F. Rouvillois : "La fonction des parrains, c’est de ne pas bloquer le peuple"

Frédéric Rouvillois, essayiste et co-auteur avec Christophe Boutin de "La guerre des parrainages", aux éditions La Nouvelle Librairie, était l'invité de "Bercoff dans tous ses états".

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Frédéric Rouvillois, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Pour Frédéric Rouvillois, "ce qui est intéressant", à propos de la mise en place des 500 parrainages pour qu’un candidat puisse se présenter à l’élection présidentielle, "c’est que ce n’est pas un glissement". "C’est vraiment, en 1976, un choix subi, où l’on passe de ce que de Gaulle appelle le suffrage universel, à ce qu’il appelle le suffrage restreint".

"Il y a une phrase qui est cité en exergue dans notre livre qui est tout à fait intéressante. C’est de Gaulle, en 1962, qui dit : ‘On ne peut pas à la fois faire élire le président de la République au suffrage universel’, c’est-à-dire avec très peu de parrains anonymes ‘et au suffrage restreint’ c’est-à-dire avec beaucoup de parrains non-anonymes. Et de Gaulle conclut sa phrase : ‘Il faut choisir, j’ai choisi", explique l’essayiste. "Et il a choisi le suffrage universel".

 

Les parrains servent à "ne pas bloquer le suffrage universel"

"Lorsqu’en 1962, on établit le suffrage universel pour l’élection du président de la République, de Gaulle a fait du forcing pour que contrairement aux avis de certains, il y ait un nombre très restreint de parrains. De Gaulle met en place 100 parrains seulement. Il était même partisan de 50 parrains, il trouve que ça suffit. À quoi servent les parrains ? Ils servent à ce qu’il n’y ait pas de fous dangereux ou de fantaisistes ou de rigolos qui ne soient effectivement candidats. Ceux-ci pourraient ridiculiser l’élection présidentielle et donc la fonction du président", juge Frédéric Rouvillois.

"La fonction des parrains, c’est l’idée de ne surtout pas bloquer le peuple, de ne surtout pas bloquer le suffrage universel. Il faut juste avoir une forme de filtre assez grossier pour éviter l’énergumène, c’est-à-dire le type qui ridiculisera l’élection et donc la fonction présidentielle. De Gaulle dit que ça ne vaut pas la peine d’avoir des milliards de parrains pour les élections. Il dit que 50 suffisent mais pour faire plaisir à Pompidou, il va jusqu’à 100", explique Frédéric Rouvillois au micro de Sud Radio.

 

L'anonymat des parrainages devrait être une évidence

"Il précise, naturellement, que ces 100 parrains seront anonymes. Il y a un anonymat établi dès le départ", explique-t-il. "Quand on parle de l’anonymat, il y a une idée très importante que tout le monde doit avoir en tête, c’est qu’au fond, l’anonymat de la présentation, c’est exactement comme le secret du vote. Il s’agit de la même chose que le secret de l’isoloir. Sous la Révolution Française par exemple, Robespierre était contre le secret du vote. Mais aujourd’hui, le secret du vote est une évidence. Pour de Gaulle, le secret de la présentation est aussi une évidence".

"Cela va changer parce que face à de Gaulle, il y a tout un courant : la classe politique, les politicards comme les appelle de Gaulle", raconte l’essayiste. "Ceux-ci ne font, au contraire, pas confiance au peuple. De Gaulle dit que, en démocratie, c’est le peuple qui fait le tri. Mais il y a certaines personnes qui disent qu’il ne vaut mieux pas. Il faut que ce soient les capables, les sachants, les spécialistes, etc. qui fassent le tri, le camp du bien. Et bien sûr, le camp du bien ça implique un nombre de parrains beaucoup plus important", explique Frédéric Rouvillois.

 

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