David Belliard : "Je suis pour le port du masque obligatoire"

David Belliard était l’invité du “petit déjeuner politique” de Benjamin Glaise le 13 juillet 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

David Belliard interviewé par Benjamin Glaise sur Sud Radio le 13 juillet 2020 à 7h40.

Emmanuel Macron tiendra un discours le 14 juillet 2020, à l’occasion de la fête nationale. Il devrait établir la feuille de route du gouvernement pour la fin du quinquennat et, selon des sources à l’Élysée, l’écologie devrait être au centre du plan de relance. David Belliard, maire adjoint à Paris en charge de la transformation de l’espace public, des transports et des mobilités, ne veut pas se faire d’illusions : "il y a eu beaucoup d’annonces, pendant ce mandat" où l’écologie et la transition écologique devaient être "le nouveau chemin".

"Ça fait plusieurs fois qu’Emmanuel Macron nous fait le coup : il nous fait le coup avec beaucoup de mots et peu d’actes." L’élu attend donc "de voir" et notamment s’il prendra bien les 146 propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat (CCC) comme il l’a annoncé. "J’attends de voir si on va avoir des éléments concrets pour effectivement agir en faveur de l’écologie."

 

Il faut "sortir de notre addiction à l’automobile"

En termes de mesures concrètes, David Belliard veut travailler surtout sur la mobilité et les transports. Il réclame des "investissements dans le ferroviaire" et "dans le vélo". Il rappelle que Paris a investi "200 millions d’euros pour faire les pistes cyclables", soit trois fois plus que le plan d’Élisabeth Borne, ancienne ministre des Transports, pour le vélo en France et qui disposait d’une enveloppe de 60 millions d’euros. "On a besoin d’investissements qui sont des investissements importants pour transformer la voirie, transformer la manière dont on se déplace."

Pour lui, il faut "changer la façon de faire et sortir de notre addiction à l’automobile et à la voiture individuelle" pour aller "vers des modes de transport qui sont des modes de transport moins polluants".

 

La pollution de l’air "tue 48.000 personnes par an en France"

David Belliard estime que la France est "en retard" par rapport aux autres pays européens sur l’écologie, et il souligne que le Conseil d’État a condamné la France "à 10 millions d’euros d’amende tous les semestres parce que nous n’allons pas assez vite en termes de lutte contre les pollutions de l’air". "Ça fait des années et des années qu’on en parle", explique David Belliard qui rappelle qu’en 2014, lorsqu’il a été élu, c’était "un élément extrêmement important de la campagne électorale". La pollution de l’air "tue 48.000 personnes par an en France", souligne le maire adjoint de Paris, où cette même pollution tue 2.000 personnes par an.

"Il faut agir", estime le maire adjoint de Paris. "Et pour agir il faut aller à la source" donc "arrêter d’utiliser massivement la voiture individuelle, thermique et il faut changer notre manière de se déplacer".

 

Le gouvernement doit "être cohérent"

Pour réaliser ce changement radical dans le quotidien des Français, il faut toutefois un budget. Le gouvernement a évoqué, sans le confirmer, un budget de 15 milliards d’euros pour l’écologie. "On verra : 15 milliards d’euros, vous savez, c’est l’équivalent de ce qui a été donné pour l’industrie automobile." Une enveloppe qui pourrait d’ailleurs ne pas suffire : "juste pour la rénovation énergétique des bâtiments, la demande de la Convention Citoyenne c’est 13 milliards".

Une telle demande fait penser à David Belliard que pour "changer radicalement le modèle", ce sont "beaucoup plus de 15 milliards d’euros" qu’il faudra débloquer. Il attend donc de voir si l’enveloppe sera bien débloquée et, surtout, "sur quoi vont aller ces 15 milliards".

L’élu estime par ailleurs que le gouvernement va devoir faire preuve de "cohérence" pour réussir la transition énergétique. "Vous ne pouvez pas dire ‘on va faire une transition écolo, on va faire de l’écologie notre principale priorité’ et dans le même temps investir dans l’industrie automobile pour qu’elle continue à construire des SUV qui sont extrêmement polluants. Ça ce n’est pas possible, il faut être cohérent."

 

À Paris "en 2020, on ne peut plus se déplacer comme avant en voiture individuelle"

Le maire adjoint à la mairie de Paris a une vision pour la Capitale : "on va vers un autre modèle de ville, on va vers une ville qui est 100% cyclable, on va vers une ville qui fait véritablement la place aux piétons, on va vers une ville où on investit dans les transports en commun."

Toutefois, pour ce faire, il va falloir développer grandement les transports en commun comme le Grand Paris Express, le projet d’extension du métro parisien. "Nous attendons de l’État des aides, des financements, pour permettre d’aller au-delà de ce qui existe déjà" afin de créer de nouvelles infrastructures "mais aussi améliorer celles qui existent déjà".

