États-Unis: "C'est difficile à expliquer à ma fille, la nonchalance de ce meurtre"

Les Etats-Unis toujours sous tension : Donald Trump menace de déployer l'armée si les violences continuent. Il réagissait à ce déferlement de colère historique, une semaine après la mort de George Floyd, étouffé dans la rue par un policier. Des images qui ont bouleversé le pays, provoquant des manifestations qui ont dégénéré par endroits, en notamment près de la Maison blanche.

Manifestation pacifique à Colombus dans l'Ohio, après la mort de George Floyd. (SETH HERALD / AFP)

La présence de manifestants aux abords de la Maison blanche, venus réclamer justice pour George Floyd, a conduit à brièvement mettre à l'abri Donald Trump dans un bunker. Cette vidéo du New-York Times montre des policiers faisant reculer les manifestants pacifiques avec des grenades et des gaz lacrymogènes, pour permettre au président Trump de se rendre (bible en main) près d’une église dégradée dimanche soir.

"J’ai recommandé aux gouverneurs de déployer la garde nationale pour dominer la rue", a lancé Donald Tump, se faisant même menaçant dans cette vidéo relayée par le compte Twitter du parti républicain: "si les villes et les Etats refusent de prendre des mesures nécessaires , je déploierai l’armée des Etats-Unis et réglerai rapidement le problème à leur place".

"Cela me touche en tant qu'homme noir"

Installé aux Etats-Unis depuis une vingtaine d'années, Gregory Pierrot, né en Lorraine, est d’origine martiniquaise. Ce drame (encore un !) le touche énormément, comme il l'a confié à Marine Vanthournout:

"J'ai une fille de 10 ans. C'est particulier d'avoir à expliquer ça à des adultes comme des enfants, car c'est impossible de ne pas en parler, tout le monde en parle. Evidemment, cela me touche aussi en tant qu'homme noir j'imagine, car il est difficile de ne pas voir dans ce meurtre, et la nonchalance avec laquelle il a été exécuté la question: qui est-ce que ça n'a pas touché, qui n'a pas entendu parler de cette histoire?" - Gregory Pierrot, résident français installé aux Etats-Unis

 

Hommage à George Floyd à Minneapolis. "Black lives matter", "la vie des noirs compte", cri de révolte et de ralliement. Mais aussi "I can't breath", "je ne peux pas respirer", supplique adressée par la victime durant cette immobilisation au sol de plusieurs minutes à laquelle il a succombé. (Kerem YUCEL / AFP)

 

Peur de voir Trump envenimer la situation

Pour lui, difficile de ne pas craindre "que Trump en profite, ait un comportement de plus en plus fasciste. Il menace de recourir à la loi martiale, on en est à espérer que les organisations gouvernementales, l'armée ne le suive pas jusqu'au bout. Personnellement, ma peur est que ça profite à des gens encore pires que les gens actuellement au pouvoir."- Gregory Pierrot

 

"Chaque localité parle de ses propres victimes en même temps que de George Floyd"

Nicolas Colombant, franco-américain enseignant et journaliste, vit à Reno dans le Nevada, à l'Ouest des Etats Unis. Les violences policières sur les minorités malheureusement sont récurrentes, explique t-il à Marine Vanthournout, mais c'est la première fois qu'il voit le pays se lever un peu partout:

"Il y a eu des manifestations avant, mais pas à ce point. On se souvient des émeutes de 1992 à Los-Angeles, la justice avait déclaré non-coupable les policiers qui avaient tabassé Rodney King. Il y avait eu des émeutes à Los Angeles et un peu ailleurs; Mais beaucoup moins partout comme maintenant. Donc chaque localité parle de ses propres victimes en même temps que de George Floyd" - Nicolas Colombant

 

Des manifestations ont dégénéré en pillage, ici à New-York.. John Moore/Getty Images/AFP

 

"Du jamais vu" dans le Nevada

Sa région du Nevada est divisée sur la question des minorités selon Nicolas Colombant, qui a assisté samedi dernier aux manifestations dans sa ville: graffitis injurieux sur la police locale, drapeau incendié sur fond de "tension liée à l'élection présidentielle à venir, avec Donald Trump"