Élisabeth Lévy - Affaire Richard Berry, "conséquences délétères du culte de la victime"

Le célèbre comédien est accusé par sa fille, Coline, d'inceste, d'attouchements lorsque celle-ci avait moins de dix ans. Richard Berry dément et ne compte pas en rester là. Voilà qu'on touche aux limites du déballement médiatique des affaires intimes, et il faut y remédier franchement.

Richard Berry, dans la tempête médiatique, après les accusations de sa fille pour viol.(Photo de Lionel Bonaventure / AFP)

Vous voulez parler de l’affaire Richard Berry.

Quelques semaines après l’affaire Duhamel, nous voilà de nouveaux invités à assister à un déballage familial.

Mardi, alors que sa fille a contacté les médias et porté plainte le 21 janvier, Richard Berry publie un long texte sur Instagram. On y apprend que Coline, 45 ans, l’accuse d’attouchements lorsqu’elle avait entre 8 et 10 ans. Le comédien dément « de toutes ses forces et sans ambiguïté ces accusations immondes. » Et dit avoir demandé au Procureur d’ouvrir une enquête malgré la prescription.

Que peut-on dire d’une telle affaire ? 

C’est très grave. Nous ne savons strictement rien mais une fois de plus, le nom d’un homme est jeté en pâture sans preuve. Or, cela peut arriver à tout le monde. Cela va arriver à tout le monde. Ce sont les conséquences délétères du culte de la victime. « On vous croit », a dit Emmanuel Macron. Si quiconque se disant victime est une victime, l’accusation est une preuve de culpabilité. 

Or, toute victime ayant droit à la compassion publique et aux honneurs médiatiques, les vocations se multiplient. Moi aussi, moi aussi, on m’a fait du mal ! Les hashtags fleurissent de sorte que tout le monde peut trouver un bourreau à son pied. Et régler ses comptes avec un ex, un père, un prof. Avec la bénédiction de prétendus psys  spécialisés dans l’exhumation de traumas refoulés. Si quelque chose ne va pas dans votre vie, c’est qu’on vous a agressé dans l’enfance. 

Il faut bien que les victimes parlent, mais à qui ?

Oui. À la Justice. À leurs proches. À leur psy. On prétend que le seul moyen de surmonter sa souffrance est de la jeter à la face du monde et d’en faire l’étendard d’une cause. Peut-être que, sur des sujets aussi douloureux, il ne peut y avoir au contraire de parole véritable que dans le secret.

Selon Le Monde, Coline Berry veut « obtenir par la voie médiatique une réparation compliquée à faire valoir devant les tribunaux. » Quel aveu !  

Voilà le cauchemar engendré par la merveilleuse révolution #MeToo : le secret de la vie privée est piétiné, la délation généralisée et le pilori médiatique remplacent la justice. En l’absence de vérité judiciaire, nous avons le droit de ne pas savoir : on ne rendra pas le monde meilleur en espionnant par les trous de serrure.