Guillaume Pitron: "La transition énergétique pourrait avoir un résultat inverse"

Guillaume Pitron est journaliste, auteur de La Guerre des métaux rares et de La face cachée de la transition énergétique et numérique, aux éditions Les liens qui libèrent
Guillaume Pitron est journaliste, auteur de La Guerre des métaux rares et de La face cachée de la transition énergétique et numérique, aux éditions Les liens qui libèrent

"Ne nous retrouvons pas avec les mêmes problèmes que nous pensions avoir réglé", a exhorté le journaliste Guillaume Pitron, interrogé sur la face cachée de la transition énergétique. Guillaume Pitron était l’invité d’André Bercoff, le 31 octobre 2018, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Guillaume Pitron : "La transition énergétique, c'est une transition métallique"

"La transition énergétique, c’est cette idée qu’on a besoin de limiter notre dépendance vis-à-vis des hydrocarbures, comme le charbon et le pétrole, qui sont responsables de l’effet de serre et donc du réchauffement climatique. On remplace certes les centrales thermiques et les voitures à essence par d’autres technologies, qui vont générer moins de gaz à effet de serre. Mais regardez les voitures électriques : on a l’impression de ne pas utiliser de pétrole, mais on a un moteur électrique avec des matières premières qui elles-mêmes sont polluantes", a rappelé Guillaume Pitron au micro d’André Bercoff. "Est-ce qu’on règle le problème ou est-ce qu’on le déplace ?", s’est-il interrogé.

"Cette transition, c’est une transition métallique. Il faut des quantités considérables de toutes sortes de métaux pour fabriquer ces nouvelles technologies vertes. Les métaux rares sont présents dans l’écorce terrestre dans des proportions 1.000 à 3.000 fois moindres. On sait les extraire et les utiliser pour leurs fabuleuses propriétés. Cobalt, lithium, cadmium, cuivre, fer… : on remplace l’addiction au pétrole par cette nouvelle addiction aux matières premières. La réalité est que non seulement on ne peut pas se passer de métaux rares, mais on en a besoin de plus en plus", a expliqué Guillaume Pitron au micro d’André Bercoff.

Les États-Unis sont dépendants vis-à-vis de la Chine pour les matières premières

Au cours de cet entretien avec André Bercoff, Guillaume Pitron a expliqué comment le marché des matières premières s’est progressivement concentré en Chine. "Au 19e siècle, les rois du charbon, c’était l’Angleterre victorienne. Au 20e siècle, le prince du pétrole, c’était le prince d’Arabie Saoudite. Et au 21e siècle, les princes des métaux, ce sont les Chinois. La Chine dit : Puisque j’ai la ressource, je vais la garder pour moi".

Selon Guillaume Pitron, bien que Donald Trump soit un "climato-sceptique", il se soucie beaucoup des terres rares, car son pays en a besoin pour son armement. "Les Américains ont fermé leurs mines, alors ils sont contraints d’acheter ces minerais, ainsi que les composants des terres rares, aux Chinois. L’armée américaine est dépendante vis-à-vis de la Chine pour des matières premières qui sont absolument stratégiques", explique-t-il.

La question des métaux rares est passée sous silence car elle est trop compliquée à régler

Guillaume Pitron est également revenu sur son voyage dans une zone de raffinage de métaux précieux, dans la province chinoise du Shaanxi. "C’est un enfer de Dante, personne n’a envie de vivre là. Vous avez des lacs de rejets toxiques (métaux lourds, produits chimiques). Et tout autour, dans des conditions épouvantablement sales, il y a ce qu’on appelle "les villages du cancer", ce n’est pas une exagération", a-t-il affirmé à André Bercoff.

Pour Guillaume Pitron, si les 29 pages de l’Accord de Paris sur le climat ne contiennent pas une seule fois les mots "matières premières", "ressources minérales", "minerai" ou "métaux rares", c’est parce qu’on ne peut pas en parler. "Car si on commence à rajouter ce facteur dans les négociations, on ne s’en sort plus. La question a donc été évacuée. On laisse certains pays se polluer, générer des catastrophes environnementales, pour que nous, en Occident, puissions utiliser ces métaux rares et dire : "Regardez comme nous sommes propres !", a-t-il conclu.

Cliquez ici pour écouter l’invité d’André Bercoff dans son intégralité en podcast.

Retrouvez André Bercoff et ses invités du lundi au vendredi sur Sud Radio, à partir de midi. Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !

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