Chez UBS, il a fallu "nettoyer la banque (...) de tous les trafics"

Nicolas Forissier publie son témoignage « L’ennemi intérieur - L’homme qu’on voulait réduire au silence » aux éditions Fayard. Il était l’invité de “Bercoff dans tous ses états".

UBS
Nicolas Forissier, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

"La Banque UBS, à l'échelle mondiale, est le premier gestionnaire de fortune du monde. C’est le leader mondial sur cette ligne de métier, parce qu’il y a plusieurs lignes de métiers au sein de la banque explique Nicolas Forissier. Mais pour vous donner un ordre d’idée, on est en milliers de milliards d’actifs sous gestion. Il faut savoir que toutes les plus grosses fortunes mondiales ont au moins un ou plusieurs comptes dans les antennes UBS à travers le monde."

"Je suis resté 8 ans chez UBS. J’étais le responsable de l’audit interne France raconte-t-il au micro de Sud Radio. Ce poste consiste, dans le dispositif de contrôle d’une banque, à vérifier que toutes les procédures sont en adéquation avec l’activité de la banque et que l’on respecte la loi dans laquelle on opère. J’ai constaté les problèmes tout de suite. Mes premiers audits étaient sur les moyens généraux, c’est-à-dire sur le contrôle des frais, notamment les congés, les voyages, etc."

 

Chez UBS, "il y avait de vrais dysfonctionnements"

"Quand vous vous apercevez que des collaborateurs ne déclarent pas bien et ont des activités de voyage totalement démesurées par rapport à leur chiffre d’affaires, par rapport à leur volume de clients, vous vous dites qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Vous générez 70.000 euros de frais de déplacement en une année quand vous avez 12 clients, il y a un truc qui ne va pas. Vous allez voir qui, vous faites quoi ? demande Nicolas Forissier. C’est à travers ces deux audits qui paraissaient, à l’époque, pour la banque, un peu stupide, que j’ai pu cibler et voir quels étaient les départements qui dysfonctionnaient. Cela vous permet d’avoir un regard sur la gestion en interne de la banque" explique l’auteur de L’ennemi intérieur - L’homme qu’on voulait réduire au silence.

"Évidemment, quand on génère énormément de notes de frais sans avoir de chiffre d’affaires à côté, c’est qu’il faut une validation et il y a un accord. Cela m’a permis de cibler d’entrée de jeu. Après, en auditant et en contrôlant les procédures commerciales et les commerciaux, je me suis rendu compte qu’il y avait de vrais dysfonctionnements avec des clients qui n’avaient pas à être là parce que ça ne correspondait pas à la cible métier, leurs origines n’étaient pas conformes à ce que nous devions faire déontologiquement, etc."

 

"Il y avait beaucoup, beaucoup de gens qui n’avaient rien à faire là et au profil complètement sulfureux"

"Le début de ma carrière chez UBS a été marquée par le passage de ce qu’on appelle les ‘missions spéciales’, où il a fallu dans un premier temps nettoyer la banque avec l’accord de mes dirigeants. Ils étaient d’ailleurs très contents. Je suis devenu quelqu’un de peu fréquentable mais quand j’ai éliminé le grand banditisme, des trafiquants d'armes, des financiers de terroristes, etc., on me félicitait rappelle-t-il. Il y avait beaucoup, beaucoup de gens qui n’avaient rien à faire là et au profil complètement sulfureux. Il s’agissait de tous les trafics, de la petite criminalité à la grande. C’était la première phase, entre 2001 et 2004."

"Après je me suis rendu compte, par rapport à ce mode de fonctionnement et à ces dysfonctionnements, qu'il y avait une porosité entre la France et la Suisse. Il m’est venu logiquement à l’idée que, quand vous perdez pendant beaucoup d’années de l’argent et que l’on vous maintient en vie, et qu'en plus les bonus sont exceptionnels, c'est qu'il y a forcément quelque chose qui m’avait échappé. Parce qu’une société qui n’est pas rentable, en 8 ans, vous la fermez juge Nicolas Forissier. UBS France n’était pas rentable, mais UBS Suisse l’était complètement."

 

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