Mise en vigueur d'amendes de 200 euros pour consommation de stupéfiants, la fausse bonne idée ?

Dans le plan anti-drogue voulu par la République en marche, cette amende forfaitaire de deux cents euros fait figure de première stèle pour faciliter le travail des forces de l'ordre. Seulement, la réalité du terrain est tout autre et la police sait d'avance qu'elle aura tout le mal du monde à mettre en place ces interpellations.

Des policiers veillent sur la cité des Grésilles à Dijon. Et c'est précisement dans ces quartiers que cette nouvelle amende semble difficile à appliquer. (Photo Philippe Desmazes / AFP)

Un reportage de Clément Bargain pour Sud Radio

Les consommateurs de stupéfiants à Reims, Rennes, Créteil et Boissy-Saint-Léger sont désormais punis d'une amende forfaitaire de 200 euros, minorée à 150 euros si celle-ci est payée sous quinze jours. Cette nouvelle procédure est expérimentée depuis hier sur ces territoires et s'applique à toutes les drogues mais vise d'abord les usagers de cannabis. Une mesure voulue par le gouvernement pour en finir avec la "dépénalisation de fait" du cannabis et apporter ainsi une réponse pénale plus rapide, plus ferme et plus systématique. Mais du côté des consommateurs, comme des forces de l’ordre, on doute de l’efficacité de ce nouvel outil du plan antidrogue.

Thomas s'est déjà fait contrôler plusieurs fois en possession de cannabis mais n'a jamais eu de sanction jusqu'ici.

"Je n'avais pas beaucoup sur moi à chaque fois donc je ne suis jamais passé au tribunal. Ils me contrôlent juste, ils me prennent ce que j'ai et il n'y a pas de problème après. On va quand même continuer, 200 euros c'est beaucoup mais quand tu es addict, tu peux pas faire sans, tu vis avec".

Cette amende vise surtout à alléger le travail des forces de l'ordre, comme le souligne le député LREM, Eric Pouillat, co-rapporteur d'une mission parlementaire sur le sujet des drogues.

"Au lieu de faire huit à dix heures de procédure, il suffira de prendre une tablette électronique, de déposer une amende et avoir ainsi plus de temps pour se concentrer sur les trafiquants plutôt que les consommateurs."

 

Une idée hors-sol et impossible à faire appliquer dans les aurtiers difficiles ?

Mais du côté des forces de l'ordre, cette nouvelle amende forfaitaire ne fait pas l'unanimité et fait fi de la réalité du terrain. C'est le point de vue de Reda Belhaj, délégué départemental du syndicat SGP police FO Val-de-Marne.

"Quand vous allez contrôler un individu qui a moins de 30 grammes et que vous êtes dans un quartier difficile, aurez-vous le temps de faire signer le PV à l'individu ? Le temps de prendre son identité alors que vous vous faites caillasser ? En plus, s'il refuse de signer, il faut le ramener au poste".

 

Marseille et Lille seront les prochaines métropoles à mettre en place ce système d'amende de deux-cent euros, avant que ce dernier ne soit généralisé dans toute la France métropolitaine.

Pour information, une loi de 1970 prévoit théoriquement de punir l'usage illicite de stupéfiants d'un an de prison et 3750 euros d'amende pour les cas les plus critiques. Seulement, ces peines ne sont que très rarement prononcées. En définitive, ce nouveau plan anti-drogue se veut avant tout dissuasif et tend à sensibiliser.