Hervé Le Bras : "la voiture, c'est la première de liberté, celle de mouvement"

Hervé le Bras
Le géographe Hervé Le Bras, interviewé par Patrick Roger  sur Sud Radio, vendredi 18 janvier à 7H40. Sud Radio

Le géographe Hervé Le Bras directeur d'études à EHESS,  était l’invité politique de Patrick Roger vendredi 18 janvier sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Le géographe Hervé Le Bras fait partie de ceux qui ont détecté l'apparition d'une "diagonale du vide" dans la géographie et la sociologie française. Ce sont des régions entières du territoire où l'emploi disparaît, mais aussi, simultanément, les services publics. Mais contrairement aux idées reçues, ce qui a cristallisé la mobilisation des Gilets Jaunes, ce sont les taxes sur les carburants, le haro sur le diesel, et la limite de vitesse à 80 km/h.

"Les Gilets Jaunes se sont mobilisés pour ce qui n'était pas simplement une question de niveau de vie, mais un point essentiel : la voiture. Dans les sympathisants, les soutiens des Gilets Jaunes, ce sont très probablement des gens pour qui la voiture n'est pas un objet de plaisir, mais un instrument de travail. Il y a eu les 80 kilomètres/heure, la taxe carbone, ils ont pensé qu'on allait les priver progressivement de leur moyen de travail."

 

Hervé Le Bras : "c'est la France des centres-villes qui se paupérise"

Certaines infographies, publiées dans la presse, ont aussi tenté de faite correspondre la carte de la mobilisation des Gilets Jaunes avec certains votes : "Contrairement aux idées reçues, c'est la France des centres-villes qui se paupérise. La campagne, elle, continue à se dépeupler, et ce sont ces zones qui sont les plus concernées par les mesures sur les voitures."

"En analysant la mobilisation des Gilets Jaunes, je pensais voir la carte du vote RN ou LFI. Mais le mouvement des Gilets Jaunes est hors politique. C'est probablement au départ beaucoup d'abstentionnistes. 

Quand on regardait les élections au premier tour de la présidentielle, on pouvait dire qu'il y avait quatre France. D'abord, le couple Macron contre Le Pen. Quand on inverse la cartographie de l'un, on retrouve son contraire. Ensuite, le couple Fillon-Mélenchon. Et la nouveauté, c'est que le couple Macron-Le Pen est passé devant le couple traditionnel droite-gauche lors de la dernière élection.

Si on prend la répartition du vote Rassemblement national, ce sont des régions qui vont mal. A l'intérieur de cela, ce sont les zones éloignées, et les zones rurales qui votent beaucoup plus pour le Rassemblement national que dans les grandes villes."

 

"Emmanuel Macron ne s'est jamais posé la question de la voiture dans sa vie. A-t-il seulement le permis ?"

Interrogé sur les similitudes entre 1789, et la convocation des Etats Généraux, et l'organisation du grand débat, Hervé Le Bras se méfie : 

"Méfions nous des comparaisons historiques : on dit que l'histoire se répète, mais que la seconde fois est une caricature. Les Etats Généraux ont été convoqués par Louis XVI, les Gilets Jaunes n'ont été convoqués par personne. Maintenant, le chef de l'Etat devrait avoir une fibre plus populaire quand il s'adresse à eux. Mardi, devant les maires, on avait l'impression qu'il repassait pour la quatrième fois son grand oral de l'ENA, il y a toujours un côté hors sol, un côté un peu "Asperger" dans sa manière d'être."

"Tout le monde est d'accord pour dire qu'il connait bien ses dossiers, mais il manque d'empathie, il a beaucoup de mal à comprendre ce que vivent les gens.

Pour la voiture, c'est évident que la question ne se pose pas pour lui, et ne s'est peut-être jamais posée dans sa vie. A-t-il seulement le permis de conduire ?"

 

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