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La joie collective suscitée par la Coupe du monde ira-t-elle au-delà de la compétition ?

Au lendemain de la qualification des Bleus pour la finale de la Coupe du monde de football, Natacha Polony revient sur les scènes de liesses qui ont suivi la victoire, en analysant cette joie collective qui semble s'être emparée du pays. Simple bonheur éphémère ou moment de cohésion nécessaire ?

Les esprits chagrins vont se dire que tout ça relève des humeurs des foules - Panem et circenses, "du pain et des jeux" - et que comme à chaque fois, s'il y a des vitrines cassées, elles seront remplacées discrètement pour ne pas gâcher la fête. Mais ce n'est pas très grave, la joie qui a transporté des dizaines de milliers de Français hier avait un sens. Il y a des moments d'éruption spontanée, de fraternisation sur les Champs-Élysées, partout en France. Tout ça nous raconte le besoin de tout un pays de se retrouver pour un peu de fierté collective. Alors, bien sûr, tout ça est éphémère, tout ça ne pèse rien face aux chiffres du chômage, face à la misère, à l'enjeu des négociations sur l'Otan, le Brexit, les migrants mais on aurait quand même tort de croire qu'il n'y a pas là-dedans un message politique.

Il y a 20 ans, c'était la France "Black-Blanc-Beur" et ce n'était pas totalement une illusion. Évidemment que cela s'est dissipé, mais la victoire de 1998 a réellement soudé la population autour de cette idée que, d'où que l'on vienne, on pouvait participer au rêve français, que l'universalisme que porte la République avait un sens. Cette victoire a surtout montré l'immense aspiration au bonheur et à la fierté et ça, ça rassemble un peuple. L'idée que l'on peut gagner ensemble, qu'un élan peut entraîner tout un pays. C'est un message politique.

A contrario, prenons l'équipe d'Allemagne, un peuple qui gouvernait l'Europe et imposait ses choix économiques avec une forme de supériorité. Tout d'un coup, ce peuple prend conscience de ses limites et de la détestation suscitée par son égoïsme politique.

Quant à savoir si cette victoire des Bleus servira à Emmanuel Macron, cette affirmation relève du fantasme. Jacques Chirac avait certes bénéficié pendant deux mois d'une cote de popularité au zénith, avant que les Français se souviennent de la réalité de sa politique, à savoir le néant. En revanche, un élan positif et un moment de partage entre les Français à travers une équipe jeune, volontaire et aux antipodes des enfants gâtés de 2010 à Knysna, nous raconte quelque chose. Tout d'un coup, les Français se souviennent qu'ils constituent une grande nation, un peuple qui se rassemble par-delà ses différences. Oui, la France est belle, malgré ses fractures ! Il suffit d'un peu de bonheur.

Le message, c'est que, contrairement au mythe du libéralisme, les individus ne sont rien tout seuls. Ils ont besoin de s'inscrire dans une communauté, de construire des liens et des souvenirs ensemble.

>> L'intégralité de la chronique est disponible en podcast

 

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