David Lisnard : "Cette crise révèle un déclassement de la France, il faut se reprendre en main"

David Lisnard, maire LR de Cannes, porte-parole de l'Association des maires de France, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 31 mars 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

David Lisnard interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 31 mars 2021 à 7h40.

David Lisnard : "Un bouquet d’indicateurs peu transparents"

Un nouveau Conseil de Défense a lieu à l’Élysée, mercredi 31 mars, alors que la France est aux prises avec une troisième vague pandémique. "Je n’ai pas plus d’informations que vous", assure le maire de Cannes. "Ça fait plus d’un an que quasiment chaque semaine on attend avec une sorte de frénésie des mesures qui vont être annoncées", pointe David Lisnard qui y voit l’incapacité "d’objectiver les comportements à adopter et les scénarios réglementaires" pour gérer l’évolution du virus et de la maladie.

Selon le maire Les Républicains, il existe "un bouquet d’indicateurs" pour comprendre l’évolution épidémique, et qui en France ne sont pas "transparents". Si on a chaque jour des nouvelles informations, "on n’a pas de façon rationnelle le mix d’indicateurs qui permet, en face, d’avoir des scénarii", regrette l'élu.

L’absence de constante dans les réponses du gouvernement aux évolutions des indicateurs conduit à "une sorte d’infantilisation, et pas seulement dans le langage : dans la façon verticale dont c’est dirigé, il n’y a pas de délibérations", déplore David Lisnard pour qui "on nous exclut, en tant que citoyens, de la responsabilité de l’accompagnement".

 

 

"On a de l’agitation et de l’incertitude supplémentaires"

Cette situation "vient de l’exécutif", estime le maire de Cannes, et surtout du président de la République "qui arbitre et qui décide". Si le Conseil de Défense était "pertinent" au début de la maladie, en février-mars 2020, on aurait, depuis, été "capables de passer à une approche beaucoup plus agile, beaucoup plus transparente et beaucoup plus sereine".

"Aujourd’hui tout repose, par sa faute, sur les épaules du président", estime-t-il, jugeant ce dernier incapable "d’objectiver". Une situation qui impacte négativement la vie des Français. "La bonne gestion c’est d’apporter de la stabilité face à l’incertitude, et d’apporter 4-5 scénarii", recommande David Lisnard.

Pour le maire de Cannes, la France n’a pas su s’organiser, ce que prouverait "ce feuilleton quotidien, et au moins hebdomadaire, d’excitation entre des off" venant de ministres, de proches du pouvoir ou de scientifiques. De fait, "on a de l’agitation et de l’incertitude supplémentaires, là où on devrait avoir des scénarii" plus clairs.

 

D’autres pays, en Europe, parviennent à anticiper, comme l’Allemagne bien qu’elle pâtisse "elle aussi du choix européen de la vaccination", ou encore l’Italie, même si elle n'est pas "un modèle d’organisation et de gouvernance". En Italie, les citoyens peuvent accéder "aux données épidémiologiques" qui définissent certaines mesures, comme l’ouverture ou la fermeture des restaurants ou l’autorisation de se déplacer. Ces mesures contraignantes "sont beaucoup plus faciles à partager, à respecter, à adopter en responsabilité, en être adulte, si on nous donne les données scientifiques qui conditionnent les données politiques".

 

"Une semaine d’avance sur le calendrier national" à Cannes

David Lisnard veut ouvrir la vaccination aux moins de 50 ans résidant à Cannes, ce qui est interdit par le ministère de la Santé qui applique la stratégie des tranches d’âge pour cibler les plus à risque en priorité. "J’ai été très surpris de l’attaque personnelle qui a été formulée" par Olivier Véran, déplore le maire qui rappelle que Cannes a respecté "tous les protocoles" et a "un taux de vaccination des publics cible très élevé". "On a de l’avance", estime-t-il, malgré la "pénurie de doses globale en Europe".

Le centre de vaccination de Cannes a été "un des premiers de France" à vacciner, soit "une semaine d’avance sur le calendrier national". La municipalité a réussi à ne perdre aucune dose "pour les publics cible", notamment au niveau du nombre de doses par flacon Pfizer et Moderna, et a organisé un "vrai système auprès des personnes de plus de 75 ans", se félicite-t-il. C’est ce qui a permis à Cannes d’avoir de l’avance sur le reste de la France, et atteindre "un taux de vaccination des plus de 75 ans qui est un des plus élevés voire le plus élevé de France". Il souligne qu’il "applique scrupuleusement la règle" fixée pour la vaccination publique.

