"Gilets jaunes" : un duo de ministres pour animer le débat national !

Sébastien Lecornu et Emmanuelle Wargon

Un duo de ministres est chargé d'animer le grand débat national voulu par Emmanuel Macron pour sortir de la crise des gilets jaunes. Il s'agit de Sébastien Lecornu, ministre chargé de la cohésion des territoires qui aura en charge les relations avec les maires et d'Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique.

Pour garantir l'indépendance du débat et remplacer Chantal Jouanno qui a jeté l'éponge en raison d'une polémique sur son salaire, l'exécutif semble se diriger vers l'annonce d'un petit groupe de personnalités, le Premier ministre ayant déjà évoqué un "comité des garants".

    C'est le duo de ministres Emmanuelle Wargon (Transition écologique) et Sébastien Lecornu (Collectivités territoriales) qui sera chargé d'animer ce débat, ont annoncé lundi plusieurs sources gouvernementales. M. Lecornu devrait plus spécifiquement s'occuper de la place des élus et Mme Wargon de celle de la société civile.

     Edouard Philippe précisera les contours de la consultation dans un communiqué lundi en deuxième partie de journée. Emmanuel Macron lancera le débat sur le terrain mardi en se rendant dans une petite commune de l'Eure, Grand Bourgtheroulde, aux côtés de 600 maires et élus de Normandie.

   Ce débat ne sera "ni une élection, ni un référendum", a prévenu le chef de l'Etat dans sa lettre aux Français diffusée lundi dans la presse et sur les réseaux sociaux. Dévoilée dès dimanche soir, elle trace des lignes rouges, comme la suppression de l'ISF, mais ouvre la porte à des réformes importantes comme le référendum d'initiative citoyenne.

 Le président multipliera ensuite les déplacements pendant deux mois pour inciter les Français à participer et "rendra compte directement" du débat dans le mois suivant sa fin.

    - "N'oublier personne" -

    Quatre grands thèmes sont sur la table: pouvoir d'achat, fiscalité, démocratie et environnement. Est exclue toute remise en cause de l'IVG, de la peine de mort et du mariage pour tous.

    "L'idée c'est d'aller partout, dans tous les interstices des territoires et de la République et de n'oublier personne", assure le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. 

    Mais la consultation est contestée avant même d'être lancée. Nombre de "gilets jaunes" nient sa légitimité, affirmant que le vrai débat est "dans la rue".

    Les "gilets jaunes" ont montré samedi leur détermination en défilant plus nombreux que la semaine précédente (84.000 dans toute la France contre 50.000), avec globalement moins de violence.

    "Aujourd'hui on n'a plus besoin de ces manifestations", a estimé lundi Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale, jugeant que "ce qui est important aujourd'hui, c'est d'avoir une activité économique et sociale normale et de débattre de manière démocratique et républicaine".

    Dans l'opposition, Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national pour les élections européennes, ne voit dans le grand débat que "du vent" quand Debout la France rejette une "foutaise intégrale", et La France Insoumise "un enfumage".

 

    - "Rampe de lancement" -

    Le patron de LR Laurent Wauquiez a quant à lui dénoncé le risque d'un "artifice grossier", dans sa propre lettre adressée dimanche aux Français. Mais Les Républicains apporteront  "leurs contributions" pour "participer à la sortie de la France du chaos", a souligné Laurence Sailliet, une des porte-parole du parti.

    Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, souhaite également que les socialistes "se fassent entendre". Les écologistes aussi, a assuré Yannick Jadot, tête de liste EELV aux européennes, tout en avertissant que "si Macron triche avec les Français, le risque est que la démocratie s'affaisse encore plus".

    Le gouvernement, qui sera mis à contribution pour inciter les Français à participer, "compte sur les maires et les associations pour mettre en oeuvre ce débat" et permettre "que personne ne se sente exclu", a indiqué le porte-parole du gouvernement.

    Vanik Berberian, le président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF), a salué dans la lettre du président "une rampe de lancement" du grand débat qui "pose bien le diagnostic", mais craint au final un simple "raccommodage", tandis que Philippe Laurent, secrétaire général de l'Association des maires de France, a répété que ceux-ci feront ce qu'ils entendent mais "ne souhaitent pas porter la responsabilité" de ses résultats.

    Selon de récents sondages, entre 32% et 41% des Français interrogés ont l'intention de "participer d'une manière ou d'une autre" au grand débat. Mais ils ne sont que 29% à penser qu'il aboutira "à des mesures utiles". L'approbation des Français pour les "gilets jaunes" est, elle, en baisse, mais reste majoritaire.
 

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