singlesud.php

Père Benoît Pouzin : « L'Église en France n'est pas morte »

INTERVIEW SUD RADIO – Évangélisation numérique, renouveau de la foi, engagements de l’Église : Le père Benoît Pouzin, prêtre de la paroisse Sainte-Famille du Crest dans la Drôme, s'exprime au micro de Jacques Cardoze à l'occasion de la visite papale en France.

Père Benoît Pouzin : « L'Église en France n'est pas morte »

Jacques Cardoze : Vous êtes le curé de la paroisse Sainte-Famille du Crest dans la Drôme, prêtre depuis près de 20 ans, connu sur les réseaux sociaux et à l'origine du groupe de pop chrétienne Glorious. Comment êtes-vous passé de la batterie aux ordres ?

Père Benoît Pouzin : « Ce sont mes frères, mes petits frères, Benjamin et Thomas, qui font partie du groupe Glorious. J'étais là à l'origine et j'ai commencé la batterie à l'âge de 11 ans, puis avec Glorious effectivement. »

« J'avais déjà, avant la batterie, reçu la foi de mes parents. J'ai commencé la batterie à 11 ans, mais c'est à 14 ans vraiment que j'ai vécu une expérience personnelle et spirituelle très forte, qui a été le démarrage de ma vie avec le Seigneur et la question : pourquoi pas être prêtre ? »

"J'ai eu ce désir d'ouvrir mon cœur"

Que s'est-il passé exactement à l'âge de 14 ans ?

« À 14 ans, je me retrouve à Paray-le-Monial, un des rares endroits où Jésus est apparu à une religieuse pour lui montrer son cœur brûlant d'amour pour l’humanité, en disant combien Dieu aime chaque être humain. En plein XVIIe siècle, en plein jansénisme, on n'était pas habitué à ce discours d'un Dieu plein d'amour. Et depuis des décennies maintenant, toute l'année, il y a des grands rassemblements. 

Donc moi j'avais vécu à l'époque une session des familles avec des jeunes de mon âge, j'avais 14 ans. Et la première journée on avait eu la joie d'avoir le témoignage de Sœur Emmanuel du Caire, donc ça m'a beaucoup marqué cette femme plein d'énergie, de joie et le lendemain au cours d'un temps de prière, c'est en voyant des jeunes prier, alors que moi j'avais prié déjà des milliers de fois, j'étais dans une famille chrétienne, que là vraiment j'ai eu ce désir d'ouvrir mon cœur et c'est là vraiment que j'ai fait cette rencontre avec Jésus. »

"Le Pape Léon sait rassembler un peuple et parler de paix"

À quelques minutes de rencontrer le Pape, quelle est votre émotion en ce jour si particulier ?

« C'est une belle émotion, une attente et une joie immense, partagée par beaucoup de gens bien au-delà des seuls catholiques. Le Pape Léon sait rassembler un peuple et parler de paix, de joie et d'unité, des dimensions dont notre société a profondément besoin. C'est un moment fort d'Église car le Pape est le successeur de Pierre. 

Inévitablement, il vient là nous affermir dans la foi et nous dire combien il est important de suivre le Christ et parce qu’il très intéressé par le phénomène de tous ces recommençants, ces jeunes et ces adultes qui viennent frapper à la porte de l'Église pour demander le baptême. »

Ce regain d'intérêt pour la foi et l'augmentation des baptêmes d'adultes vous impressionnent-ils en tant que prêtre ?

« C'est très touchant. La grande nouveauté aujourd'hui, c'est que des personnes viennent frapper à nos portes en ayant déjà vécu une expérience spirituelle ou une rencontre avec le Christ, que ce soit individuellement ou lors d'un rassemblement, et manifestent ce désir du baptême. »

"On sent une effervescence et une joie profonde"

Le Pape Léon lui-même est-il attentif à ce phénomène en France ?

« C'est un phénomène qui l'intéresse énormément. Des catéchumènes, adultes et jeunes, étaient allés à Rome pour témoigner devant lui de leur cheminement. Le Pape avait été extrêmement touché par cette rencontre si belle et profonde avec des personnes ayant déjà vécu une vraie rencontre avec le Christ. »

Que ressentez-vous face à la ferveur et aux blocages dans Paris pour cette visite papale ?

