Jacques Sapir : la planification "commence où le marché finit"

Jacques Sapir, Économiste, directeur d’études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, et auteur de « Le grand retour de la planification ? » aux éditions Jean-Cyrille Godefroy, était l’invité de “Bercoff dans tous ses états".

Planification
Jacques Sapir, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

"Dans les faits, la planification est née de la première guerre mondiale", explique Jacques Sapir. "Il y a des gens qui avaient évoqué cette idée avant. Hegel en a parlé. Il disait que face à l’anarchie du marché, il faudra organiser la production. Toute une série de penseurs avaient commencé à réfléchir. Mais ce n’est pas de là qu’est venue la planification. Cela vient tout simplement d’un besoin pratique", juge-t-il.

"Elle arrive en premier en Allemagne parce que le blocus par la flotte britannique et la flotte française a immédiatement posé le problème des matières premières, des ressources naturelles de l’économie allemande", raconte l’économiste au micro de Sud Radio. "Le fameux comité aux approvisionnements a été créé quasiment la semaine qui a suivi la déclaration de guerre. Cela a été extrêmement rapide. Pour la France, c’est lorsqu’on s’est heurté à la fameuse crise des munitions à la fin de l’année 1914. Tout le monde se rappelle peut-être du fameux film sur Noël 1914 quand les belligérants s’arrêtent de se battre et fraternisent. Cela arrive, tout simplement, parce que l’on a plus de quoi se tirer dessus, que ce soit du côté Français, du côté Allemand ou encore du côté britannique. Les États-Majors disent que ce n’est pas possible et qu’il faut produire beaucoup plus. Il faut mettre l’économie sur pied de guerre".

 

Planification : "Le modèle français a été repris par les États-Unis"

"Progressivement on rentre aussi dans la planification", explique Jacques Sapir. "Les deux guerres mondiales ont été des moments extrêmement importants où l’on a testé différents types de modèle de planification. Ce n’est pas pour faire ‘Cocorico’ mais il faut dire que c’est le modèle français de planification dans la concertation qui, en 1915-1918, s’est avéré le plus efficient. Il a été repris par les États-Unis. L’armée américaine, quand elle arrive en 1917-1918 sur le front français, elle n’a pas d’armes. Les États-Unis ne produisaient pratiquement pas d’armes à l’époque. Elle n’est pas organisée, donc elle copie l’organisation de l’armée française", raconte-t-il.

"Ils se demandent comment un pays qui était industriellement beaucoup moins fort que l’Allemagne et moins nombreux a réussi à s’organiser pour être capable de repousser les Allemands, voire de vaincre" raconte Jacques Sapir. "Ils ont regardé ce mode d’organisation de l’économie, de planification. On n’utilisait pas trop le mot mais c’était de cela dont il était question. Après guerre, au sein de l’armée américaine s’est constitué un espèce de collège qui a maintenu vivante cette idée et qui a permis aux États-Unis de la reprendre lors de la seconde guerre mondiale".

 

"Quand il y a des pénuries importantes, ce n'est plus au marché de fixer les prix"

"Pour moi la planification, c’est le fait que l’État et les entreprises du secteur privé créent des structures communes dans lesquelles vont être définis et concertés les moyens qui permettront d’atteindre un certain nombre d’objectifs qui ne pourraient pas être atteints spontanément par l’action du marché", explique Jacques Sapir. "C’est ça la planification".

Pour Jacques Sapir, la planification "commence où le marché finit, où le marché ne peut plus aller". "Ou alors, elle commence quand il y a des pénuries extrêmement importantes, c’est le cas de l’Allemagne. Quand il y a des pénuries importantes, on ne peut plus passer par ce qu’on appelle le rationnement par les prix, autrement dit on ne peut plus laisser au marché le fait de fixer les prix. Il faut établir des ordres de priorité", explique l’auteur de Le grand retour de la planification ?.

 

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