Jean-François Achilli : Pierre Gattaz, quelle est l'ambition de votre Think Tank « Institut des solutions'', dont vous êtes le président fondateur ?
L'ambition est d'alimenter la campagne, les partis politiques, les candidats, les Français, autour de l'économie et de l'entreprise, qui est souvent maltraitée, mal comprise, mal enseignée en France. Car on se dit, on ne peut pas entendre des tas d'inepties toute la journée, ça va encore durer huit mois. l'entreprise, c'est avant tout de l'enthousiasme.
« On est broyé par un système qu'on ne maîtrise plus... On a un million de fonctionnaires en trop »
Selon vous, la France est-elle en train de foncer dans le mur ?
La France est un énorme gâchis. Depuis 40 ans, je vois des tas d'entreprises qui se battent, des tas de patrons qui se battent, des Français, des salariés qui sont exceptionnels. Mais on est broyé par un système qu'on ne maîtrise plus. Une sphère publique qui grossit, qui fait souffrir des fonctionnaires engagés. Moi, j'ai plein d'amis fonctionnaires, mon épouse est fonctionnaire mais ils sont broyés. Et il faut arrêter de se faire broyer par ce système qui augmente car on a grosso modo un million de fonctionnaires en trop.
« En France vous avez une certaine administration de l'administration »
Et puis à la fin, on finit par dire que les services publics s'appauvrissent...
Mais non ! Si vous le dites comme ça, ça ne marche pas. Le régalien est essentiel : justice, police, armée, affaires étrangères, les soignants, les enseignants. C'est fondamental. Mais il faut mieux les payer. Après, vous avez une certaine administration de l'administration. Quand vous avez 6 couches dans les territoires, alors qu'en Suisse et en Allemagne, il y en a 3... Quand vous avez 1 200 agences qui ont été rajoutées depuis une quarantaine d'années... On a perdu 2 millions d'emplois dans l'industrie et on a rajouté presque 2 millions d'emplois dans la fonction publique. Vous avez tué l'industrie !
Que préconisez-vous donc ?
Moi je dis : réduisons les agences de deux, réduisons deux couches de territoire en enlevant deux couches, et enlevons l'administration de l'éducation nationale, l'administration de l'hôpital. Et là vous faites 800 000 à 1 million d'emplois de gamme, et vous gagnez de l'argent parce que c'est de la fiscalité en moins.
« Macron n'a pas fait d'économies »
Quand on vous écoute, on a l'impression d'être chez les Soviets en 2026 ?!
Moi, j'ai beaucoup voyagé et la France est le seul pays au monde qui est resté avec une mentalité sociolo-communiste. Excusez-moi, mais quand je vois certains discours de LFI, du PS. Le aujourd'hui ce sont les frondeurs de François Hollande.
Emmanuel Macron aussi est un sociolo-communiste ?!
Mais non ! Lui est un social-démocrate. Et les socio-démocrates, je les respecte beaucoup. Ce sont des gens qui sont plutôt des socialistes, mais qui ont absolument compris qu'il fallait créer la richesse avant de la distribuer. Et qui crée la richesse ? Les entreprises. Même les Chinois communistes de Deng Xiaoping ont compris qu'il fallait créer de la richesse en 1978. Et ça marche.
Vous avez dirigé le MEDEF et côtoyé Sarkozy, Hollande et Macron aujourd'hui. Les politiques ont-ils réellement compris le fonctionnement de l'entreprise ?
Emmanuel Macron est quelqu'un que j'ai vu arriver au pouvoir et que j'ai beaucoup pratiqué quand il était conseiller économique de Hollande. Il a un très très bon réflexe sur l'entreprise, sur l'économie, comme Valls l'avait d'ailleurs, comme d'autres l'avaient, Cazeneuve et d'autres. Et ils ont fait des réformes. Ils ont poussé - grâce au MEDEF que je pilotais - une politique de l'offre, un pacte de responsabilité qui a permis de créer le fameux 1 million d'emplois. On a même créé 2 millions d'emplois. Donc une politique de l'offre, ça a marché.
« J'aimerais que ceux qui fassent les grandes écoles, Sciences Po, l'ENA, passent 2 ans dans une PME »
Et donc concernant l'actuel Chef de l'Etat ?
