Il faisait partie de ces voix qu’on a l'impression d'écouter depuis toujours. Philippe Bouvard, c’était un ton, une plume, un regard sur le monde : souvent mordant, parfois attendrissant, mais toujours acéré. À la radio comme à la télévision, il a imposé une façon bien à lui de mêler érudition et ironie, bon mot et bon sens. Il préférait les coups de gueule aux courbettes, les éclats de rire à la langue de bois. Pendant plus de 70 ans, il aura occupé l’espace public avec constance, liberté et style.
De la plume aux micros : la naissance d’un style
Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers, en Seine-et-Marne, Philippe Bouvard s’initie très tôt à l’écriture, fasciné par les mots et leur pouvoir. En 1952, il entre au service photographie du Figaro, en tant que simple coursier. Mais à cette époque, il rêve déjà de grandeur. Il gravira un à un les échelons, jusqu’à devenir rédacteur en chef des pages parisiennes du journal, fonction qu’il occupe pendant 11 ans, de 1962 à 1973.
En parallèle, il écrit pour Paris Match entre 1977 et 1992, puis pour Le Point en 1983. Journaliste de formation, il deviendra l’un des animateurs les plus célèbres de France. En 1977, RTL lui ouvre ses portes. Il y crée Les Grosses Têtes, émission devenue culte, qu’il animera pendant près de quarante ans, de 1977 à 2014.
Pendant ces décennies, Philippe Bouvard règne en maître sur l’antenne de RTL. En 2000, il cède sa place à Christophe Dechavanne mais fait un crochet par Europe 1, aux côtés de Laurent Ruquier dans On va s'gêner. Moins d’un an plus tard, il est rappelé sur RTL pour reprendre les rênes des Grosses Têtes, qu’il animera jusqu’en 2014. Une longévité exceptionnelle, rare dans l’histoire de la radio française.
Une figure incontournable du paysage audiovisuel
Il a brillé dans tous les médias. À la télévision, Philippe Bouvard marque aussi son époque. En 1982, il lance Le Petit Théâtre de Bouvard sur TF1, véritable rampe de lancement pour des carrières devenues incontournables. C’est là que débutent Muriel Robin, Chevallier et Laspalès, Les Inconnus ou encore Mimie Mathy. L’émission devient un phénomène, révélant une nouvelle génération d’humoristes.
Au-delà du micro, Philippe Bouvard est aussi une plume à part. Il publie une trentaine d’ouvrages mêlant souvenirs, réflexions et aphorismes. Parmi ses titres les plus connus : Un homme libre, Journal d’un bouffon, ou encore Je suis mort, et alors ?. Son style, reconnaissable entre mille, oscille entre autodérision, regard acéré sur la société française et amour des belles lettres.
Un franc-parler assumé
Philippe Bouvard n’a jamais craint de déplaire. Il n’a jamais cherché à lisser ses propos : conservateur dans ses idées, parfois taxé de réactionnaire, il assumait de ne pas penser comme tout le monde. Son humour grinçant, sa vision nostalgique de la France et son rejet du politiquement correct lui valent autant d’admirateurs que de critiques.
Une longévité rare
Trois quarts d’une vie vouée à informer, divertir et écrire : en quatre-vingt-seize ans, Philippe Bouvard aura passé plus de soixante-dix ans au service des médias. Philippe Bouvard a laissé loin derrière lui l’âge de la retraite. Des studios de RTL aux colonnes de France Soir, il est resté, jusqu’à la fin, cette voix complice des jours ordinaires.
En 2014, après avoir cédé les clés des Grosses Têtes à Laurent Ruquier, il rebondit immédiatement avec une nouvelle émission dominicale : Allô Bouvard, diffusée jusqu’en 2020. Il enchaîne ensuite avec À mon humble avis, puis Bouvard se souvient et enfin Les portraits de Philippe Bouvard, qu’il présente lors de la matinale du dimanche sur RTL. En juin 2024, à l’antenne, il annonce qu’il prendra sa retraite en janvier 2025.
Avec soixante-trois ans de carrière journalistique, Philippe Bouvard s’impose comme le recordman français de la longévité médiatique. Il n’était qu’à trois ans de détrôner Bob Thomas, journaliste américain officiellement reconnu par le Guinness comme détenteur du record du monde de la carrière journalistique la plus longue : soixante-six ans au service de l’Associated Press, de 1944 à 2010.
Un héritage sonore et culturel
Avec son décès, une page de l’histoire médiatique française se tourne. Celui qui se définissait comme « un amuseur public de service » a su faire rire sans jamais cesser d’instruire. Il laisse derrière lui des générations d’auditeurs, d’humoristes et de journalistes qu’il a influencés, inspirés, parfois irrités, mais jamais laissés indifférents.