Ces jouets — des figurines à l’apparence singulière et très populaires à travers le monde — sont au centre d’une polémique grandissante liée aux droits du travail et à la protection des employés.
Des cadences inhumaines et des protections sociales minimes
L’usine ciblée par l’enquête est Shunjia Toys, située dans le comté de Xinfeng, province du Jiangxi, elle emploie plus de 4.500 personnes. Selon le rapport de l’ONG, des pratiques jugées exploitantes y seraient systématiques, touchant notamment des travailleurs âgés de 16 à 18 ans, qui occupent des postes normaux sans bénéficier des protections légales obligatoires prévues pour les mineurs en Chine. "C'est terrible de savoir qu'on a acheté une peluche fabriquée par des gens qui sont exploités. Mais légalement, on ne peut pas faire grand-chose. Sur les autres sujets, comme la dangerosité et l'environnement, en revanche, on peut aller. On peut se saisir de ces sujets pour mieux se protéger", réagit Yann Rivoallan, président de la Fédération française de prêt-à-porter, au micro de Sud Radio dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Parmi les abus signalés figurent des contrats laissés en blanc, forcés à être remplis rapidement par les employés sans explication des termes, ni mention claire des salaires, des conditions de travail ou de l’assurance sociale. Les entretiens réalisés par CLW indiquent que les travailleurs n’ont souvent pas compris leur propre statut contractuel et n’avaient "aucune notion claire de leurs droits".
L’enquête révèle également des objectifs de production irréalistes : des équipes de 25 à 30 personnes seraient contraintes d’assembler jusqu’à 4.000 jouets par jour. Dans un contexte où la loi chinoise limite les heures supplémentaires, de nombreux employés expliquent avoir travaillé plus de 100 heures supplémentaires par mois, bien au-delà du plafond légal.
Face aux révélations, Pop Mart promet un audit
Cela, alors même que les jouets Labubu continuent d’enregistrer des ventes spectaculaires à l’international. En effet, ces produits ont généré des milliards de yuans de chiffre d’affaires pour Pop Mart et restent extrêmement demandés sur les marchés mondiaux.
Face aux allégations, Pop Mart a publié une réaction assurant qu’elle prendrait "au sérieux le bien-être et la sécurité des travailleurs" dans ses usines partenaires et qu’elle procéderait à des audits réguliers de ses chaînes d’approvisionnement. L’entreprise affirme qu’elle enquête actuellement les informations soulevées et s’engage à renforcer les mécanismes de surveillance si nécessaire.
Cependant, selon l’ONG, les pratiques observées ne sont pas isolées dans le secteur manufacturier chinois, où des pressions liées à la demande mondiale conduisent souvent à des conditions de travail difficiles, de longues heures et peu de garanties sociales. Cette enquête soulève une question cruciale : la popularité mondiale d’un produit doit-elle se faire au détriment des droits des travailleurs qui le fabriquent ? Alors que la production de Labubu doit encore s’intensifier, la pression monte sur Pop Mart et ses sous-traitants pour qu’ils améliorent les conditions de travail et respectent pleinement les normes internationales du travail.
"On doit muscler nos douanes, c'est l'objectif de la taxe petits colis"
Alors, pourquoi des jouets produits dans de telles conditions arrivent-ils dans notre pays ? "Pendant des années, on a fonctionné par containers. Les douanes prenaient un ou deux produits dans un container, les testaient, et à ce moment-là on bloquait le container quand ça ne fonctionnait pas. Désormais, avec la digitalisation, c'est près de 5 milliards de colis qui arrivent en France, on est submergés par ces colis, et on ne peut pas les tester un par un. De ce fait, on doit muscler nos douanes. C'est l'objectif de la taxe petits colis", a expliqué Yann Rivoallan au micro de Sud Radio.
"L'objectif de cette taxe est de faire en sorte que ces produits ne rentrent plus chez nous. Et j'espère que quand ils cesseront d'entrer chez nous, les producteurs en Chine vont se remettre à produire des choses normées. Car la Chine est capable du meilleur comme du pire", a poursuivi Yann Rivoallan. Fidèle à la logique de la pression sur les marketplaces chinoises, il invite les différents filières à "se protéger" : "On peut faire pression sur ces plateformes asiatiques. Par exemple, le secteur de la mode vient de faire un procès contre Shein pour concurrence déloyale, et 150 marques s'y sont associées. J'invite les autres filières, comme les jouets et les cosmétiques, à se rejoindre à ce mouvement pour se protéger".
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