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Stéphane Troussel (PS) : "Je ne suis pas favorable au désarmement de la police municipale à Saint-Denis"

INTERVIEW SUD RADIO - Mairies LFI en Seine-Saint-Denis, la gauche en 2027 : Stéphane Troussel, président du département de Seine-Saint-Denis et porte-parole du PS, était l'invité politique de Sud Radio lundi 30 mars 2026.

stéphane troussel
Stéphane Troussel, interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 30 mars 2026, dans “L’invité politique”.

Municipales en Seine-Saint-Denis, percée de La France Insoumise (LFI), place du Parti socialiste (PS) dans les quartiers populaires, laïcité, police municipale à Saint-Denis, ségrégation territoriale, tensions internes au PS et débat sur une primaire à gauche. Au micro de Sud Radio, Stéphane Troussel a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"Le port du voile par une élue de la République ne fait pas la distinction entre républicains et non-républicains"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : La gauche socialiste a-t-elle déçu les quartiers populaires, là où LFI progresse dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis ?
Stéphane Troussel : “Je retiens d’abord que la gauche, et les socialistes en particulier, ont gagné des villes lors de ces municipales. Il ne s’agit pas de nier certaines réalités électorales, mais dans mon département, plusieurs villes reprises à la droite l’ont été par des maires socialistes ou citoyens qui ont rassemblé la gauche. À l’inverse, dans la plupart des cas, La France Insoumise a gagné dans des villes qui étaient déjà à gauche.”

Parlez-vous d’un vote de repli identitaire dans certaines communes ?
“Je n’aime pas cette catégorisation. En revanche, la gauche n’a sans doute pas assez tôt donné à voir ce que sont vraiment nos territoires, ni assez mis en avant celles et ceux qui les incarnent. Quand des élus issus de quartiers populaires gagnent, cela dit quelque chose de la réalité sociale de nos villes.”

L’image d’une élue voilée recevant l’écharpe tricolore vous a-t-elle choqué ?
“Il ne faut pas tout confondre. Le port du voile par une élue de la République ne fait pas la distinction entre républicains et non-républicains. Un élu doit respecter le principe de laïcité dans l’exercice de certaines fonctions, mais le seul fait de porter un voile ne permet pas, en soi, de dire s’il y a ou non entorse aux principes de la République.”

Est-ce acceptable, selon vous, dans une assemblée municipale ?
“La question, c’est d’abord celle des règles. Je suis pour une application stricte de la laïcité, mais pas pour son extension permanente. Lorsqu’un élu agit comme officier d’état civil, il est tenu à la neutralité. En dehors de ces cas précis, il faut s’en tenir aux textes et à la loi.”

Le nouveau maire de Saint-Denis a aussi affirmé que certains agents municipaux pourraient partir s’ils n’étaient pas en phase avec son projet politique. Est-ce une dérive ?
“Il faut faire attention à la manière de dire les choses. Les agents de la fonction publique territoriale ont des droits et des devoirs. Les élus n’ont pas à faire preuve d’ostracisme envers des agents qui ne partageraient pas l’ensemble de leurs positions. Cette déclaration m’a paru surprenante, au moins dans sa formulation.”

Et sur le désarmement progressif de la police municipale à Saint-Denis ?
“Sur le fond, je ne suis pas d’accord. Sur la forme, ce n’est pas une surprise puisque c’était dans son programme. Mais à Saint-Denis, comme dans d’autres villes confrontées à une forte violence et au narcotrafic, il y a une attente forte d’une action municipale adaptée. Je ne crois pas que ce soit la bonne direction.”

Certains ont affirmé que des dealers auraient tenté d’influencer le vote. Le croyez-vous ?
“Je ne suis pas en mesure de le dire. La campagne a été dure et elle est désormais terminée. Ce que je souhaite, c’est que nos villes retrouvent de l’apaisement et de la sérénité, parce qu’elles affrontent déjà suffisamment de difficultés.”

