Abad : "Avec Macron, l'Assemblée est devenue un conseil d'administration d'entreprise"

Damien Abad, député de l'Ain et vice-président des Républicains

Député de l’Ain et vice-président des Républicains, Damien Abad était l’invité politique du Grand Matin Sud Radio ce mardi.

"Aujourd’hui, l’Assemblée nationale est devenue une chambre d’enregistrement". Le député (LR) de l’Ain Damien Abad s’est montré très clair ce mardi sur Sud Radio au moment d’évoquer la gouvernance d’Emmanuel Macron et son style expéditif. "On a l’impression que c’est devenu un conseil d’administration d’entreprise : il faut que ça aille le plus vite possible et qu’il y ait le moins de débats. C’est ce qui est en train de se passer avec la réforme institutionnelle, et on nous dit que si les institutions ne sont pas à la botte du gouvernement, on passera par le référendum. C’est une curieuse façon de voir la démocratie", ajoute-t-il.

"Il n’y a plus de contre-pouvoirs aujourd’hui en France"

L’élu de 37 ans s’est également exprimé sur la réforme institutionnelle à venir prochainement, alors que le Premier ministre Édouard Philippe a commencé ses consultations. "Le problème, c’est qu’aujourd’hui on fait une réforme pour se faire plaisir. La réalité, c’est qu’on est en train de déstabiliser les institutions de la Vème République et de museler l’Assemblée nationale en limitant et en réduisant le droit d’amendement des députés au nom de la vitesse du débat. Ensuite, on veut limiter dans le temps les mandats des députés. Je dis que c’est aux électeurs de choisir, et l’ancrage d’un député dans son territoire est fondamental. (…) Il y a un affaiblissement généralisé des institutions de la Vème République au profit d’un pouvoir central et unique entre les mains du président de la République. Il n’y a plus de contre-pouvoirs aujourd’hui ! Macron nous avait promis en campagne le dépassement du clivage gauche-droite, mais la réalité de l’exercice du pouvoir, c’est l’enfermement dans un parti unique où les députés n’ont même pas le droit de déposer un amendement co-signé avec d’autres groupes politiques...", pointe-t-il.

Alors qu’Emmanuel Macron devrait parler ce mardi de la prochaine réforme judiciaire, Damien Abad s’est montré assez sceptique sur le développement attendu des peines alternatives à l’incarcération en prison. "Quand une peine est prononcée, elle est forcément utile et nécessaire. On a besoin aujourd’hui d’actes, de construire 15 000 places de prison et de bien comprendre qu’il y a besoin d’une maison d’arrêt par département en France. (…) On n’échappera pas à la construction des prisons. Ensuite, il faut effectivement mettre sur la table toutes les solutions pour que le grand scandale français de la non-exécution des peines puisse enfin être corrigé. Si des solutions de semi-liberté peuvent être trouvées, pourquoi pas, mais on sait bien que ce ne sera pas le noyau dur", assure-t-il.

"À chaque réforme, Macron s’arrête au milieu du gué !"

Quant à la position des Républicains vis-à-vis des réformes gouvernementales, celui qui est également vice-président du parti a mis les points sur les i. "On défend une opposition libre et responsable, pas systématique. Emmanuel Macron fait aujourd’hui une réforme par jour, mais plutôt que des réformettes quotidiennes, nous voulons une transformation en profondeur de la société française. À chaque fois, il s’arrête au milieu du gué ! Sur la loi asile et immigration, on parle de 15% de l’immigration en France ! Rien sur l’immigration économique, rien sur le regroupement familial ! À chaque fois, ce sont de grandes annonces et de petits actes", dénonce-t-il.

Enfin, Damien Abad a également eu un mot pour Nicolas Sarkozy, qui devrait être présent au Sénat ce mardi pour défendre sa réforme de la Constitution de 2008 et qui continue d’avoir une certaine influence à droite, sans pour autant faire état d’un éventuel retour en politique. "Nicolas Sarkozy a quitté la vie politique française, et la droite n’a pas à regarder du matin au soir dans son rétroviseur. Elle doit regarder devant elle, et devant elle il y a une reconstruction à mener. Aujourd’hui, il faut le laisser là où il est. C’est quelqu’un qui apporte beaucoup au débat, qui a une culture politique importante et qui a été l’un des meilleurs leaders politiques que la droite ait jamais eus. C’est peut-être pour ça qu’il y a un gouffre aujourd’hui. On espère retrouver ce leadership avec Laurent Wauquiez", indique-t-il.

Réécoutez en podcast l’interview de Damien Abad dans le Grand Matin Sud Radio

 

Sur le même sujet
Les rubriques Sudradio