Dans le "centre de la métropole", donc Paris intramuros, "en 2020, on ne peut plus se déplacer comme avant en voiture individuelle".

 

"Ça fait depuis plusieurs années qu’on voit monter cette préoccupation sur la question du climat"

La "vague verte" qui a permis à de nombreux candidats écologistes d’être élus dans de nombreuses villes en France a eu lieu en pleine crise du coronavirus. Pour David Belliard, ce n’est pas la seule raison : "c’était déjà très inscrit", estime l’élu. "Ça fait depuis plusieurs années qu’on voit monter cette préoccupation sur la question du climat." Il rappelle, d’ailleurs, que des marches pour le climat sont organisées depuis "plusieurs années déjà".

La mobilisation se fait surtout au sein de la jeunesse : "je pense qu’il faut entendre cette mobilisation". "Ces gens nous disent qu’il faut changer de système." Quant à la crise sanitaire, "elle a réactivé, elle a mis en lumière encore plus qu’avant la nécessité de changer de modèle".

 

"Il faut avoir un port du masque qui soit un port du masque systématique"

Le week-end du 11 juillet 2020, plusieurs fêtes ont créé la polémique, car les personnes y participant ne portaient pas toutes un masque et ne respectaient pas les gestes barrière. De quoi renforcer l’appel des médecins à ce que le port du masque soit rendu obligatoire dans les lieux publics clos. David Belliard a un avis tranché sur la question puisqu’il estime qu’il y a "aujourd’hui un certain relâchement" lié à l’envie de "retrouver une vie normale, de retrouver les siens". Une nécessité qu’il "comprend" et "partage à titre personnel".

Toutefois, il rappelle que "l’épidémie n’est pas terminée" et qu’il faut "rester vigilant" et "respecter les gestes barrière". Pour lui, "il faut avoir un port du masque qui soit un port du masque systématique". Il tient toutefois à souligner que "dans les transports en commun, le port du masque est particulièrement bien respecté". "Globalement, les gens respectent quand même les gestes barrière." Malgré cela, l’élu soutient la demande des médecins : "je suis pour le port du masque obligatoire".

Il ne manque pas, non plus, de critiquer "la stratégie du gouvernement", en particulier sur la question du dépistage massif : "aujourd’hui, nous n’avons toujours pas les 700.000 tests" qui "ont été promis depuis des semaines et des semaines par le ministre de la Santé Olivier Véran". Or, l’élu souligne que "tous les pays" ayant réussi à contenir l’épidémie avaient une stratégie de dépistage massif couplée à un confinement localisé et non généralisé.

 

"Je souhaite qu’on aille vers une économie plus sobre"

La prochaine élection présidentielle se tiendra en 2022, et la percée des écologistes aux municipales pourrait donner de l’espoir à Europe-Ecologie-Les Verts (EELV). Davis Belliard est toutefois formel : "je ne serai pas candidat".

Deux autres noms ressortent régulièrement : Yanick Jadot, député européen et déjà candidat à la présidentielle de 2017, et Éric Piolle, élu maire de Grenoble en 2020. "On verra." "Je crois qu’il faut d’abord qu’on discute du fond" et "du projet", car il y a "un certain nombre de sujets à régler". Il évoque notamment "la question européenne, la question de la souveraineté nationale, la question du productivisme". Sur ce dernier point, David Belliard souhaite "qu’on aille vers une économie plus sobre" et que le monde sorte du "dogme de la croissance infinie". Une fois ces sujets tranchés, "on verra sur les questions d’incarnation".

 

La nomination de Darmanin est "une insulte pour les féministes"

La grande polémique qui a frappé dès sa nomination le gouvernement de Jean Castex est la nomination de Gérald Darmanin au poste de ministre de l’Intérieur alors qu’une enquête pour viol est en cours à son sujet. David Belliard estime qu’il ne peut pas être maintenu à son poste : "je pense qu’aujourd’hui, lorsqu’on est ministre, et notamment en plus ministre de l’Intérieur, on ne peut pas exercer de manière confortable, légitime, ses fonctions, alors qu’il y a une procédure judiciaire pour une accusation grave qui est une accusation de viol". Il rappelle néanmoins qu’il est "très attaché à la présomption d’innocence", tout en rappelant la "jurisprudence Balladur" qui dit que "tous les ministres qui sont visés par une enquête doivent démissionner".

Le maire adjoint de Paris juge que le politique doit faire preuve "d’exemplarité" et estime que "cette nomination est une insulte pour les féministes et pour toutes celles et ceux qui croient à l’égalité entre les femmes et les hommes".

 

 

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