À Marseille, la crainte des policiers musulmans

Lionel Maillet est allé à la rencontre de policiers de confession musulmane à Marseille dans son reportage du mardi 22 octobre pour Sud radio.

Des policiers en colère. AFP

Il ne faut pas que la traque des radicalisés devienne une véritable chasse aux sorcières. Depuis l’attentat à la préfecture de police de Paris, 27 fonctionnaires ont été signalés pour radicalisation dans cette même préfecture. Un climat de suspicion pas toujours facile à gérer explique certains policiers de confession musulmane, à Marseille au micro de Lionel Maillet.

 

Le moindre geste mal interprété

En 20 ans de carrière dans la police Karim ne s’est jamais senti autant observé. Ces derniers temps, le regard de ses collègues a considérablement changé : "Moi, je n’ai pas changé ma façon de faire, de travailler, de discuter avec les collègues, mais j’observe. Quand on va dans notre commissariat, dans notre service, on sent qu’il y a un petit truc, une petite crainte. C’est quoi la religion musulmane ? Pourquoi vous faites cinq prières ? Est-ce que toi, tu fais la prière ?..."

D’origine maghrébine, il  ne s’est jamais caché d’être musulman. Mais en ce moment, le moindre de ses gestes peut très vite être mal interprété : "il suffit que j’aille au travail et que je ne serre pas la main à une collègue, peut-être qu’ils vont mal le prendre. Ce n’est pas le cas, je fais la bise à tout le monde. Si je dois serrer la main à une collègue féminine, c’est à une gradée, par respect."

De nombreux collègues convertis

Lui qui pratique uniquement sa religion à la maison connaît beaucoup d’autres policiers musulmans. "Même des collègues convertis ! Ils n’ont pas la barbe, blonds aux yeux bleus. Cela ne veut rien dire. Vous ne savez pas si moi je fais la prière. Mes collègues au travail ne le savent pas, et je pense que c’est privé, entre moi et Dieu. Pour moi, c’est un truc qu’il faut faire à la maison".

La chasse aux radicalisés bien sûr, mais attention aux amalgames : "Ce n’est pas la religion musulmane qu’il faut attaquer, ce sont les terroristes. Après, tout ce qui s’est passé à Paris c’est grave". Karim n’a pas rasé sa barbe pour autant. Dans la police comme ailleurs, selon lui, il faut avant tout dialoguer et expliquer les choses.

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