Manuel Bompard sur la Manif Police : attaquer lois et Constitution, "c'est la définition du mot factieux"

Manuel Bompard, député européen La France Insoumise et candidat aux Régionales en Occitanie, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 20 mai 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Manuel Bompard interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 20 mai 2021 à 7h40.

Manuel Bompard : L'hommage "s’est transformé en une manifestation contre la justice"

La France Insoumise n’a pas participé au rassemblement de soutien aux forces de l’ordre qui s’est tenu mercredi 19 mai à Paris. Une décision que Manuel Bompard ne regrette pas car "on nous avait présenté cette manifestation comme un hommage, et tout le monde a bien vu que ce n’était pas un hommage". Pour lui, l'hommage "s’est transformé en une manifestation contre la justice", notamment car des syndicats policiers ont déclaré que "le problème de la police, en France, c’était la justice" et qu’il "fallait faire céder toutes les digues, et en particulier les digues de la Constitution et de la loi".

 

Alors que LFI est régulièrement présente dans les manifestations, cette décision tranche. "Je ne reproche pas et ne conteste pas le droit de manifester pour défendre des idées", souligne le député européen. "Je conteste le fait que devant l’Assemblée nationale, vous ayez des syndicats de police qui s’en prennent à l’autorité judiciaire", à la loi et à la Constitution.

Les policiers ont néanmoins manifesté avant tout pour critiquer le laxisme face aux agressions dont ils sont victimes. "Je ne cède pas à l’émotion", affirme le candidat aux régionales en Occitanie. "Je regarde dossier après dossier, parce qu’il peut y avoir des failles" dans le traitement de la justice. Toutefois, il ne faut pas "prendre en bloc" la justice et déclarer que c’est le "problème" de la police.

 

"Quatre fois plus de policiers morts de suicide qu’en opération"

Manuel Bompard explique notamment qu’en 2020, il y a eu "quatre fois plus de policiers qui sont morts de suicide qu’en opération", problème auquel LFI a proposé l’ouverture d’une "commission d’enquête" par l’Assemblée nationale. "Là, à ce moment-là, il n’y avait personne", souligne-t-il. "Pourquoi les syndicats de police, plutôt que de venir expliquer que le problème c’est la justice, ne viennent pas travailler avec nous sur le sujet ?"

Il concède qu’il est possible "d’améliorer le fonctionnement de la justice", notamment en termes de longueur de traitement des dossiers. "Mais ce n’est pas la même chose de proposer des choses pour améliorer le fonctionnement de la justice en France, et de s’en prendre et de défier l’autorité judiciaire en la menaçant, en lui disant qu’elle va devoir rendre des comptes."

 

"Ceux qui sont allés dans cette manifestation se sont durement compromis"

Manuel Bompard salue, par ailleurs, les interventions de Jean-Luc Mélenchon pour dire que si les "revendications" pouvaient être acceptées, ce n’est pas le cas d'une police qui "défie l’autorité judiciaire". Il ne manque pas, non plus, de souligner la présence du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, alors que les manifestants ont "hué" le ministre de la Justice.

Quant à la présence de leaders de la gauche, notamment du PS et du PCF, "je pense qu’ils ont dû se demander qu’est-ce qu’ils faisaient là". Pour le député européen, que la gauche soit présente à une manifestation menée par l’extrême-droite, "ça me paraît affligeant". "Celles et ceux qui sont allés dans cette manifestation se sont durement compromis", réagit-il.

Pour lui, des solutions existent comme la possibilité de donner plus de moyens à la police judiciaire, qu’il juge aujourd’hui délaissée, ou encore améliorer les commissariats "qui sont très souvent délabrés". "J’appelle à du sang-froid et à ce qu’on puisse avoir un discours nuancé", déclare Manuel Bompard qui se dit aux côtés des policiers qui sont attaqués.

Jean-Luc Mélenchon a déclaré que la manifestation de la police du 19 mai était factieuse. Des propos que ne critique pas Manuel Bompard qui rappelle que certains policiers ont appelé à "maintenir la pression pour faire céder les digues que sont la loi et la Constitution". "C’est la définition du mot factieux", souligne le candidat.

 

"Une grosse opération de communication"

Le 19 mai 2021, la réouverture des bars et des commerces a fait déclarer à Emmanuel Macron que ce n’était pas, non plus, "la bamboche" du jour au lendemain. Si Manuel Bompard ne se "retrouve pas dans ce vocabulaire", il ne manque pas de souligner que la journée a été "heureuse". "Néanmoins, je pense qu’il faut rester prudents pour faire en sorte que cette levée des restrictions sanitaires, soit pérenne dans le temps, et pas que ça dure une semaine et qu’après on nous reconfine", ajoute l'eurodéputé.

Manuel Bompard observe une "grosse opération de communication" de la part du gouvernement sur la réouverture des terrasses. Un jour "heureux", certes, mais qui ne doit pas faire "oublier les failles dans la gestion de la catastrophe sanitaire depuis un an", rappelle-t-il, attendant les élections "pour que le président de la République rende des comptes".

 

"Il fallait une liste alternative à Carole Delga"

Aux élections régionales, Manuel Bompard ne sera pas la tête de liste. Déjà député européen, il a laissé sa place à Myriam Martin, conseillère régionale sortante "qui a fait un très bon travail". "Ma place était plutôt en soutien", assure-t-il, regrettant un éparpillement de la gauche en Occitanie. "Il fallait une liste alternative à Carole Delga, je ne suis pas d'accord avec son bilan, ce n'est pas une gauche fidèle à ses principes", estime le représentant de LFI.

Pas d'union à gauche non plus pour 2022. Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature en novembre dernier, "soutenu par 230.000 signatures", rappelle Manuel Bompard qui reste ouvert à "des débats et des propositions". Le parti La France Insoumise ne sera pas convié à la réunion unitaire, lundi 24 mai prochain. "Il y a une tartufferie dans cette histoire d'un certain nombre de responsables politiques qui prétendent vouloir faire l'union, qui ne vous invitent pas aux réunions unitaires, qui dans les élections régionales organisent notre expulsion d'un certain nombre de listes", dénonce l'élu qui cite nommément Yannick Jadot et Olivier Faure.

 

 

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