Emmanuel Macron n'a pas fait d'économies. Aucun président de la République d'ailleurs depuis 40 ans n'a fait d'économies. Un commerçant, un artisan ne peut pas vivre au-dessus de ses moyens. Il est tout seul ou il a trois salariés, il fait attention à son loyer, à ses charges. Et moi, ce qui m'étonne toujours dans la responsabilité politique française, c'est qu'ils ne savent pas gérer ça.
Comment l'expliquez-vous ?
Parce qu'ils n'ont pas d'expérience de l'entreprise. Je suis désolé. Moi, j'aimerais que ceux qui fassent les grandes écoles, Sciences Po, l'ENA, passent 2 ans dans une PME : n°2 ou n°1, mais numéro 2 du patron. Ce sont des gens qui n'ont jamais géré leur propre cash, seulement le cash public. C'est facile ! C'est l'argent magique, le public. Quand j'entends les débats aujourd'hui, où ils veulent taxer, etc. pour récupérer de l'argent. Moi, j'ai envie de leur dire, surtout à gauche : ''mais messieurs, vous n'avez jamais vécu. Vous vivez de nos impôts que nous générons, nos entreprises. Et nous, on gagne notre vie !''.
« La professionnalisation des politiques est malsaine et excessive en France »
Faut-il un grand patron français à l'Élysée ?
Il faut surtout qu'on apprenne mieux l'économie à l'école. C'est fondamental. Et il faut une expérience des politiques. Moi, je trouve que la professionnalisation des politiques est malsaine et excessive en France. En Suisse, il y a beaucoup de gens qui font de la politique de façon temporaire. Ils sont architectes, ils sont ingénieurs, ils sont entrepreneurs. Ils restent 5 ans. Ils retournent dans leur boîte après. Les gens sont totalement décorrélés du terrain.
Comment réagissez-vous quand vous entendez Jean-Luc Mélenchon affirmer vouloir effacer la dette de la France ?
C'est là où il est en provocation permanente, l'ami Mélenchon ! Il provoque et plus c'est gros, plus ça fait le buzz. Mais je suis désolé, c'est n'importe quoi. Vous, si vous êtes endetté, vous allez voire la banque pour effacer votre dette ? C'est totalement inacceptable.
« Effacer la dette ? C'est de la démagogie parce que Mélenchon n'a qu'un rêve, c'est de prendre le pouvoir par tous les moyens »
C'est de la pure démagogie selon vous ?
C'est de la démagogie parce que Jean-Luc Mélenchon n'a qu'un rêve, c'est de prendre le pouvoir par tous les moyens. Et c'est ça qui est exaspérant, y compris pour les Français. Ce sont des gens qui veulent prendre le pouvoir, comme François Mitterrand l'a fait en 1981 en promettant qu'on va baisser la retraite de 65 ans à 60 ans. Il l'a fait et 45 ans après, on est encore en train de discuter de la retraite en France.
Que pensez-vous de la TVA sociale, qui revient sur la table actuellement ?
C'est fondamental que les salaires nets augmentent. Tous les patrons que je vois sont tristes de voir que les salaires sont faibles en France parce que le salaire net est compressé par des charges. Mais quand vous avez une énième personne politique qui nous dit qu'on va augmenter de 15% les salaires nets demain matin, nous on serait heureux, mais le problème c'est les marges.
La TVA sociale pourrait-elle être tout de même une solution ?
Oui, c'est une solution qui pourrait être pas mal mais temporairement. En attendant de faire des économies.
« David Lisnar a des idées de réformes tout à fait intéressantes »
De quelle manière concrètement ?
J'ai mis par exemple 30 mesures d'économie dans mon bouquin « Gagner plus, c'est maintenant ». C'est possible. Comme ne pas remplacer un fonctionnaire sur 2 ou 2 sur 3. Mettre de l'intelligence artificielle dans la sphère publique. Nous avons 1200 agences : réduire les agences par deux. Faire du management comme dans l'armée. L'armée est très bien managée : pourquoi on ne le ferait pas dans la sphère publique ? Pourquoi les hôpitaux publics n'ont pas un chef d'établissement qui gère ses troupes ? Pourquoi ? Il y a plein d'idées.
Y a -t-il un candidat à la Présidentielle qui trouve grâce à vos yeux ?
David Lisnar est quelqu'un qui est très raisonnable, qui est le maire de Cannes, qui est entrepreneur, qui a été commerçant. Quand je discute avec lui, il a des idées de réformes tout à fait intéressantes.
