Pourquoi la fortune des plus riches a doublé depuis la pandémie

Selon le dernier rapport de l’ONG Oxfam, la pandémie a été une aubaine pour les milliardaires, qui ne se sont jamais enrichis aussi vite.

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La fortune des plus riches, tel Elon Musk, patron de Tesla, a augmenté des 86% pendant la pandémie. (Eric Piermont - AFP)

La fortune des dix hommes les plus riches du monde aurait doublé depuis la pandémie. Les ultra-riches auraient ainsi autant gagné en 19 mois qu’en dix ans. En France notamment, les milliardaires auraient vu leur fortune croître de 86%, entre mars 2020 et octobre 2021.

"Le 'quoi qu’il en coûte' a très bien fonctionné pour les milliardaires"

Comment expliquer un tel enrichissement ? "C’est simple, on n’a jamais vu les milliardaires s’enrichir autant et en si peu de temps, résume Quentin Parrinello, auteur du rapport français et co-auteur du rapport international intitulé les inégalités tuent pour Oxfam. Ce rapport montre cet enrichissement pendant une période de pandémie, alors que l’économie était au ralenti pendant deux ans. C’est parce qu’il y a eu une intervention publique sans précédent. Les banques centrales ont injecté des centaines de milliards d’euros sans condition dans les marchés financiers. Cet argent a été très largement capté par les milliardaires."

Qui sont ces milliardaires et dans quel secteur ? "On n’a pas forcément un profil type, précise-t-il. Puisque l’intervention publique s’est faite de façon indifférenciée, le 'quoi qu’il en coûte' a très bien fonctionné pour eux. Certains secteurs tirent un peu plus leur épingles du jeu. On a vu apparaître des coronamilliardaires, tels les patrons de Moderna ou de BioNTech. On a aussi Elon Musk ou Jeff Bezos."

 

"Une intensification de la pauvreté"

"Il fallait intervenir, mais quelles conditions aurait-on dû mettre à cette intervention ?", interroge Quentin Parrinello. "De l’autre côté, 160 millions de personnes ont basculé dans la pauvreté. En France, on parlait déjà du deux poids deux mesures dans le 'quoi qu’il en coûte'. Le chômage partiel a permis de protéger les salariés français. Mais il protège bien les salariés en CDI. En CCD ou contrat court, cela ne marche pas. Et là, le gouvernement a été plus timoré. On a eu une intensification de la pauvreté."

"CDI et contrats publics auront donc été à l’abri de cette crise. Et c’est une bonne chose", rappelle-t-il. Mais c’est là où l’on parle d’une réponse inégalitaire. On est déjà en train de prendre des mesures pour payer la facture du coronavirus. En France, on a notamment mis en place la réforme de l’assurance chômage, qui baisse les indemnités pour un million d’allocataires. Le gouvernement a décidé de prolonger la CRDS qui sur les salaires des travailleurs, les étudiants, les retraités… Elle devait cesser en 2024, elle a été prolongée jusqu’en 2033 pour payer la facture de la crise. On estime qu’il y a une autre manière : demander aux milliardaires de contribuer car ils se sont enrichis grâce à l’intervention publique."

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