Retranscription des premières minutes :
- Sud Radio Regards de Femmes, Michel Vianès.
- Bonjour Michel Vianès.
- Bonjour Jean-François.
- Et bienvenue Michel Vianès, président de Regards de Femmes, membre du Haut Conseil à l'égalité femmes-hommes.
- Michel, alors vous consacrez votre chronique cette semaine à un mécanisme redoutable, dites-vous, encore trop méconnu, le contrôle coercitif, c'est l'un des enjeux d'ailleurs juridiques majeurs de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles qui est en discussion à l'ensemble national.
- Michel, définissez-nous ce mécanisme dit du contrôle coercitif.
- Et bien c'est une violence conjugale qui transforme justement toute la relation conjugale en une prise d'otage qui est quotidienne.
- Ça a été théorisé depuis 2007 par un sociologue américain, Evan Stark, et puis ça a été bien analysé.
- C'est bien analysé en France par la psychologue Andréa Dreventila.
- Donc ce contrôle coercitif, c'est une privation de liberté systématique, graduelle et délibérée.
- Alors c'est pas un simple accès de jalousie, c'est une conduite qui est calculée.
- Alors imaginez Jean-François, une femme qui n'a jamais reçu un seul coup, mais qui vit dans une peur permanente.
- Elle doit envoyer des photos pour prouver où elle se trouve, elle doit justifier le moindre euro dépensé, elle doit s'habiller comme il veut et renoncer à voir ses amis.
- Alors de l'extérieur, le couple a l'air normal, mais de l'intérieur, c'est une véritable prise d'otage.
- Et en instaurant justement cette régulation du quotidien, l'agresseur va isoler sa victime et transformer la relation conjugale en un état de siège permanent.
- Et c'est ce que justement Evan Stark a appelé une cage, une cage invisible, donc qui va priver la victime de toute autonomie.
- Et les experts le rappellent, c'est ce contrôle qui est le précurseur redoutable de la quasi-totalité des féminicides.
- La cage invisible, c'est vrai que le concept est très évocateur.
- Michel, les enfants co-victimes, il y a aussi la persistance du contrôle, même après la séparation.
- Les enfants, c'est important aussi dans cette histoire.
- Bien sûr, cette stratégie de domination ne doit pas s'arrêter aux portes du couple.
- C'est les enfants qui grandissent dans ce foyer.
- Ils ne sont pas seulement des témoins.
- Ils deviennent quelque part les co-victimes de ce système qui est un système de terreur.
- L'agresseur va les utiliser souvent comme un instrument pour maintenir pression et surveillance.
- Et ce qui est assez dramatique quand même, c'est que même la séparation ne met pas fin à ce contrôle puisque le harcèlement peut se poursuivre sous d'autres formes.
- Ça peut être un chantage financier, un contrôle numérique ou l'instrumentalisation sur la garde.
- Et donc, cette séparation ne va pas libérer automatiquement la victime de cette espèce de cage dans laquelle elle se trouve.
- En conclusion, Michel Vianès, le droit, il faut qu'il évolue avec la reconnaissance juridique d'une infraction autonome.
- Oui, tout à fait.
- L'Angleterre a fait figure de pionnière parce qu'elle pénalise ce comportement depuis une dizaine d'années.
- Et en France, il y a eu déjà des juges.
- En particulier, je pense à la cour d'appel de Poitiers avec une magistrate que je tiens à citer, Gwénola Jolicoz, qui a utilisé cet argument.
- Mais tant que la loi n'est pas là, ce n'est pas possible pour tout le monde.
- Et puis, ce n'est pas connu.
- Donc, lors des débats à l'Assemblée sur la loi intégrale contre les violences sexuelles dont on parle beaucoup en ce moment, il y a un amendement qui est porté par le gouvernement et soutenu par la ministre Aurore Berger qui, justement, propose de se contrôler.
- Et puis, il y a eu, dans le cadre de l'appel de Poitiers, une infraction autonome.
- Et c'est crucial parce que ça permettrait d'identifier, de prévenir et de punir cette emprise qui est à la fois psychologique, économique et numérique, avant même que n'éclate la violence physique.
- Et c'est donné aux magistrats et aux victimes, justement, les moyens de nommer cet invisible et de briser cette fameuse cage avant qu'il ne soit trop tard.
- Voilà, merci à vous, Michel Vianney.
- C'est important de parler de ce sujet.
- Ce contrôle coercitif, cette cage invisible, à retrouver sur sudradio.fr.
- Michel Vianney, merci à vous, présidente de Regards de Femmes.
- Qu'est-ce qu'on se dit la semaine prochaine ? Exactement.
- Bonne journée.
- Merci.
-...
Transcription générée par IA