Pourquoi cédons-nous à la tentation ? La réponse de Brigitte Lahaie

La tentation semble être le diable, celui dans l’imaginaire collectif qui tendit la pomme à Eve et qui de se fait, chassa le couple du paradis. Mais finalement, que serait la vie sans tentation… ?

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Certes la tentation c’est ce qui éveille le désir mais également ce qui incite à une action. La tentation est donc le point de départ, le moteur, l’impulsion. Sans elle, il n’y a pas de vie. Je serais tentée de dire qu’il faut comprendre ce qui nous tente et faire nos choix. Après tout, pour nombre d’entre nous, la pomme symbolise le fruit de la connaissance et sans vie, sans amour, il n’y a pas d’expériences.

Méfions-nous des êtres qui prétendent n’avoir jamais été tenté, ils peuvent peut-être en apparence être sincères mais ils sont alors loin de leurs véritables pulsions. L’infidélité touche à quelque chose de très profond en chacun de nous : notre rêve d’absolu, qui est d’être aimé exclusivement et éternellement, et réciproquement d’aimer sans partage et sans fin. En un mot : vivre le « grand amour ». 

Les raisons de l’infidélité

Les raisons sont multiples : on peut aller voir ailleurs parce qu’il nous manque vraiment quelque chose, souvent on finit par se tromper parce qu’il n’y a tout simplement plus assez de relations sexuelles. Dans ce cas, cela se passe bien tant que l’infidèle ne tombe pas amoureuse ou amoureux. Certains hommes peuvent également aller avec d’autres femmes par trop grand respect pour la leur devenue mère. Ils ont des désirs qu’ils n’osent plus satisfaire avec leur épouse et finissent par aller avec une collègue de bureau qui pourra leur faire une pipe, à genoux sous le bureau. On a institutionnalisé cela il y a bien longtemps, des siècles auparavant, l’infidélité masculine était bien vue, organisée même puisqu’on avait mis en place les bordels pour protéger la famille. Il était accepté d’avoir des pulsions mais il ne fallait pas que cela mette en péril le foyer. 

On peut aussi aller voir ailleurs pour s’affirmer ou par souffrance. À force de se sentir humilié, on a besoin de se prouver qu’on est encore aimable. C’est de « l’infidélité règlement de compte ». Il y a également « l’infidélité signal d’alarme », c’est celle dont on s’arrange le plus vite possible pour qu’elle soit découverte, tout comme « l’infidélité vengeance » ! Et puis il y a tous les gens infidèles par immaturité ou manque de structure.

Ou alors en vieillissant on peut avoir besoin de se rassurer sur son pouvoir de séduction en allant voir ailleurs, c’est terriblement égoïste et infantile mais ça existe !

Le désir se nourrit de nouveauté, d’inconnu, voire de disputes, et s’émousse dans le train train quotidien. Si la relation s’installe dans une routine, certes sympathique, mais sans surprise, la relation perd de son piquant. L’infidélité est parfois le signe de la mort du couple. Quand le couple est usé, desséché, l’amour est mort. Il faut en parler bien avant de ne plus en pouvoir car une perte de désir n’est pas irréversible si elle est prise à temps, quand il y a encore de l'amour ! 

L’infidélité la plus difficile à comprendre est sans doute celle qui s’articule sur la règle de trois. En fait nous sommes marqués par notre modèle du couple parental. Nous avons d’abord aimé à trois, entre un père et une mère et nous pouvons, si nous n’avons pas bien intégré le complexe d’œdipe, avoir envie sans cesse de reproduire ce modèle. On aimera alors un homme marié ou on s’arrangera pour que notre partenaire nous trompe. Certes nous souffrirons mais cette souffrance nous renvoie à une époque où nous étions heureux ! Lorsqu’on tombe toujours sur des personnes qui ne sont pas libres, on a tendance à attribuer ce phénomène au manque de chance mais à bien y réfléchir, on trouverait une autre cause bien plus profonde dont on pourrait se défaire avec un bon psychothérapeute.

Brigitte Lahaie