Par André Bercoff et Céline Alonzo avec André Perrin
Le progressisme au détriment du progrès
Avec André Perrin, auteur de "Paradoxes de la pensée progressiste" éd l'Artilleur
Retranscription des premières minutes :
- « Je ne suis pas le seul à être dans tous mes états. André Perrin, mais il est beaucoup plus calme, lui, il le fait à l'humour et il a raison.
- Un paradoxe de la pensée progressiste qui vient de paraître avec un avant-propos de Jean-Claude Michéa aux éditions de l'Artilleur.
- Alors André Perrin, on va commencer un tout petit peu à énumérer Jean Bafouille.
- D'abord, qu'est-ce qui a fait que, et vous l'avez senti en bon écouteur et en bon entendeur, salut, qu'est-ce qui a fait que les ondes, on parle de celles que vous écoutez, mais il n'y a pas qu'elles, ont été petit à petit envahies, d'ailleurs l'université aussi, d'ailleurs le reste aussi, par l'ovoquisme, par la cancel culture, la culture de l'annulation, on va s'expliquer là-dessus bien sûr, l'écriture inclusive, etc. Et qu'est-ce qui a fait qu'à un moment donné, et je ne veux pas remonter, on ne va pas remonter à Jacques Derrida, à la déconstruction et tout ça, et à la French Theory, simplement, qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, il est apparu absolument indispensable pour un certain nombre de gens, médiatiquement, à l'université ou ailleurs, de voir...
- embrasser cette culture, et justement par rapport à l'extraordinaire différence, par rapport à la pensée vraiment progressiste, à la pensée des Lumières.
- Le dérapage, on avait commencé à parler, le dérapage, ce dérapage a eu lieu quand même de façon assez massive à un moment donné.
- Oui, alors je crois que son origine, alors dans la French Theory, je ne suis pas sûr que ce soit tout à fait pertinent, en revanche, il y a une origine américaine, sans aucun doute. Du reste, l'expression aussi bien politiquement correcte, que je vois que vous donniez une leçon d'anglais tout à l'heure, alors j'espère ne pas trop mal prononcer, donc le political correctness, la cancel culture, le wokisme, tout cela, les mots eux-mêmes, effectivement, viennent de l'américain, et ce sont des choses qui sont nées, en gros, sur...
- sur les... sur les campus des universités américaines, à la fin des années 60, au début des années 70.
- Ça fait quand même plus de 50 ans, hein ? Ça fait plus de 50 ans, et bien sûr, mais ça s'est développé progressivement.
- Alors, oui, la question est de savoir comment ça a rejoint et contaminé et déformé l'humanisme et le progressisme traditionnels.
- Tout à fait.
- Le point de départ, ce sont des protestations et des luttes parfaitement légitimes.
- Qui concernaient le racisme, qui concernaient le sexisme, etc.
- Donc, vous avez eu à l'origine des militants, en particulier afro-américains, qui, dans le cadre du politiquement correct, qui protestaient contre, par exemple, l'usage de certains vocables qui leur paraissaient offensants.
- Ce qui est légitime.
- Tout à fait légitime.
- Donc, on a remplacé nigger par black, etc.
- Bon.
- Et puis, si vous voulez...
- Et petit à petit, vous avez eu une évolution de type communautariste, où on a réclamé des droits singuliers, particuliers, pour des communautés.
- Et alors, vous avez ensuite un développement qui a été...
- Alors, le wokisme, c'est un petit peu la même chose.
- L'origine, c'est donc un verbe anglais qui veut dire éveiller.
- Éveiller, oui.
- Donc, il faut être éveillé.
- Éveillé aux discriminations diverses, aux injustices de toutes sortes, aux injustices subies par les minorités ethniques, sexuelles, les homosexuelles, les noires, et puis...
- Les femmes.
- Les femmes, bien qu'elles ne soient pas une minorité, mais enfin, qui sont assimilées d'une certaine manière.
- Bon.
- Donc, tout cela, bien sûr, est parfaitement légitime.
- Mais ça s'est ensuite...
- Vous avez eu un certain nombre...
- D'outrances qui ont rendu ces causes tout à fait contestables dans leur...
- Tout à fait.
- Alors, André Perrin, justement, moi, ce qui est intéressant, ça, le constat, là, on le sait.
- Mais comment vous expliquez, si on a une explication, j'avoue que je n'ai pas, ce dérapage qui est d'un côté, parce que, comme vous dites, c'est légitime au départ, mais ça a dérapé.
- Est-ce que c'est le balancier qui arrive toujours ? C'est tout excès va au bout de son excès ? Tout va au bout de son pouvoir ? Qu'est-ce qui a fait qu'on est arrivé à la folie des statues rasées, des...
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