Nicolas Hulot recule sur le nucléaire, est-ce une bonne nouvelle ?

Le ministre a reconnu que baisser à 50 % la part du nucléaire dans le mix énergétique sera "difficile". Mais, d'un point de vue sécurité, est-ce que nous, citoyens, avons vraiment intérêt à reculer encore la fermeture de certaines de nos centrales ?

 

Le premier sujet, c’est la place de l’écologie dans la politique de ce gouvernement. Pour une fois, il n’est pas responsable de cette reculade. De fait, la loi de transition énergétique de 2015 n’a enclenché aucune transition. Le constat le plus honnête consiste à dire que 2025 est devenu une échéance trop proche pour mettre en place une transformation de nos équilibres énergétiques.

Nicolas Hulot perd quelques plus supplémentaires mais le compromis est quand même moins choquant que pour le glyphosate, les perturbateurs endocriniens ou le traité de libre-échange.

Est-ce que nous, citoyens, nous avons intérêt à ce qu’on recule encore la fermeture de certaines de nos centrales ?

Je ne parle pas d’écologie, avec la question de l’enfouissement des déchets ou de l’approvisionnement en uranium, mais de sécurité.

La France compte 58 réacteurs nucléaires. 33 ont plus de 30 ans et atteignent la limite prévue de leur durée de vie. La Cour des comptes estime que leur prolongement jusqu’en 2030 coûterait 30 milliards.

Et les incidents s’accumulent. En janvier dernier, le président de l’ASN alertait sur le fait que les difficultés financières d’EDF et d’Areva pouvait faire craindre des manquements.

Les centrales sont équipées de générateurs au diesel, censées remplacer le circuit électrique en cas de panne. 44 % de ces générateurs sont endommagés.

Le nucléaire est une technologie de pointe qui nécessite un savoir-faire immense. Et le savoir-faire, ça s’entretient, ça se transmet. On ne peut pas faire du rabais dans ce domaine. La politique industrielle aberrante de ces dernières années, les guéguerres d’égos entre les grands patrons d’EDF, Areva, Proglio, Anne Lauvergeon, ont fragilisé cette filière nucléaire qui était l’un de nos fleurons.

Nous sommes à la croisée des chemins. Est-ce qu’il est encore temps et est-ce que nous avons encore les moyens d’investir massivement ? Poser la question, c’est déjà y répondre. Se contenter de dire que le risque zéro n’existe pas, quand on parle de nucléaire, c’est un peu juste.

Écoutez la chronique de Natacha Polony dans le Grand Matin Sud Radio, présenté par Patrick Roger et Sophie Gaillard