Julien Denormandie sur l'épisode de gel : "On va mettre en place un fonds exceptionnel"

Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 15 avril 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Julien Denormandie interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 15 avril 2021 à 7h40.

Julien Denormandie : "c’est comme s’il y avait eu un incendie sur des centaines de milliers d’hectares"

La vague de gel qui a frappé l’Europe a été qualifiée de plus grande catastrophe du siècle pour l’agriculture par Julien Denormandie. "On sait de manière certaine que ce sont plusieurs centaines de milliers d’hectares qui ont été impactés", précise le ministre qui explique que la France a "battu deux records". "D’abord des records de chaleur dans des dizaines de points de stations météorologiques", puis "des records de froid". "Il a fait très chaud puis extrêmement froid"rapporte-t-il.

"Cette amplitude de températures vient casser la nature et les plantes" comme les vignes en plein bourgeonnement ou encore les arbres fruitiers en fleur et des champs de betterave. "Ce qu’il s’est passé, c’est comme s’il y avait eu un incendie sur des centaines de milliers d’hectares", souligne le ministre.

 

 

"L’ampleur des dégâts ne pourra être connu qu’à l’issue de ce nouvel épisode de gel"

Le ministère est en train "de faire le détail" des pertes, mais Julien Denormandie donne déjà quelques chiffres comme dans la Drôme ou l’Ardèche où les pertes sont de "90 à 100 % de la production de fruits, notamment les abricots et les cerises". Dans d’autres territoires "on sera dans des degrés un peu moindres", mais le ministre souligne que "quand vous perdez 50 à 70 % de production, c’est un désastre".

Dans l’Hérault, la viticulture a été "ravagée : les vignes ont été littéralement ravagées". "Dans la viticulture, on dit qu’il y a simplement deux zones qui n’ont pas été impactées : l’Alsace et la Charente". Pour la betterave, "il y a 10 % des sols" qui ont été touchés, ce qui représente "40.000 hectares". "Tout cela cumulé, on se rend compte à quel point cet épisode a été d’une violence extrême. Malheureusement il continue", prévient Julien Denormandie. "L’ampleur des dégâts", explique le ministre, ne pourra être connu "qu’à l’issue de ce nouvel épisode de gel qu’on est en train de vivre".

En termes économiques, les calculs des pertes n’ont pas encore été réalisés et ne pourront pas l’être avant la fin de l’épisode de gel, mais la FNSEA parle déjà de plus de 2 milliards d’euros de pertes pour la viticulture. "Et elle ne parle là que de la viticulture", souligne Julien Denormandie qui tient à rappeler que "l’arboriculture et les grandes cultures sont impactées".

 

"On essaye de resemer les champs"

Si le ministre souligne que "parfois la nature arrive à se ressaisir", l’espoir n’existe plus "dans beaucoup de filières". "Un arbre fruitier qui a cramé, il a cramé", déplore-t-il. Les vignes peuvent, elles, voir naître un deuxième bourgeon, ce qui reste rare et qui n’a pas le même rendement, tandis que "dans la grande culture on essaye d’organiser la possibilité de resemer les champs". "Tout ça aura des impacts énormes", prévient le ministre.

Quant à la possibilité d’acheter des fruits français cet été, le ministre estime "qu’on en aura beaucoup moins, c’est une certitude". "Il y aura un impact sur les volumes et donc, de facto, il y aura un impact sur les prix", prévient Julien Denormandie qui en appelle au soutien des Français en faisant "confiance à ces produits du territoire" et en les choisissant. "Il faut privilégier cette agriculture du territoire, nos agriculteurs en ont bien besoin", insiste-t-il. "Nos agriculteurs, c’est ceux qui nous nourrissent : ils ont besoin de cette aide, de cette solidarité nationale qu’on est en train d’organiser".

 

"La mise en place d’un fonds exceptionnel"

Le gouvernement prépare un plan d’action pour soutenir l’agriculture qui va passer par l’établissement d’une carte de France des départements touchés, précise Julien Denormandie, et le déblocage du "régime de calamité agricole". Ce régime, explique le ministre de l’Agriculture, se met en place "dès lors qu’il y a une catastrophe agricole". Mais "certaines cultures n’y sont pas éligibles" et certains agriculteurs ne sont pas assurés. Le gouvernement organise donc "la mise en place d’un fonds exceptionnel, d’un dispositif ad hoc, d’un dispositif qui va venir se mettre en place pour être à la hauteur de l’événement qu’on a vécu". Ce fonds exceptionnel "doit venir se substituer aux revenus" des agriculteurs touchés, au moment où la perte de revenus survient, ce qui change de culture en culture.

 

Julien Denormandie fait part du "désespoir" des agriculteurs qui ont "mené une guerre pendant des nuits et des nuits". Le ministre reconnaît qu'ils "n'ont pas arrêté de travailler pendant la crise du Covid et se prennent aujourd'hui cet épisode de plein fouet", qualifiant ces intempéries de "plus grande catastrophe agronomique de ce début du XXIe siècle".

Malgré ces dégâts, "l'agriculture n'est pas fragilisée structurellement", précise le ministre qui rappelle que "notre pays n'a manqué de rien dans nos étales grâce à une agriculture forte". "Il n'y a pas un pays au monde qui est fort sans une agriculture forte", souligne-t-il.

 

"Renforcer les règles de qualité de la viande dans les cantines"

Contestée par une partie des agriculteurs, la politique agricole commune est, selon Julien Denormandie, "une victoire de la France d'avoir des budgets ambitieux au niveau européen". 9,5 milliards d'euros vont être répartis entre les filières selon quatre critères définis par le ministère : "la souveraineté agricole, la qualité dans l'élevage et les cultures, les territoires qui sont très différents, la compétitivité".

Le ministre s'empare du combat des cantines mais ne veut pas discuter du choix des régimes alimentaires. Il présentera ce jeudi 15 avril devant l'Assemblée nationale une loi pour "renforcer les règles de qualité de la viande dans les cantines". Soulignant qu'actuellement 50% de la viande donnée à nos enfants dans les cantines "est de la viande importée".

S'il n'est pas question d'interdire les importations, "ça n'aurait aucun sens dans une économie où nous-même nous exportons beaucoup", le ministre souhaite "réguler ces importations". "Le gouvernement met en place des règles qui vont être durcies par la loi pour avoir un minimum de produits de qualité, sous label de qualité, bio, environnemental, comme le Label Rouge", explique Julien Denormandie. Des produits de qualité qui vont "s'étendre de 50% à toute la restauration collective".

 

"Faire en sorte qu'il y ait une cohabitation"

Face à la détresse des agriculteurs confrontés aux grands prédateurs, notamment dans les zones montagneuses où vivent ours et loups. "On a pris la mesure il y a un an et demi du désarroi de beaucoup", assure le ministre qui plaide pour "une cohabitation". "Ces règles de cohabitation, l'accompagnement, les prélèvements ne sont pas suffisants, on a mis en place un nouveau plan pour mieux accompagner, réguler et faire en sorte qu'il y ait une cohabitation, que le loup ne prenne pas la place de l'éleveur", explique-t-il.

 

 

 

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