éditorial

L'édito de Michaël Darmon

A propos...

Journaliste au service économie et politique de TF1 de 1990 à 1993, il est le correspondant de la RTBF à Jérusalem de 1992 à 1993. En 1994, il entre à France 2, au sein du service politique. Il suit l...
Michaël Darmon ©Anthony Ghnassia
Monde

Emmanuel Macron et l’Europe face au défi italien

Angela Merkel et Emmanuel Macron (©JOHN MACDOUGALL - AFP)

La nouvelle situation en Italie est au cœur de toutes les conversations au sein des exécutifs européens. Le troisième pays de l’UE qui se place sous la bannière du populisme ? L’événement n’a pas fini de produire une onde de choc.

C’est la raison pour laquelle le premier coup de téléphone que le nouveau Premier ministre italien a reçu est celui d’Emmanuel Macron. Le président français a bien compris que ce nouveau gouvernement italien est un nouveau coup dur pour son projet européen. Et la première des politiques qui va ressentir cette évolution populiste, c’est bien entendu le dossier des migrants. Les opinions européennes sont peu ou prou sensibles aux arguments concernant l’accueil de ces derniers. L’Italie est désormais en position de force pour faire imploser les accords de Dublin régissant les points d’entrée sur le continent. Les équipes de l’Ofpra s’attendent à des bras de fer dans les prochains jours avec des bateaux de migrants affrétés par des ONG françaises en route vers l’Italie en provenance de Libye. Ils seront sûrement bloqués à leur arrivée et redirigés vers des ports français.

Cette nationalisation des accueils a de quoi déstabiliser encore un peu plus la politique européenne. Les migrants serviront également de vitrine politique pour le gouvernement de Rome, car sur le plan économique et fiscal, il devra faire preuve de réalisme au risque de paraître reculer par rapport à leur programme politique.

Ceux qui en Europe et en France pensaient qu’Emmanuel Macron au pouvoir allait donner un coup d’arrêt au populisme en Europe se sont donc trompés : c’est en fait l’élection française qui fait exception ! Depuis 2017, 92 députés d’extrême-droite sont entrés au parlement allemand, Viktor Orban est repassé en Hongrie… En fait, à chaque élection la crise avance. Pas de quoi pavoiser à un an des européennes, et Emmanuel Macron a du mal à entraîner ses partenaires allemands… d’autant que les engagements avec les voisins italiens continuent ! Un accord France-Italie est en train de s’écrire sur le mode du traité France-Allemagne.

Mais il faut regarder la situation en face : on entre dans une phase de désorganisation accrue de l’Europe et de son idée de départ. Son mythe initial était le voyage d’Ulysse, les places commerciales qui faisaient circuler les idées… Mais l’idée de la souveraineté au cœur des démocraties modernes n’a pas été réglée. Comment diriger en intégrant le plus de monde dans une collégialité alors que les régimes produisent des personnalités, des incarnations ? D’où le retour des régimes autoritaires, où tout le monde se réfugie dans un jeu de rôle sans lien avec la réalité. Dernier exemple en date, l’Italie. Son gouvernement fait des promesses qu’aucun ministre des Finances ne pourra tenir. C’est le message de Rome : l’Europe veut faire une pause.

Réécoutez en podcast l’édito de Michaël Darmon dans le Grand Matin Sud Radio

 

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