éditorial

L'édito de Natacha Polony

Natacha Polony ©Anthony Ghnassia
Politique

Langue française, reprends de ta superbe !

Le sommet de la francophonie a eu lieu ces derniers jours et une nouvelle personne va prendre la tête de la défense de la francophonie. Le choix s'est porté sur Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise. Et cela ne passe pas. 

C’est la candidate rwandaise soutenue par Emmanuel Macron qui va être élue et cela fait un peu polémique. Une polémique en soi tout à fait justifiée. Louise Mushikiwabo, ministre du régime de Paul Kagame, est une fervente partisane de l’anglais. Eh oui. Elle défend l’idée que l’anglais est la meilleure langue pour son pays, langue qui est devenue langue d’enseignement et d’administration au Rwanda, ce qui pose déjà un léger problème en ce qui concerne la défense de la francophonie. Mais surtout, elle est représentante d’un régime qui met systématiquement en accusation la France depuis le génocide de 1994 et qui instrumentalise la France pour maintenir un pouvoir, pouvoir qui est aujourd’hui quasi dictatoriale. Sur le plan politique comme sur le plan de la défense de la francophonie, on peut se demander si c’est vraiment la meilleure candidate. Mais surtout, ça révèle un problème général sur la vision que nous avons actuellement de la francophonie.

Ce soutien pose également la question de savoir si la France défend vraiment sa langue. La francophonie c’est un peu le parent pauvre et visiblement, la langue française, ce n’est pas le premier souci d’Emmanuel Macron. Pourtant, y aurait un moment aujourd’hui pour porter la langue française. Le Brexit, par exemple, c’est un moment formidable ! Figurez-vous que les Anglais s’en vont. Alors pourquoi l’Europe devrait continuer à parler anglais ? Or, vous regardez ce qu’il se passe, tous les discours de Donald Tusk, le président du conseil européen, sont en anglais, pareil pour Pierre Moscovici ! Et l’histoire se répète avec Emmanuel Macron qui a même parler anglais devant des étudiants allemands. La langue de l’Europe, c’est la traduction ! C’est la complexité, la richesse. Et justement, le départ de nos voisins britanniques pourrait nous rendre ça.

Défendre la langue française, ce n’est pas juste défendre une langue : c’est défendre une vision du monde. Une langue porte une vision du monde et le communautarisme néo-libéralisme sont intrinsèquement liés à la vision anglo-saxonne du monde. La globalisation elle est en train de s’imposer aussi par notre paresse intellectuelle qui consiste à ne pas traduire le titre des films ou des livres, ou encore par notre snobisme qui fait que l’on cale du franglais dans nos phrases… Tout cela traduit surtout une défaite de la pensée.

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