Linky, un compteur qui ne vous veut pas que du bien - "Nous devenons de la chair à data"

Un cabinet d'avocats toulousain propose de souscrire à une procédure collective contre Enedis, qu'il accuse de "méthodes agressives" dans la pose du compteur Linky. Certains citoyens ont même été obligés de barricader leur compteur pour éviter la pose d'un Linky tandis que d'autres reçoivent des courriers menaçants...

Christophe Lèguevaques interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio, à 8h10, dans "C'est à la une".

Un reportage de Christine Bouillot à Toulouse pour Sud Radio, suivi d'une interview de Christophe Lèguevaques dans le Grand Matin Sud Radio.

Nouvelle action en justice contre les compteurs Linky, cett fois-ci, sous la forme d'une action collective. Lancée hier à Toulouse par deux avocats qui ont déjà recueilli plus de 12 000 signatures dans une pétition, son but est de donner le libre choix aux consommateurs, de pouvoir refuser l’installation de ces compteurs dits "intelligents". Et pour mener cette action en justice, les deux avocats ont décidé d'agir groupés pour être plus efficace.

L'union fera-t-elle la force ? Les deux avocats cherchent à recueillir un maximum de plaintes pour faire baisser les frais de justice dans ce combat contre le géant français de l'énergie. "Une formule qui permet d'avoir accès à la justice à des coûts très faibles, de l'ordre de 200 euros."

Risques d'incendie, factures en augmentation, impact sur la santé, conservation des données personnelles de consommation, le compteur Linky a déjà derrière lui une belle série de griefs. Les avocats veulent que les clients aient le choix de ne pas accepter ses compteurs.

Maître Arnaud Durand ne décolère pas. "On sait qu'Enedis aujourd'hui ne demande jamais aux juges de forcer la main des consommateurs. Enedis se contente de faire des actes de justice privée en écrivant des SMS, en appelant, en rappelant, en envoyant des courriers menaçants. À tel point que des consommateurs ont l'impression d'être des bandits en recevant ce genre de courrier. Mais quand on lit bien le contrat, on voit qu'il n'y a aucune obligation à installer ceci chez soi."

 

Lancement des plaintes et combat des habitants depuis cinq ans contre Enedis

Depuis hier, il est possible de s'inscrire pour cette action collective, les premières plaintes seront elles déposées au plus tard le 31 mars prochain.

C’est ce que va faire Maud Bigand qui vit en Ariège. Elle veut pas de compteur chez elle, et depuis 2015, se bat contre son installation affirmant être dans son droit.

"Sachant que mon compteur était accessible, dès le début, nous l'avons barricadé comme l'ont fait des milliers de personnes. Même les lettres ne suffisent pas, ils ne respectent pas les gens. Les personnes qui ont leur compteur à l'intérieur sont les plus chancesues. Mais pourquoi aurions-nous moins de droit que ceux qui l'ont à l'intérieur ?" s'indigne Maud Bigand qui se bat depuis 2015 contre cette installation.

 

 

L'interview de Christophe Lèguevaques, à l'initiative de l'action collective

Christophe Lèguevaques, l'un des deux avocats représentant les consommateurs dans le cadre de cette procédure collective, était l'invité de Patrick Roger le 25 février 2020 dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

 

"Ce n’est pas une remise en cause globale du déploiement"

"La loi oblige Enedis à changer les compteurs, mais la loi n’oblige pas les consommateurs à accepter ces compteurs. C’est ce qui fait la différence, et c’est ce qu’Enedis ne veut pas comprendre. La directive est organisée pour respecter le libre choix du consommateur. Or, ce qu’on reproche à Enedis, c’est de mettre en place toute une procédure coercitive, forcer les consommateurs.

Les personnes qui ont signé cette pétition veulent que leur libre choix soit respecté. Ce n’est pas une remise en cause globale du déploiement, c’est tout simplement le respect de la vie privée et du domicile des consommateurs", a expliqué Christophe Lèguevaques.

"Avec Linky on va pouvoir savoir quels appareils électriques fonctionnent chez vous"

Interrogé sur les raisons qui peuvent pousser certains à s’opposer au compteur Linky, Christophe Lèguevaques a répondu : "Il y a d’abord des personnes électrosensibles. Ensuite, tout un chacun peut vouloir protéger sa vie privée. Il faut savoir que Linky n’est pas uniquement un outil de comptage de notre consommation, c’est aussi un outil de profilage. On va pouvoir savoir quels sont les appareils électriques qui fonctionnent, quand ils fonctionnent, combien de temps ils fonctionnent. On va pouvoir savoir si par exemple votre réfrigérateur est un peu vieillot, et ces informations pourront être communiquées à des distributeurs qui vous contacteront en disant : 'vous pouvez changer votre réfrigérateur parce qu’il y a des promotions'.

Enedis abuse de sa position dominante. Il vous dit : 'si vous voulez avoir l’électricité, cliquez sur ce lien pour accepter à la fois d’être livré en électricité et que je puisse utiliser vos données'. Et ça, ça a déjà été dénoncé par la CNIL."

"Le changement des compteurs rapportera 7 milliards d’euros aux fabricants de matériel électrique"

"À en croire le rapport de la Cour des comptes, Linky présente un gros avantage pour Enedis et le secteur électrique. Ce changement, qui n’est pas nécessaire, rapportera 7 milliards d’euros aux fabricants de matériel électrique. Pour Enedis c’est un changement de méthode de travail, qui va lui permettre de devenir un grand acteur de la data. Et pour l’État, c’est la préparation de la transition non pas énergétique mais fiscale. À l’avenir on va pouvoir prélever beaucoup plus de fiscalité via le compteur Linky", a estimé Christophe Lèguevaques.

 

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