Viol et meurtre d’une lycéenne à Nantes : "les peines devraient être purgées jusqu’à leur terme"

Philippe Bilger, magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole, était l’invité de Patrick Roger le 31 août dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

Une avocate à la tête de l'Ecole Nationale de la Magistrature. (Philippe HUGUEN - AFP/Archives)

Un multirécidiviste a avoué le viol et le meurtre d’une lycéenne de 15 ans à Nantes. La justice est-elle trop laxiste avec les multirécidivistes ? Un homme de 45 ans condamné pour 13 viols et tentatives de viol a été libéré en 2016. Il a avoué le viol et le meurtre de cette jeune fille.

 

Onze ans purgés sur les 18 années

Tout a été prémédité, dit l’enquête. L’Inspection générale de la justice est saisie pour faire la lumière sur son suivi psychojudiciaire. "Dans cette affaire tragique, il y a deux choses sur lesquelles on n’insiste pas à mon avis", estime Philippe Bilger, magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole. D’abord, quand cette personne a-t-elle été incarcérée avant d’être condamnée en décembre 2005 par la cour d’assises à 18 années de réclusion criminelle ? Il n’aurait fait que 11 ans sur les 18 années. C’est déjà une interrogation, c’est là le gros problème, l’exécution des peines en matière criminelle."

Voilà un homme qui est condamné à un suivi sociojudiciaire. "Apparemment, il l’a respecté, souligne l’ancien magistrat. Et pourtant, pendant ce délai, il a continué à nourrir des pensées criminelles qui se sont exprimées en 2020." Que prévoit la loi passée il y a une vingtaine d’année sur l’injonction de soins pour les criminels sexuels ? "Elle prévoit en vérité une régularité de visite et de traitement de la part des criminels. Celui-là, en l’occurrence, a à peu près respecté tout ce qui avait été prescrit sur le plan du travail, de l’indemnisation des victimes et des soins."

Une sorte d'humanisme pervers

"Au fond, résume simplement celui qui est également le président de l'Institut de la parole, cette affaire montre quelque chose de fondamental : un suivi psychojudiciaire ne tarit pas les penchants criminels, surtout en ce qui concerne les crimes sexuels." Quid de la castration chimique, qui peut se faire sur la base du volontariat . "Sans aller jusque-là, on devrait tout de même, aujourd’hui, accepter l’idée que les condamnations par une cour d’assise, notamment pour les crimes sexuels, devraient être purgées jusqu’à leur terme."

"Je sais bien que ce n’est pas la tradition française qui, par une sorte d’ humanisme pervers, veut l’inexécution des peines, regrette Philippe Bilger. On a la conséquence que l’on craignait : un homme en 2020, de manière parfaitement préméditée, commet deux nouveaux crimes. On ne peut rester plus longtemps dans cette situation où des criminels sexuels renouvelleront leur crime."

Cliquez ici pour écouter "C'est à la une" avec Patrick Roger

Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !