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Aux assises, "autodestruction" et addictions d'un homme accusé d'avoir brûlé sa compagne

"Je suis sanguin de nature": accusé du meurtre de sa compagne, brûlée vive en 2020, Jonathan Boillet a réfuté mardi, au premier jour de son procès à Saint-Omer (Pas-de-Calais), tout lien entre ses addictions et ses accès de violences, malgré des témoignages contraires.

MMDF - AFP/Archives/Archives

"Je suis sanguin de nature": accusé du meurtre de sa compagne, brûlée vive en 2020, Jonathan Boillet a réfuté mardi, au premier jour de son procès à Saint-Omer (Pas-de-Calais), tout lien entre ses addictions et ses accès de violences, malgré des témoignages contraires.

Jonathan Boillet, 36 ans, est jugé jusqu'à vendredi pour le meurtre de Sandy Cucheval, brûlée vive à 33 ans dans une voiture le 10 novembre 2020, et décédée une semaine plus tard à l'hôpital de Lille des suites de ses blessures.

"C'est de ma faute, mais j'ai jamais voulu qu'il lui arrive ça", marmonne-t-il avec un fort accent, lequel contraint régulièrement la cour à lui demander de se répéter.

A la barre, il maintient la thèse de l'accident, comme depuis le début de l'instruction: il aurait tenté d'allumer une cigarette qui a mis le feu à un bidon d'essence.

Pourtant, sortant de la voiture telle "une torche humaine", elle avait répété "c'est de ta faute", se remémore une habitante qui a vu de sa fenêtre la voiture s'enflammer. Des mots qui font s'effondrer en larmes certains proches de la victime, présents au premier rang - sa mère, trois de ses enfants, son ex-conjoint.

Certains d'entre eux portent des t-shirts à l'effigie de la victime, souriante, les cheveux attachés en queue de cheval.

-- le quitter --

Aux policiers arrivés sur place, Sandy Cucheval grièvement brûlée avait désigné M. Boillet, insistant auprès d'une policière: "il m'a aspergée d'essence et il a mis le feu avec un briquet".

M. Boillet n'a jamais su expliquer comment le bidon d'essence présent avec eux dans la voiture aurait pu s'ouvrir accidentellement et se répandre sur Mme Cucheval.

Mère de quatre enfants, dont la cadette avait alors trois ans et demi, elle était sa compagne depuis quelques mois, et souhaitait le quitter.

La cour d'assises du Pas-de-Calais s'est attachée mardi à comprendre la personnalité de l'accusé.

Agressé sexuellement et violé à 8 ans par un oncle de huit ans son aîné, il dit avoir depuis sombré dans "l'autodestruction": consommation d'alcool et de drogues dès onze ans, addictions au cannabis et à la cocaïne.

La condamnation de cet oncle, en 2017, ne l'a pas apaisé: sa vie est "encore pire" depuis, dit-il, émaillée de "rechutes" à chaque tentative de sevrage.

- "Pas moi qui me contrôle" -

Dans la journée du 10 novembre 2020, il avait consommé des bières et de la vodka, avait-il reconnu en garde à vue.

Ce n'est pourtant pas l'alcool, assure-t-il, qui déclenche ses accès de violences, lesquels lui ont valu un casier judiciaire déjà fourni, dont quatre condamnations pour violences conjugales et une pour menaces de mort.

"Ca fait beaucoup", note sobrement la présidente.

Ses accès de violences, Jonathan Boillet les attribue à "tout et n'importe quoi", assure qu'ils ne surviennent pas toujours sous l'emprise de l'alcool.

Il était suivi pour des troubles "anxio-dépressifs" au moment des faits.

"Il y a des moments, j'ai l'impression que c'est pas moi qui me contrôle", dit l'accusé d'un ton sans relief, provoquant une discrète réprobation parmi les parties civiles.

L'ex-compagne de l'accusé, interrogée par l'enquêtrice de personnalité, avait rapporté qu'alcool et drogues le "faisaient disjoncter".

Également citée par l'enquêtrice de personnalité, la mère de l'accusé raconte l'avoir vu à l'adolescence devenir colérique, et avoir essayé de le sortir de ses dépendances.

Selon l'ordonnance de mise en accusation, résumée par la présidente en ouverture du procès, "Sandy Cucheval reprochait à Jonathan Boillet ses addictions, ses menaces et ses insultes".

En moyenne, un féminicide survient tous les trois jours en France. Le ministère de la Justice a dénombré 94 féminicides en 2023, un chiffre accueilli avec prudence par les associations féministes.

 

Par Kenan AUGEARD / Saint-Omer (France) (AFP) / © 2024 AFP

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