"Jean-Luc Mélenchon passe son temps à diviser, il n’aide pas la gauche à progresser"

La Seine-Saint-Denis est-elle devenue le laboratoire de la “Nouvelle France” de Jean-Luc Mélenchon ?
“Je n’ai pas besoin de Jean-Luc Mélenchon pour considérer que les élus doivent représenter la diversité sociale et d’origine de leur territoire. Ce qui a fait la force de la gauche, c’est sa capacité à faire émerger des élus qui ressemblent à la population. Je regrette simplement que les partis de gauche traditionnels ne l’aient pas fait plus tôt.”

Est-ce un ratage du PS ?
“Pas seulement du Parti socialiste. C’est plus largement un ratage de la gauche traditionnelle. Mais il faut aussi voir qu’aujourd’hui, dans plusieurs villes, des élus socialistes, écologistes ou issus de la gauche citoyenne incarnent déjà cette diversité.”

Vous accusez Jean-Luc Mélenchon de jouer une rhétorique identitaire en vue de 2027 ?
“Mon principal problème avec Jean-Luc Mélenchon, c’est qu’il passe son temps à fracturer, à opposer, à diviser. Cela n’aide pas la gauche à progresser. Les gains réalisés par La France Insoumise se font d’abord sur la gauche, pas sur la droite ni sur l’extrême droite.”

Que retenez-vous alors des municipales pour le PS ?
“Je retiens que là où la gauche a su se rassembler, elle a gagné, y compris contre la droite et l’extrême droite. C’est cela, la bonne méthode : une gauche qui rassemble, pas une gauche qui s’insulte ou se divise.”

"Il y a de la ségrégation en Seine-Saint-Denis"

La gentrification est-elle le principal problème de votre département ?
“Non, le principal risque pour la Seine-Saint-Denis, ce n’est pas la gentrification. Il y a bien des transformations liées au Grand Paris et aux transports, mais le vrai sujet, c’est l’accroissement des écarts entre des populations qui vont mieux et d’autres qui vivent de plus en plus mal.”

Quand certains dénoncent l’évolution de Saint-Denis, comment l’entendez-vous ?
“Il ne faut pas faire comme si ces transformations dataient d’hier. Ceux qui dirigent aujourd’hui connaissent ce territoire depuis longtemps. La question de fond, c’est celle de la justice territoriale et sociale.”

Vous parlez de ségrégation. Le mot est fort.
“Oui, il y a de la ségrégation en Seine-Saint-Denis. Il y a des inégalités territoriales, sociales, fiscales et financières de plus en plus fortes. À l’échelle du Grand Paris, on est dans un territoire très puissant, mais aussi marqué par des écarts considérables. Cela ne peut pas durer.”

"Je dis à Olivier Faure et Boris Vallaud : halte au feu !"

Olivier Faure peut-il rester à la tête du PS après les tensions internes de ces derniers jours ?
“J’ai de l’amitié et de la sympathie pour l’un comme pour l’autre, mais je ne participerai pas à une nuit des longs couteaux. À un an de la présidentielle, alors que l’extrême droite est aux portes du pouvoir, le spectacle donné n’est pas à la hauteur. Il faut se mettre au travail pour rassembler la gauche.”

Vous leur dites donc d’arrêter l’escalade ?
“Oui, bien évidemment : halte au feu. Si on laisse s’installer un match Bardella-Mélenchon, c’est la défaite assurée pour la gauche.”

Faut-il une primaire à gauche ?
“Si c’est une petite primaire des chefs, cela ne suffira pas. Il faut d’abord faire monter une dynamique puissante, capable d’associer bien au-delà des seuls partis politiques.”

Quelle est votre ligne sur la primaire à gauche ?
“Une primaire sans dynamique collective ne suffira pas. Il faut d’abord reconstruire un rassemblement puissant capable de parler à toute la gauche et au pays.”

Olivier Faure doit-il clarifier sa relation avec Jean-Luc Mélenchon ?
“Oui, il y a un problème de cohérence et de clarté. Mais ce n’est pas seulement la responsabilité d’Olivier Faure, c’est celle de l’ensemble des dirigeants socialistes.”

François Hollande pourrait-il être la solution pour le PS ?
“L’orientation politique qu’il a portée a été désavouée par les électeurs de gauche. Mon problème est le même qu’avec Jean-Luc Mélenchon : si la gauche reste enfermée dans plusieurs pôles incapables de créer une dynamique commune, elle sera éliminée du second tour.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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