La mairie d'Hénin-Beaumont, symbole de l'implantation locale du Rassemblement national (RN), a permis de former nombre de jeunes cadres du parti dans le Pas-de-Calais où un nombre record de listes RN pour les municipales a été déposé.
La ville, fief électoral de Marine Le Pen, se veut un "modèle", alors que l'opposition déplore une gestion "autoritaire".
Mais pour le député RN Bruno Clavet, c'est surtout "une très bonne école" pour les candidats du bassin minier. Lui-même, originaire du sud, a travaillé comme chargé de communication puis responsable événementiel de la ville jusqu'en 2024, et rêve d'arracher au PS la mairie de Lens, capitale symbolique du bassin minier, à quelques kilomètres d'Hénin-Beaumont.
Si le parti est parvenu à présenter 45 listes dans le département, contre 28 en 2020, c'est selon lui "le fruit des gestions exemplaires Rassemblement National à Hénin-Beaumont et Bruay-La-Buissière".
Le député RN Bruno Clavet à Hénin-Beaumont, le 13 février 2026 dans le Pas-de-Calais
Sameer Al-DOUMY - AFP/Archives
À Hénin-Beaumont, la condamnation du maire PS pour détournements de fonds publics en 2013 et son clientélisme "ont largement contribué à discréditer la mairie socialiste", rappelle Sylvain Crépon, maître de conférences à l'université de Tours.
"Désindustrialisation ", "vampirisation des commerces locaux par des grandes zones commerciales" ont donné du crédit à un "discours identitaire, qui consiste à dire +les nôtres avant les autres+".
- "gestion autoritaire" -
De quoi ouvrir un boulevard à Steeve Briois, enfant du pays élu dès le premier tour en 2014 avec 50,2%. Il fera encore mieux six ans plus tard, raflant près de trois quarts des voix. Et face à une opposition désunie, il a toutes les chances de rempiler.
Le maire de Hénin-Beaumont, Steeve Briois, le 13 février 2026 à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais
Sameer Al-DOUMY - AFP/Archives
Le quinquagénaire cultive une popularité respectable: sur le marché, impossible pour lui de faire plus d'un mètre sans saluer un habitant et écouter ses demandes.
Mais ses opposants, à commencer par Inès Taourit, à la tête d'une liste de gauche soutenue par Marine Tondelier, dénoncent une "gestion autoritaire", et "une absence d'échanges". La secrétaire nationale des Verts, élue d'opposition sortante dans sa ville d'origine, et qui ne se représente pas cette année, a porté plainte pour injures lors d'un conseil municipal.
Houari Benhadja, à la tête de la troisième liste, soutenue par LFI, abonde: "dès que vous êtes opposé à eux, on vous attaque, même personnellement".
Une "dizaine de personnes" de sa liste n'ont pas "osé figurer en photo" sur les tracts, de peur de "représailles" assure-t-il, déplorant "c'est dans une dictature qu'on a peur de s'afficher".
Plusieurs manifestations ces derniers mois ont rassemblé quelques centaines de personnes pour dénoncer la "répression syndicale" de la mairie.
- "vivier de recrutement" -
David Noël, président de la branche locale de la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et ancien élu communiste au conseil municipal, déplore "une chape de plomb", alors qu'à l'arrivée de Steeve Briois à la mairie, la LDH avait perdu des subventions. Selon lui, "les associations savent qu'elles n'ont pas intérêt à critiquer la municipalité" sous peine de "mesures de rétorsion".
La mairie de Hénin-Beaumont, le 20 novembre 2025 dans le Pas-de-Calais
Sameer Al-DOUMY - AFP/Archives
Pourtant, M. Briois affirme avoir ressenti en 2014 "un devoir d'exemplarité" dans cette vitrine de la gestion RN.
D'après Valentin Guéry, sociologue à l'université Paris-Nanterre, l'objectif du RN dès les années 2000 a été, à partir d'Hénin-Beaumont, de "faire tache d'huile" dans le département. La mairie "vivier de recrutement" a accueilli de jeunes cadres venus d'ailleurs, qui ont profité de cette implantation, tout en "comblant quelques lacunes et quelques angles morts du RN, notamment sur l'expertise de sujets techniques", explique-t-il.
Ainsi Arnaud de Rigné, collaborateur parlementaire de Marine Le Pen et candidat à Carvin, autre ville minière voisine, a lui aussi été fonctionnaire territorial à la mairie d'Hénin-Beaumont. S'il dit ne pas vouloir "copier", il cite cette mairie comme "un bel exemple".
Dany Paiva, ancien chargé de communication à Hénin-Beaumont, est également candidat, à Liévin (Pas-de-Calais).
Bruay-la-Buissière, deuxième ville conquise par le RN dans le département en 2020, a elle aussi accueilli des jeunes du parti, comme Alexandre Maeseele, désormais candidat dans la ville voisine de Béthune.
Le RN espère donc progresser dans le bassin minier, avec l'enjeu "d'aller récupérer des intercommunalités" et "de pouvoir constituer un groupe à terme au Sénat", note Valentin Guéry.
Par Claire-Line NASS / Hénin-Beaumont (France) (AFP) / © 2026 AFP