Agnès Verdier Molinié : "On est en marche pour l’immobilisme"

Pour Agnès Verdier Molinié, directeur de la Fondation iFRAP (la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) et auteure de En marche vers l'immobilisme (Editions Albin Michel), que ce soit l’évolution de la fiscalité, la réforme des retraites ou le prélèvement à la source, tous les allègements qui sont consentis par le gouvernement d’Édouard Philippe d’un côté sont nécessairement compensés par des charges supplémentaires de l’autre.

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Agnès Verdier Molinié dénonce "les forces de l'immobilisme" au sein de Bercy

Sceptique vis-à-vis de l’action d’Emmanuel Macron, Agnès Verdier Molinié estime que les réformes menées ne sont pas suffisamment profondes. "Dans ce livre je dis : "Attention, il y a un risque qu’on ne fasse pas mieux qu’avec la droite ni qu’avec la gauche". Parce que la transformation du modèle, c’est difficile. Il faut aller au fond des choses, il faut se poser la question du rôle de l’État, des collectivités locales, de la Sécurité sociale… Et ça, pour l’instant, on ne l’a pas fait".

À la question d’André Bercoff de savoir pourquoi les choses ne bougeaient pas pendant 40 ans, Agnès Verdier Molinié a répondu que cet état des choses était dû aux "forces de l’immobilisme". "Elles sont notamment à Bercy, ces économistes qui conseillent le gouvernement lui disent : "Quel que soit le gouvernement au pouvoir, attention, ne baissez pas la dépense publique". Alors que tous les pays d’Europe l’ont fait !".

Impôt sur les sociétés et 35 heures, deux réformes qui n'ont finalement rien apporté

Autre exemple d’immobilisme : "D’ici la fin du quinquennat, l’impôt sur les sociétés va certes baisser. Mais au bout du compte, il y a aura plus d’impôt à payer, parce qu’on transforme en baisse de charges le crédit d’impôt qui a été mis en place par François Hollande", a expliqué Agnès Verdier Molinié.

Troisième exemple : la réforme des 35 heures. Sur ce sujet, Agnès Verdier Molinié a livré l’analyse suivante : "On a repoussé sur les patrons le problème des 35 heures. On a dit : "On ne va pas réformer les 35 heures dans le Code du travail, ça embêterait trop les syndicats". On va dire que toutes les entreprises, si elles peuvent négocier avec leurs salariés de payer moins cher les heures supplémentaires, elles n’ont qu’à le négocier au niveau de la boîte". On refile la patate chaude et puis on dit : "C’est très bien, on a réussi à faire une grande réforme", a estimé Agnès Verdier-Molinié.

Le prélèvement à la source et la réforme des retraites : l'immobilisme, encore et toujours

Agnès Verdier-Molinié a aussi tenu à se prononcer sur le prélèvement à la source, lorsqu'André Bercoff lui a demandé ce qui "bloquait" en France. "C’est l’administration, qui enfume le gouvernement, qui lui fait faire des réformes qui prennent énormément de temps et qui ne servent à rien, comme le prélèvement à la source par exemple. Du coup, le gouvernement va dépenser beaucoup d'énergie dans une réforme qui, finalement, ne va pas faire baisser le coût de collecte de l’impôt, qui va se répercuter sur les épaules des entreprises et qui va coûter cher aux entreprises, qui va créer des dissensions entre les employeurs et les salariés… Il n’y a que du mauvais dans tout ça !", a déclaré Agnès Verdier-Molinié.

Même constat sur la réforme des retraites. "[Emmanuel Macron] nous dit : "Je vais faire une grande réforme des retraites, avec une équité public-privé". Or, en 2019 les salariés du privé qui partiront avant 63 ans auront un malus, alors que dans le secteur public il n’y aura pas de malus. Et puis on a un système de retraites très complexe et très cher, avec 42 caisses de retraite différentes. Le Président nous dit : "Je vais faire une grande réforme, ça va être formidable. Mais je ne ferai pas d’économies grâce à ça. Pour les premières économies, il faudra attendre 2025". C’est pour ça que je dis qu’on est en marche pour l’immobilisme", a estimé Agnès Verdier-Molinié.

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