. et Oroba A. s'affairent autour de leur voiture à Bonneuil-en-France (Val-d'Oise) à cause d'un problème technique lorsqu'un homme surgit et tire plusieurs coups de feu, avant de s'enfuir.
Daniel Y. est touché par plusieurs balles dans le crâne et au thorax, Oroba A. étant parvenue à s'échapper quelques secondes plus tôt.
Lors de son audition le lendemain des faits, la jeune femme assure aux enquêteurs qu'elle a reconnu la silhouette, la démarche et la voix de son frère Wael A. qui, mardi, a pour la première fois reconnu avoir tiré sur Daniel Y. mais nie toujours avoir voulu tuer sa soeur.
Oroba A. en est toutefois certaine: "c'est moi qui étais visée" et "c'est mon père qui a pris la décision".
- "Dans la paranoïa" -
Mercredi, la présidente de la cour a également fait état d'une plainte déposée en 2024 par une de ses sœurs et qui évoque des "menaces de mort" de la part de sa famille qui n'accepte pas son compagnon.
"Ils ont tenté de m’enlever afin de m’emmener de force au Sénégal (où se cacherait le père de la famille, NDLR) pour m’exécuter", a-t-elle déclaré aux policiers. Elle assure avoir été battue et séquestrée avant de parvenir à s'enfuir.
Outre Wael A., un ami de ce dernier, Nawras K., est jugé pour l'assassinat de Daniel Y. et tentative d'assassinat sur Oroba A.
Le troisième accusé, Abdul Razzak A., frère de Wael A. et d'Oroba A., est, lui, soupçonné d'avoir participé à la préparation de cette expédition meurtrière.
Pudique sur ses conditions de vie, Oroba A. a seulement qualifié sa vie actuelle de "très difficile".
"Je n’ai pas de maison, je n’apprends pas la langue, je n’ai pas de travail, ça n’a pas avancé dans ma vie", a déclaré celle qui affirme vivre aujourd'hui "dans la paranoïa".
Par Kevin TRUBLET / Pontoise (France) (AFP) / © 2026 AFP