L'oeil éco d'Yves de Kerdrel - L'hypocrisie du gouvernement sur le nucléaire

Ça chauffe de plus en plus entre EDF et le gouvernement à cause de l’avenir du nucléaire. Pourquoi donc ? C’est simple, L’État est actionnaire à 83 % d’EDF donc il veut fixer la stratégie du premier électricien français. De son côté Jean-Bernard Lévy, le patron du groupe, qui en est à son deuxième mandat, […]

Réacteurs nucléaires de Dampierre-en-Burly. (Photo de Guillaume Souvant / AFP)

Ça chauffe de plus en plus entre EDF et le gouvernement à cause de l’avenir du nucléaire. Pourquoi donc ?

C’est simple, L’État est actionnaire à 83 % d’EDF donc il veut fixer la stratégie du premier électricien français. De son côté Jean-Bernard Lévy, le patron du groupe, qui en est à son deuxième mandat, a aussi un point de vue sur la stratégie. Encore heureux. Or, le gouvernement lui a demandé de travailler en septembre sur un scénario de construction de 6 réacteurs EPR de nouvelle génération. Et un rapport secret dévoilé ce week-end chiffre la facture totale à plus de 45 milliards d’euros. Ce qui dépasse les capacités financières d’EDF. Comme l’État n’a pas le moindre sou pour payer cet investissement, il a tranché : la décision sera prise en 2023 quand le chantier de Flamanville sera clos. Le problème, c’est que le gouvernement a fait voter une loi énergie-climat qui prévoit la fermeture de 14 centrales nucléaires d’ici 2035. Et cela va commencer début 2020 avec Fessenheim. Si bien que la France risque de se retrouver en insuffisance d'électricité alors que c’est sa force aujourd'hui.

EDF doit-elle être gérée comme une entreprise en fonction de sa demande d’électricité et de ses moyens financiers ?

L’État, à travers Elisabeth Borne, Ministre de la transition écologique et solidaire, veut montrer que c’est lui qu’il décide, même si EDF a raison dans sa stratégie. D’un côté il veut respecter son engagement de réduire le nucléaire à 50 % de la production totale en 2035. D’un autre côté, il sait très bien que la meilleure énergie pour le climat est celle qui sort des réacteurs nucléaires, et qu’EDF a raison. Du coup, Madame Borne s’emporte et déclare que ce n’est pas à EDF de fixer la stratégie énergétique du gouvernement et que le groupe ferait mieux de travailler sur un scénario 100 % renouvelable. Ce qui est ridicule comme argument car ce n’est évidemment pas possible. Ça montre le caractère schizophrène de ce gouvernement qui veut laisser EDF - société cotée en bourse - mettre en place sa stratégie mais qui veut également lui imposer ses choixDes choix qui ne sont ni bons pour l’entreprise, ni pour ses actionnaires, ni pour ses salariés et ni pour les Français.