Sylvie Lasserre : "La Chine essaie de casser la culture ouïghoure"

Dans la province chinoise de Xinjiang, les Ouïghours disparaissent à la vitesse Grand V. Sylvie Lasserre, journaliste reporter, photographe et anthropologue spécialisée dans l'Asie centrale et le monde turcophone était l'invitée d'André Bercoff.

Sylvie Lasserre, invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Sylvie Lasserre est l’auteure du livre "Voyage au pays des Ouïghours" (Editions Hesse) et tient un blog sur cette région. Sylvie Lasserre était l’invitée d’André Bercoff le 20 janvier 2021 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

 

"La Chine essaie de casser la culture ouïghoure"

"Lorsque je me suis rendue dans le Xinjiang, une seule fois en 2007, il y avait déjà une discrimination entre les Hans et les Ouïghours. À l’époque le Xinjiang était peuplé exclusivement d’Ouïghours. Mais peu après, Pékin a entamé une colonisation pour mélanger la population. Ce sont des plans à très long terme. Il y avait une discrimination à l’emploi : à niveau d’études égal et supérieur même, les Ouïghours ne pouvaient obtenir que des emplois subalternes par rapport aux Hans. Même à l’époque où j’étais là-bas on leur prenait des passeports pour les empêcher de voyager.

Quand vous allez au Xinjiang, vous ne voyez pas tout ça. Si vous ne parlez pas aux gens, vous reviendrez en vous disant : tout avait l’air très bien. La seule chose qui m’a frappée est que les gens ne sont pas souriants. C’est la seule chose qui peut mettre la puce à l’oreille. Avec les changements au sommet du Parti communiste en 2013 puis en 2016, c’est devenu l’horreur. Vous voyez des soldats et des policiers partout. Des checkpoints partout : pour aller au supermarché vous passez par trois checkpoints. Des caméras avec reconnaissance faciale partout.

En 2014, ils ont commencé à interner les Ouïghours dans des camps. Ils essaient de casser cette culture. Ils interdisent la langue, ils leur font manger des choses qui ne sont pas compatibles avec leur religion. Et ils gardent une poignée d’Ouïghours “convertis”, ceux-là sont pour les touristes. Il y a des danseuses avec de beaux costumes…", a raconté Sylvie Lasserre.

"Un tiers des Ouïghours sont aujourd’hui internés"

"Erkin Sidiq, un ingénieur ouïghour qui vit en Californie, que je considère commune une source fiable, m’a dit que l’objectif de Xi Jinping est de tuer un tiers des Ouïghours, d’en enfermer un tiers et d’en siniser (convertir) un tiers. Un tiers des Ouïghours sont aujourd’hui internés.

Combien reste-t-il d’Ouïghours aujourd’hui ? Les chiffres officiels de la Chine, c’est 12 millions. Les Ouïghours eux-mêmes disent qu’ils sont 18 millions. Récemment, un porte-parole chinois, lorsqu’on lui a posé la question sur Al Jazeera, a dit qu’ils étaient 7 millions. Ça fait très peur, c’est abominable. Leur territoire, qui fait 1/6 de la Chine, est occupé par 18 millions de personnes seulement. C’est quoi, 18 millions par rapport au 1,5 milliard de Chinois ? En plus, ils occupent un terrain stratégique, riche en hydrocarbures et minerai précieux…"

 

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