 

"On ne va pas changer d’approcher parce que le vaccin serait d’origine russe"

Le vaccin russe Sputnik n’a pas été encore validé par l’Agence européenne du médicament mais des voix s’élèvent pour demander que des doses soient d’ores-et-déjà commandées. "Il faut faire preuve de rationalité", demande Davis Lisnard. "Il faudra évidemment en commander, comme d’autres vaccins", lorsqu’il aura obtenu l’aval des autorités sanitaires. "On ne va pas changer d’approcher parce que le vaccin serait d’origine russe", assure l'élu.

Pour le maire, la crise révèle "un manque de sens pratique et d’organisation de l’exécutif" ainsi qu’un "déclassement de la France qui nécessite une reprise en main". "Le sens critique et le sens rationnel se sont affaiblis pendant la crise", déplore David Lisnard qui prend en exemple le cafouillage avec le vaccin AstraZeneca, suspendu puis de nouveau autorisé.

 

"Avec une politique sanitaire solide on peut éviter de tout fermer"

Alors que l'exécutif menace de fermer toutes les écoles dès ce vendredi, David Lisnard estime qu'avec "une politique sanitaire solide on peut éviter de tout fermer". Mais en l'absence de celle-ci, "la seule solution qui apparaît c'est d'empêcher les interactions humaines", déplore le maire qui souligne que "dans les faits, les écoles sont fermées de plus en plus puisqu'il suffit d'un cas Covid pour qu'une classe soit fermée".

La même question se pose au sujet des élections départementales et régionales. "Il est moins dangereux d'aller voter, si on maîtrise bien le bureau de vote, si on le met en extérieur, que de prendre le métro, l'avion ou aller dans la supérette du coin", estime le maire de Cannes qui pointe surtout une "difficulté" pour la campagne électorale. "Comment arriver à faire en sorte qu'il y ait une campagne électorale qui ne mette pas en péril la santé ?", s'interroge-t-il en précisant qu'une campagne départementale et régionale "ne se traduit pas par des grands attroupements".

L'élu Les Républicains prévient qu'on ne peut plus "confiner la démocratie" et évoque une solution : "découpler les départementales et les régionales, tenir les départementales à la date prévue, et décaler de quelques semaines ou mois pour les régionales". Une solution qui, pour le maire, "permettrait d'avoir moins de monde dans les bureaux de votes, et d'avoir plus de disponibilités de lieux pour faire campagne".

 

"Faire valoir des convictions"

À l'approche des élections présidentielles et d'une probable primaire à droite, David Lisnard souhaite "affirmer une offre politique qui correspond aux besoin du pays". Une offre "très raisonnable, très rationnelle et un peu transgressive pour qu'on relibère la société pour créer de la richesse", explique-t-il. Le maire de Cannes n'accepte plus "le déclin économique et éducatif", rappelant que la France est passé du sixième rang en richesse par habitant, il y a 25 ans, au 23e rang aujourd'hui.

Pas directement candidat, David Lisnard explique vouloir "faire valoir des convictions et un contenu programmatique précis, pointu". Avant de désigner un candidat, "le temps est à la conception de vraies matrices programmatiques parce que beaucoup de Français ne croient plus à la capacité des élus d'exécuter les choses", souligne-t-il. L'élu fait le voeu de "créer une espérance française, éducative, industrielle et économique", estimant qu'il n'y a "pas de fatalité au déclin français". 

 

"Apprendre la tolérance et la raison critique"

Le thème de l'éducation est particulièrement cher à l'élu des Alpes-Maritimes, qui déplore "un endoctrinement sur l'intersectionnel ou le transgenre" dans le contenu éducatif. "Je trouve qu'ils prennent beaucoup de place dans l'enseignement, alors qu'on a besoin d'apprendre le français, les mathématiques, la raison critique, la philosophie", déplore-t-il. Le maire de Cannes admet que l'on devrait "apprendre la tolérance et la raison critique mais ne pas faire de l'enfant un objet militant, de même sur l'environnement".  

David Lisnard dénonce "une idéologie déconstructionniste" depuis 40 ans au détriment de l'enseignement. Selon le porte-parole de l'association des maires de France, "on doit avoir moins d'enseignants, mieux rémunérés, avec plus d'heures de cours, bien formés, bien accompagnés et soutenus quand ils affrontent le communautarisme, le séparatisme", propose-t-il. Une série de solutions pour "sortir de cette idéologie déconstructionniste qui fait qu'on a honte de notre histoire, qu'on n'enseigne plus une grande culture française et qu'on est plus bon sur nos fondamentaux".

 

 

 

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