Élisabeth Lévy - "On peut toujours compter sur les prétendus progressistes pour se tromper d'ennemi"

Hier s'ouvrait le procès de Marine Le Pen et Gilbert Collard, cinq ans après avoir relayé des images d'exaction commises par Daech. Pour resituer, les faits interviennent après que Jean-Jacques Bourdin a comparé le FN aux islamistes. Une réaction peut-être épidermique des deux cadres du parti, mais oui, ce monde est cruel. Doit-on fermer les yeux et ne pas avoir ce débat ?

Ce mercredi, Marine Le Pen et Gilbert Collard comparaissaient devant le tribunal et seront fixés sur leur sort le 4 mai. (Photo de Lionel Bonaventure / AFP)

Marine Le Pen et Gilbert Collard comparaissaient hier devant le tribunal de Nanterre

Il faut croire que la Justice est désoeuvrée. Elle a donc été convoquée hier pour juger trois tweets. Pour rappel, le 16 décembre 2015, sur BFM/RMC, Jean-Jacques Bourdin ose un parallèle entre le FN et Daech, qui auraient selon lui le même but : pousser la France au repli. La thématique de la tenaille identitaire est devenue depuis une vieille lune. Pas contente - on peut la comprendre -, Marine Le Pen tweette en 2015 trois photos d’exactions de Daech, dont celle du journaliste américain James Foley, décapité. En légende, elle écrit “Daech, c’est ça !”. Elle est à ce moment-là imitée dans sa démarche par de nombreux militants. 

S’ensuit un concert de dames patronnesses. Valls, Cazeneuve et d’autres, rivalisent dans le superlatif. Pas contre Daech mais contre Marine Le Pen. Ils osent : « Incendiaire, faute politique et morale, abjection, abomination ».

On peut être choqué par la diffusion de ces images, mais là n’est pas le problème.

On ne va pas au tribunal à chaque fois qu’on est choqué. Le Premier Ministre - en l’occurence Manuel Valls - n’est pas là pour avoir ses vapeurs, d’autant plus quand son indignation est surjouée. Le plus choquant, ce sont les images et les crimes que ces vidéos montrent. Oui, c’est horrible. Le monde est horrible. “Faut-il montrer ou pas ?”, cette question devrait être l’objet d’un débat libre. Mais si Marine Le Pen est condamnée, on doit alors interdire la vidéo de policiers qui frappent Michel Zecler ou les violences de Tien An Men. Pas pareil, certes, mais ce sont des « images violentes ». Selon le procureur, les images partagées par la patronne du Rassemblement National traumatisent les enfants. C’est une blague ? Ils ont Internet, les jeux vidéos, les réseaux sociaux, mais seraient traumatisés par un tweet de Le Pen ? Même lui n’y croit pas : il a mollement requis 5000 euros d’amende quand la peine encourue est de trois ans de prison et 75 000 euros d’amende. 

Et ce n’est pas à prendre à la légère.

Au contraire, c’est très grave. 

  • Encore un exemple d’instrumentalisation politique de la Justice. Les Français enragent de la quasi-impunité dont bénéficient des voyous qui leur pourrissent la vie, et pour Marine Le Pen, cinq ans de procédure pour avoir montré trois photos ?
  • Au moment où Valls est confronté à un djihadisme meurtrier, il joue à l’antifascisme. 

Cinq ans après, Cécile Duflot ne démord pas : « le débat politique se polarise autour de l’islam, alors que la France pourrait (en cas de victoire de Le Pen) basculer dans une quasi dictature. » Le vrai danger, ce ne serait pas l’islam radical, mais un parti qu’on peut certes critiquer mais qui respecte les institutions. On peut toujours compter sur les prétendus progressistes pour se tromper d’ennemi.