Convois de la liberté : "Le peuple reprend la parole"

Pour Michel Maffesoli, auteur de "L’ère des soulèvements", la réaction aux convois de la liberté relève d'un certain mépris du peuple.

Que faut-il penser de ces convois de la liberté qui sont passés par Paris ces derniers jours ?

"C'est une négation de cette souveraineté populaire"

"Je rappelle une banalité : quand Hanna Arendt parlait de l’idéal démocratique, elle disait 'c’est la souveraineté populaire', explique Michel Maffesoli, sociologue et auteur de L’ère des soulèvements (éditions du Cerf). Je relisais il y a peu la déclaration des droits de l’Homme de 1793. L'article 35 dit que le peuple a le droit à l’insurrection quand sa souveraineté est violée."

"Bien plus loin, remontons à Saint Thomas d’Aquin, dans la Somme théologique. Quand il parle du fait que toute l’autorité vient du peuple, il rappelle que si cela n’existe pas, il y a le droit à l’insurrection. Ce qui risque de continuer de se passer, c‘est qu’il y a une vraie faillite d'un pouvoir qui se théâtralise, envoie des blindés. Il se trouve que le peuple reprend la parole."

Une déconnexion entre élite et peuple

N’est-ce pas vite dit ? Ce convoi n’a rassemblé après tout que quelques milliers de personnes. "Bien évidemment, mais il faut être attentif à ces minorités actives, estime ce professeur émérite de la Sorbonne. C’est par elles, grâce à elles, que le ras-le-bol général peut s’exprimer. Bien sûr, ce n’est pas une révolution. Mais à être inattentif à touts ces petits mouvements, on ne se rend pas compte de cette espèce de déconnexion entre les élites et les peuples. La plupart de ces prétendus démocrates ne sont pas 'démophiles'. Il y a un certain mépris du peuple."

Ce convoi ressemble-t-il à un soulèvement  ? "Bien sûr, comme cela s'est passé au Canada, avec les Gilets jaunes, et ces manifestations du samedi dont on parle peu, juge Michel Maffesoli. Ce sont autant d’indices. Cela monte. L’addition de ces petites choses fait sens à terme. Nous sommes dans une telle déconnexion de ceux qui ont le pouvoir de dire et de faire. La stratégie de la peur mise en œuvre, la soumission que cela demande, il n’y a pas d’adhésion à cela. C’est l’idéal démocratique qui est remis en question."

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