Emma Haziza : "Quasiment tous les départements sont touchés par la sécheresse"

Emma Haziza (experte en hydrologie et fondatrice du Centre de recherche Mayane) était ce jeudi l'invitée de Patrick Roger dans le Grand Matin Sud Radio.

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Alors que nous approchons la fin du mois d'octobre, la météo se montre toujours aussi clémente et des températures records ont même été enregistrées dans le pays ces derniers jours. Si cet été indien ravit le plus grand nombre, il est aussi et surtout synonyme d'une inquiétante sécheresse qui touche aujourd'hui la moitié de l'hexagone, comme nous le confirme Emma Haziza (Fondatrice du Centre de recherche Mayane).

"Actuellement, la tendance est aux états de sécheresses de plus en plus sévères"

Invitée ce jeudi du Grand Matin Sud Radio, cette experte en hydrologie fait le point. "Quand on analyse la situation à l'échelle de la France, on a quasiment tous les départements qui sont touchés", explique-t-elle, précisant que "30 départements sont actuellement en état de niveau rouge (...), ce qui signifie que l'on va arrêter l'ensemble des prélèvements prioritaires et que l'on est vraiment dans une phase critique". "On va seulement avoir des autorisations qui vont être mises en place pour la santé, la sécurité civile, l'eau potable et la salubrité mais il va y avoir des limitations énormes sur le territoire", précise-t-elle encore, rappelant que "des restrictions sont déjà appliquées par arrêté préfectoral", notamment dans le "Gard, la Gironde et le Gers". "C'est surtout la vie quotidienne - et pas seulement l'agriculture - qui est impactée directement. L'état des cours d'eau est extrêmement fragile et dans un état assez critique", explique-t-elle.

Est-ce du jamais vu en cette saison ? "On a déjà vu ça, on a eu des grands épisodes si l'on remonte dans l'histoire", répond-elle. "On a même eu des sécheresses où l'on arrivait à traverser le Rhin à pied, à sec, dans les années 1300. On a eu aussi des épisodes extrêmes en 1976 et en 2003", poursuit-elle. "Ce qui est très particulier, c'est qu'en général, on a un rechargement des nappes phréatiques superficielles et profondes qui se fait en septembre et en octobre. Mais cette année, on a des zones comme le bassin méditerranéen - le Gard par exemple - qui n'ont quasiment pas connu de pluies sur ces deux derniers mois. Or, on est dans une période d'épisodes cévénols où l'on a des pluviométries extrêmement importantes et là, il ne se passe rien !". Et l'hydrologue d'ajouter : "Les causes peuvent être multiples (...),  il est vrai qu'il y a de plus en plus de récurrence. Cela fait une dizaine d'années que l'on a des épisodes de plus en plus intenses, des périodes de feux de forêt majeurs. Il y a quand même une tendance actuellement à des états de sécheresse de plus en plus sévères". Il existe "un risque" pour "l'équilibre de la biodiversité" ainsi que pour "nos usages", déplore-t-elle. 

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