"Un an, c'est à la fois très court et très long". Devant les cadres d'Horizons réunis dimanche à Reims, Édouard Philippe a esquissé les contours de son dispositif de campagne présidentielle et de la "recomposition politique" nécessaire à ses yeux pour une victoire de la droite et du centre.
Chez Horizons, la campagne se fait dans le feutré. Critiqué pour son peu d'empressement à entrer activement dans la course quand, côté Renaissance, Gabriel Attal s'active tous azimuts, le parti d’Édouard Philippe a tenu dimanche au Centre des Congrès de Reims une réunion de cadres à son image: enthousiaste mais polie, déterminée mais sans grande effusion.
Dans un discours d'environ une heure, l'ancien Premier ministre a donné quelques indications sur l'organisation et le planning des prochaines semaines, jusqu'au premier grand meeting le 5 juillet à l'Adidas Arena à Paris.
Il a aussi donné quelques contours de son futur programme, sans en dévoiler le détail, et délivré quelques piques, contre la France insoumise mais aussi contre le Rassemblement national (RN) qui a vivement répliqué, l'accusant de "fake news" pour avoir ironisé sur la diffusion de "Maréchal nous voilà" en marge des commémorations du 8-Mai dans la ville RN de Carpentras (Vaucluse).
La radio associative chargée de la diffusion ce jour-là a expliqué à l'AFP que "la mairie n'y [était] pour rien", invoquant une erreur interne.
"Mensonge et bassesse", a répliqué Marine Le Pen, vitupérant "la fébrilité et l'absence de sens moral" de M. Philippe.
Édouard Philippe entourés des cadres d'Horizons réunis au centre des Congrès de Reims, le 10 mai 2026
Martin BUREAU - AFP
"Nous basculons dans une autre séquence qui nécessitera une autre organisation", a encore expliqué Edouard Philippe. D'où la désignation d'une "direction collégiale" de campagne formée par l'eurodéputé et ami de trente ans du maire du Havre, Gilles Boyer, du secrétaire général du parti et maire d'Angers, Christophe Béchu, et de l'ancienne ministre et ancienne députée Renaissance Marie Guévenoux, autrefois responsable des jeunes à l'UMP sous Alain Juppé.
- Français "pas encore" dans l'élection -
La feuille de route prend également forme: le 25 juin, le parti va tenir 1.000 réunions d'appartement simultanées. La présidente des Jeunes Horizons Marine Cazard va lancer "une campagne de consultation des jeunes Français". La vice-présidente Christelle Morançais va mener "une grande consultation des chefs d'entreprises et des fédérations professionnelles", un public de choix pour Horizons, afin d'"identifier les complexités" et préparer "une ordonnance de suppression" de normes.
Édouard Philippe consultera les partenaires sociaux "à partir de septembre" et le programme sera progressivement dévoilé "après l'été". Point trop vite cependant, car les Français "ne sont pas encore" dans la présidentielle.
Édouard Philippe devant les cadres d'Horizons réunis au centre des Congrès de Reims, le 10 mai 2026
Martin BUREAU - AFP
Quelques grandes lignes ont néanmoins été distillées à Reims: soutien "massif" à la "politique de l'offre", engagement "massif" pour "garantir le rétablissement de l'ordre", des "changements radicaux en matière de justice", un programme "massif" pour l'école, pour le système de santé... sans s'attarder sur le sujet des retraites.
Des priorités qui commanderont de "choisir": "nous ne devons pas promettre aux Français de régler tous les problèmes". Mais "si nous nous attaquons franchement aux quatre ou cinq grands blocages sur lesquels nous butons depuis des décennies, on peut très vite remettre notre pays sur la bonne voie", a-t-il lancé.
Il a aussi évoqué la stratégie: "créer un nouvel espace politique" pour recueillir, après la présidentielle, une majorité à l'Assemblée nationale, de "la droite et du centre". Et de citer l'UMP, dont il fut le premier directeur général en 2002.
"Je sais d'où je viens et je ne vais pas m'en excuser. De la même façon, je ne vais pas m'excuser d'avoir été le premier Premier ministre d'Emmanuel Macron".
"Un an, c'est à la fois très court et très long". "Ce qui explique peut-être pourquoi certains sont pressés", a-t-il ironisé, alors que Gabriel Attal s'active avant sa probable déclaration de candidature.
Par Baptiste PACE / Reims (AFP) / © 2026 AFP