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Violences sexuelles sur les enfants : ces affaires qui relancent l’alerte en France

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - L'actualité en France avec le scandale du périscolaire à Paris rappelle l’ampleur d’un phénomène dramatique qui touche des milliers de mineurs. Présidente de l'association "La voix de l'enfant", Martine Brousse dresse un état des lieux inquiétant de la situation, au micro de Sud Radio.

Violences faites aux enfants : une série d’affaires relance l’alerte en France
Thomas SAMSON - AFP

Les violences faites aux enfants continuent de susciter une vive inquiétude en France, à la lumière de plusieurs affaires récentes. Si ces violences surviennent souvent dans le cadre familial, certaines mettent en cause des adultes intervenant dans des environnements éducatifs ou encadrés, comme les écoles ou les structures périscolaires, comme l'actualité récente l'a montré à Paris.

Une vigilance accrue en raison de la vulnérabilité des profils

La semaine dernière, un animateur intervenant auprès de très jeunes enfants a une fois encore été mis en cause pour des faits de violences et d’agressions sexuelles. Les très jeunes victimes évoluaient dans un cadre censé garantir leur sécurité. Ce type de dossier souligne la vulnérabilité particulière des enfants dans des lieux où la confiance envers les adultes est essentielle.

"Aujourd'hui, l'actualité fait qu'on oublie que tous les jours, les enfants sont victimes de violences sexuelles et physiques. Et nous avons tout un arsenal pour lutter contre ces violences. Et l'interrogation qu'à 'La voix de l'enfant', c'est de se dire : 'mais que faisons-nous de cet arsenal ?'. S'agissant des contrôles, nous avons depuis quelque temps le contrat d'honorabilité, mais il est limité. Il est limité aux établissements de l'aide sociale à l'enfance", déplore au micro de Sud Radio Martine Brousse, présidente de l'association "La voix de l'enfant".

"Des textes qui sont limités"

"On en est toujours à prendre des textes qui sont limités. Et je rappelle qu'il y a plus de dix ans, l'ancienne ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, avait vérifié tous les casiers judiciaires des enseignants, c'est-à-dire plus d'un million. Et après, plus rien. On est au coup par coup. Donc ce, que la voix de l'enfant demande, - les déclarations, c'est bien - mais quelles vont les être les actions que vont mener aussi bien la mairie de Paris que toutes les autres mairies ?

Parce que la protection de l'enfance, ce n'est pas uniquement l'aide sociale à l'enfance - c'est les enfants dans leur ensemble. La plupart des enfants victimes dans les établissements scolaires ne sont pas des enfants de l'aide sociale à l'enfance. Donc, il faut arrêter de parler de la protection de l'enfance, aide sociale à l'enfance. Il faut comprenne la protection de l'enfance dans sa globalité, dans son ensemble", poursuit Martine Brousse au micro de Sud Radio et de Félix Mathieu.

Une parole d’enfant encore difficile à entendre

Au cœur de ces situations, la question de la parole de l’enfant apparaît centrale. Dans de nombreux cas, les faits ne sont révélés qu’après un long délai, parfois lorsque plusieurs victimes témoignent. Les jeunes enfants, en particulier, peinent à exprimer clairement ce qu’ils subissent. Leur discours peut être fragmenté, hésitant, ou difficile à interpréter. Cette fragilité complique la reconnaissance des faits.

"Trop souvent, on n'accepte pas les révélations d'un enfant. C'est insupportable de se dire qu'un enfant a pu être battu, a pu être violé, agressé sexuellement. Donc, quand un adulte (parent ou personne ayant autorité) va pour déposer une plainte, on ne prend pas en compte cette plainte", déplore encore Martine Brousse. "À combien de parents a-t-on dit : ''mais non, ne vous inquiétez pas, de toute façon, votre plainte n'aboutira pas, il n'y a pas de preuves''. Aujourd'hui, la parole de l'enfant n'est pas prise en compte.

"Les magistrats vont-ils être assez nombreux pour prendre en compte cette parole ?"

Nous accompagnons des familles aujourd'hui à Paris comme nous en accompagnons dans d'autres coins de France : il n'est pas rare qu'on leur dise 'votre plainte n'aboutira pas'. Les enquêteurs ne peuvent plus faire face au nombre de plaintes - c'est des dizaines et dizaines de plaintes. Ils sont débordés par les plaintes. Ils sont là pour enquêter. Que vont-ils faire de cette parole ? Une fois qu'elle sera recueillie, ça va arriver à la justice. Les magistrats vont-ils être assez nombreux pour prendre en compte cette parole ?", s'interroge Martine Brousse au micro de Sud Radio.

Des signaux faibles souvent négligés...

Les violences sur enfants laissent rarement des traces immédiatement visibles. Elles se manifestent souvent par des changements de comportement : repli sur soi, anxiété, troubles du sommeil ou difficultés scolaires. Ces signaux, parfois discrets, nécessitent une attention particulière de la part des adultes encadrants. Pourtant, ils ne sont pas toujours identifiés comme des indices de maltraitance. Dans le milieu scolaire ou périscolaire, les professionnels jouent un rôle clé dans la détection. Mais ils peuvent être confrontés à des doutes, à un manque de formation ou à la crainte de se tromper.

... et une réticence persistante à signaler

Au-delà de la détection, la question du signalement constitue un autre enjeu majeur. En France, toute personne témoin ou suspectant des violences sur un mineur peut en principe alerter les autorités. Dans les faits, cette démarche reste parfois hésitante. Plusieurs freins existent : peur de se tromper, crainte des conséquences pour l’entourage, ou difficulté à s’immiscer dans la sphère privée. Dans les institutions, cette réticence peut être renforcée par des logiques de protection de l’image ou par des incertitudes sur la procédure à suivre.

"Violences sexuelles, violences physiques… on a quand même un à deux enfants qui meurent par semaine !"

"Ce sujet touche des centaines de milliers d'enfants par an. Quand même, c'est un chiffre important. Violences sexuelles, violences physiques… on a quand même un à deux enfants qui meurent par semaine ! La semaine dernière, il y a un enfant qui est mort sous les coups. Donc, ce n'est pas un sujet banal, c'est un sujet qui nous concerne tous. Un doute, une question ? Je suis témoin de violence ? Et bien, il y a le 119, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7", rappelle Martine Brousse au micro de Sud Radio.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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