Ses frères veulent savoir "pourquoi". "Pourquoi", répètent-ils, le père Olivier Maire, homme de la "non-violence", a-t-il été tué en août 2021 ? L'accusé, lui, est encore resté muet mardi, après avoir refusé de se présenter devant la cour d'assises de Vendée.
"Ce que je voudrais vraiment, c'est savoir pourquoi", a déclaré à la barre l'un des frères d'Olivier Maire, âgé de 63 ans. "Olivier c'était la non-violence, la pacification", a-t-il ajouté, se souvenant de ses sourires et de sa "gentillesse".
A son autre frère, l'avocate générale demande comment, selon lui, la victime a pu réagir face à l'attaque et aux coups mortels. "Olivier n'a pas pensé à se défendre, mais à se protéger", a-t-il deviné.
Absent mardi matin à l'ouverture de l'audience, l'accusé, ressortissant rwandais âgé de 45 ans, a refusé de se présenter malgré la sommation de la cour. Un mandat d'amener a donc été délivré.
A son arrivée en fin de matinée, Emmanuel Abayisenga, flottant dans son survêtement gris - il pèse 39 kg, a-t-il été mentionné à l'audience - marchait avec difficulté, à pas lents. Un membre de son escorte l'a saisi sous les aisselles pour l'installer sur son siège.
Lundi, au premier jour du procès, l'accusé était resté impassible, regard fixé devant lui.
"Merci de respecter mon droit au silence. Je n'ai pas besoin d'une interprète ni d'un avocat", avait-il écrit en début d'audience à la présidente.
- Coups à la tête -
Au cours de l'enquête, Emmanuel Abayisenga a fait plusieurs déclarations confuses sur les faits. Souffrant de troubles urinaires, il a notamment dit que le père Olivier Maire voulait le faire "castrer" pour résoudre ses problèmes de santé.
Il a aussi affirmé en garde à vue avoir frappé le prêtre après que celui-ci l'a sciemment fait tomber dans l'escalier menant à leurs logements.
La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul incendiée à Nantes le 18 juillet 2020
Sebastien SALOM-GOMIS - AFP/Archives
En août 2021, sous contrôle judiciaire après avoir été incarcéré dans le cadre de l'enquête sur l'incendie de la cathédrale de Nantes - faits pour lesquels il a depuis été condamné à quatre ans de prison - Emmanuel Abayisenga est hébergé par la congrégation des missionnaires montfortains de Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée.
Le 9 août, en début de matinée, il se présente à la gendarmerie, bagages en mains, et demande à être envoyé en prison.
Le corps d'Olivier Maire, 61 ans, est découvert allongé sur le sol du bâtiment où lui et M. Abayisenga logeaient. D'après l'autopsie, la victime est décédée dans la nuit du 8 au 9 août des suites de coups violents portés à la tête.
Sur les photos projetées mardi devant la cour d'assises, une flaque de sang encadre son visage.
- Discernement -
Les experts psychiatres qui ont examiné Emmanuel Abayisenga ont retenu l'altération de son discernement au moment des faits.
Le sujet "de l'altération ou de l'abolition du discernement" sera "la principale question de ce dossier", a déclaré lundi Me Antoine de Guerry de Beauregard, avocat de la congrégation, partie civile au procès.
Né au Rwanda et arrivé en France en 2012, l'accusé a été débouté à plusieurs reprises de ses demandes d'asile. Il a fait l'objet de quatre obligations de quitter le territoire français (OQTF) entre 2015 et 2019.
Lors de son procès en 2023 pour l'incendie de la cathédrale de Nantes, il avait déclaré avoir été profondément marqué par une agression subie au sein de l'édifice fin 2018.
Dans un mail adressé à de nombreux contacts le jour de l'incendie, il livrait son amertume face à sa situation administrative et cette agression.
Avant la mort d'Olivier Maire, il avait confié à plusieurs personnes sa volonté de quitter la congrégation pour retourner en prison.
Le verdict est attendu jeudi.
Par Laetitia DREVET / La Roche-sur-Yon (AFP) / © 2026 AFP