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Gérald Darmanin critique la police dans l'affaire Lyhanna

"Enquêteurs cloués au pilori", "réquisitoire anti-police!", "lamentable, minable": le garde des Sceaux et ex-ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a chauffé à blanc la police en l'éreintant dans un courrier à Laurent Nuñez consécutif à l'affaire Lyhanna.

Gérald Darmanin parle au téléphone, impliqué dans l'affaire Lyhanna.
SIMON WOHLFAHRT - AFP

"Enquêteurs cloués au pilori", "réquisitoire anti-police!", "lamentable, minable": le garde des Sceaux et ex-ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a chauffé à blanc la police en l'éreintant dans un courrier à Laurent Nuñez consécutif à l'affaire Lyhanna.

Un mois après la révélation de cette note de 12 pages envoyée fin juillet par Gérald Darmanin à son homologue de l'Intérieur, enquêteurs, hauts responsables, syndicats et commissaires interrogés par l'AFP voient en noir la rentrée à huit mois de la présidentielle.

Tous ont requis l'anonymat, excepté les responsables syndicaux.

"On ne mesure pas l'impact sur les enquêteurs" de cette note où ils "sont dézingués par leurs propres procureurs (...), ça va laisser des traces au moment où on essaie de relancer l'investigation", résume un haut responsable de la police.

Dans cette note, Gérald Darmanin synthétise les remontées d'informations établies par les parquets généraux sur les violences sexuelles faites aux enfants, devenues la priorité de son ministère depuis la vague d'indignation provoquée par l'affaire Lyhanna, du nom de la collégienne de 11 ans retrouvée morte en juin dans le Gers. Le suspect, Jérôme Barella, avait fait l'objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineures sans être inquiété.

Il en ressort une litanie de dysfonctionnements "d'ordre structurel", écrit M. Darmanin, qui tiennent à la question des moyens, de la formation, des outils et du pilotage. Et au final une cible: la police. "Les enquêteurs sont comme des dingues, ils sont mis en cause à la suite d'une affaire (Lyhanna) qui concerne les gendarmes et les magistrats !", s'étrangle un chef d'enquête.

Appelant à "l'ouverture rapide de travaux conjoints" entre les deux ministères, le garde des Sceaux a proposé une réunion le 3 septembre. Mais mercredi, pas trace de ce rendez-vous dans les agendas. Place Vendôme, on laisse entendre que le rendez-vous est reporté.

Côté police, peu importe, "on n'attendait rien de cette rencontre", assure Grégory Joron, secrétaire général d'Un1té Police FO.

Loïc Travers, secrétaire général adjoint d'Alliance, déplore "une opération de communication" de Gérald Darmanin. Pour lui, la réforme de la police nationale, qu'Alliance avait défendue", n'est "pas aboutie".

Cette réforme mise en place par Gérald Darmanin, et élaborée par Laurent Nuñez lorsqu'il était secrétaire d'Etat auprès de Christophe Castaner place Beauvau, est vivement critiquée par les enquêteurs de PJ.

"On n'attend plus rien d'eux, à moins de huit mois de l'élection présidentielle", assène Franck Nicolle de l'Association nationale de police judiciaire (ANPJ), dont l'organisation avait fustigé, début août, "l'hypocrisie" et la "trahison" du garde des Sceaux, qui s'enorgueillissait de sa longévité à Beauvau (quatre ans et deux mois).

- "Ventilateur" -

"Il faut aller au carton. Crier que ce n'est pas possible d'en rester là. Le bateau coule", enrage le chef d'enquête. Un commissaire accuse Gérald Darmanin de chercher des boucs émissaires pour se dédouaner: "Il utilise un ventilateur avec de la merde devant".

Laurent Nuñez a promis de "répondre point par point" à la note de son collègue et prévenu qu'il allait "contester un certain nombre de choses".

Ses services se sont mis à la tâche pour vérifier tous les chiffres avancés et particulièrement ceux relatifs, selon les procureurs, à l'existence d'un gigantesque "stock fantôme", des dossiers non répertoriés par la justice faute de lui avoir été transmis.

Un rapport avait évalué il y a deux ans le stock des dossiers non traités à "un peu plus de trois millions". Le réduire avait été un des arguments du gouvernement pour réformer la police et son volet PJ.

A cela est venue s'ajouter l'injonction présidentielle de "mettre du bleu dans la rue". "Ce jour-là, le format sécurité publique s'est imposé et l'investigation a été sacrifiée. C'était la catastrophe annoncée", estime un enquêteur.

Syndicats, enquêteurs, commissaires, tous mettent en avant la nécessaire "simplification de la procédure pénale" et demandent surtout des outils numériques efficients pour assurer la traçabilité des procédures. "On est à l'âge de pierre numérique et on ne peut pas envisager d'amélioration avant deux ans", affirme Grégory Joron. "Nos logiciels de procédures font de la statistique, pas de la procédure. Nos ministères, dit-il, sont dopés aux chiffres".

Tous considèrent que la question des moyens s'impose, mais dans le contexte budgétaire actuel, les perspectives sont maigres. Pour Frédéric Lauze, secrétaire général du syndicat des commissaires de police (SCPN), "l'essentiel du problème est politique".

Par Sylvie MALIGORNE / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

#France #Darmanin #Lyhanna #Police #Politics

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