éditorial

L'édito de Natacha Polony

Natacha Polony ©Anthony Ghnassia
Monde

Accord entre la Ligue et le M5S : pourquoi l’Italie va subir exactement ce qu’a subi la Grèce

Giuseppe Conte (à droite) en compagnie de Luigi di Maio, leader du Mouvement 5 étoiles (©FILIPPO MONTEFORTE - AFP)

Les deux partis eurosceptiques se sont mis d’accord pour la nomination de Giuseppe Conte à la tête du nouveau gouvernement. Mais le plus dur reste à venir pour ce dernier.

Quand on voit déjà les titres de la presse française parlant de théâtre et de commedia dell’arte, on se dit quand même que du côté du respect de nos voisins, il y a encore quelques petits progrès à faire ! D’autant que ce qu’il se passe en Italie est de plus en plus passionnant pour celui qui voudrait comprendre les recompositions idéologiques en Europe entière. La politique menée par cette coalition va avoir des conséquences directes sur nous. Bien sûr, il n’est plus question pour les dirigeants italiens de sortir de l’euro, mais de revoir avec les partenaires européens, disent-ils, le cadre de la gouvernance économique, revenir à une Europe conforme à ses idéaux de paix, fraternité, coopération et fraternité, etc. Ça, c’est le discours des Italiens. Traduction : ils n’ont pas l’intention de se faire dicter leur politique par Jean-Claude Juncker !

Notre ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est permis de faire la leçon aux dirigeants d’un pays fondateur de l’Union européenne en disant ceci : "Si le nouveau gouvernement prenait le risque de ne pas respecter ses engagements sur la dette, le déficit ou l’assainissement des banques, c’est toute la stabilité financière de la zone euro qui serait menacée. Les engagements pris par l’Italie valent quel que soit le gouvernement. Je respecte la décision souveraine du peuple italien, mais il y a des engagements qui dépassent chacun de nous". Ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Vous vous souvenez de la déclaration de Jean-Claude Juncker au moment où Syriza a lancé en Grèce son référendum ? "Il n’y a pas de démocratie en-dehors des traités européens". En gros, "vous avez voté, mais vous n’avez pas le choix".

Dès lors, le gouvernement italien peut-il transgresser les règles de l’UE ? Ces gens, qu’ils soient de la Ligue ou du Mouvement 5 étoiles, ont été élus pour ça ! C’est même leur point commun, ce qui explique qu’ils puissent former une coalition ! Le reste, leurs contradictions sur les questions économiques et sociétales, ça passe après ! Et le président du Conseil qu’ils ont choisi, Giuseppe Conte, a été choisi justement pour arrondir les angles et apaiser les contradictions. En revanche, ils vont subir exactement ce qu’a subi la Grèce quand elle a voulu s’émanciper de la pression européenne. Figurez-vous que les marchés ont déjà commencé à attaquer l’Italie. L’avertissement de Bruno Le Maire traduit une vérité : on ne sort pas du dogme, la démocratie doit plier devant lui.

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