« On sent dans tout Paris et chez les fidèles présents ce matin une effervescence et une joie profonde. Même si des rues sont bloquées et que la situation est nouvelle et incroyable. On sent vraiment une ferveur, une joie profonde d'accueillir le Saint-Père. »

"Le pape vient pour toute la France"

Comment vos fidèles vivent-ils cette première visite apostolique depuis 18 ans ?

« Vraiment pour eux c'est une joie, ils sont très honorés, très touchés que le Pape Léon vienne en France. Le Pape François était déjà venu mais pas pour vivre un voyage apostolique. Le dernier c'était Benoît XVI en 2008 et là vraiment c'est un voyage qu'on appelle apostolique. C'est-à-dire il vient nous affermir dans la foi, il vient vraiment nous rencontrer et donc c'est une joie pour l'Église, pour Paris, pour Lourdes, pour Metz où il vient, mais pour toute la France. 

Et ça, on sent que c'est très beau parce que même tous les fidèles, même ceux qui n'y seront pas, ils veulent suivre l'événement avec force. Il y a plein de paroisses qui vont organiser des temps forts pour permettre aux gens aussi de vivre ensemble. Les cloches vont sonner aujourd'hui à 10h, toutes les cloches de France vont sonner aujourd'hui à 10h. Donc ça dit quelque chose, c'est toute l'Église, c'est la France entière qui se réjouit. »

"La France, comme fille aînée de l'Église, doit aider"

Seuls 3 à 4 % des Français vont à la messe, mais 3 millions de personnes suivent le Pape et 80 % en ont une bonne opinion. La France reste-t-elle la fille aînée de l'Église ?

« Oui, c'est vrai. La France comme fille aînée de l'Église consiste à dire que quelque part c'est elle aussi qui doit aider et promouvoir quelque chose de très fort parce qu'elle a une place particulière dans le monde. Et aujourd'hui avec toutes ces personnes qui se convertissent, qui reviennent à Dieu, et bien ça montre aussi que l'Église catholique en France n'est pas morte, loin s'en faut. »

Qui sont ces 13 000 nouveaux baptisés recensés cette année en France ?

« Ce sont des jeunes, des adultes qui viennent d'horizons très différents. Il faut vraiment noter ça : on a toutes les classes sociales, toutes les tranches d'âge, tous les styles. Et ce qui est très beau, c'est des adultes, des jeunes qui ont un jour fait déjà une expérience pour la plupart. »

"C'est aussi important de pouvoir être présent sur les réseaux sociaux"

Les réseaux sociaux comme TikTok ou Instagram jouent-ils un rôle dans ce renouveau ?

« Je suis parti du principe que les gens étaient là, ils étaient sur les réseaux, et je reçois comme un appel à me lancer et à dire : pourquoi ne pas dire aussi le message de l'Évangile ? Soit on dit que c'est mauvais, soit les gens sont là et c'est aussi important de pouvoir être présent. Alors effectivement, il peut y avoir un mauvais usage des réseaux et on voit tous les risques et tout ce que ça peut engendrer, mais justement c'est une porte d'entrée, un moyen en fait pour permettre aux gens quelque part de passer du virtuel au réel. 

Parce que le problème c'est ça, c'est que les réseaux peuvent enfermer. Mais à travers ces réseaux-là, à travers ces lieux-là, on peut évangéliser. On sait aujourd'hui qu'un catéchumène sur cinq a pu arriver jusqu'à l'Église aussi par ce biais-là, donc c'est intéressant. C'est Jésus qui cartonne ! C'est pour ça d'ailleurs qu'on ne parle pas d'influenceurs, nous on dit vraiment les missionnaires numériques. »

Maron absent des messes : "Il est libre"

Que pensez-vous du fait qu'Emmanuel Macron n'assiste à aucune messe durant ce voyage ?

« D'abord, il est libre. Deuxièmement, il y aura toujours un représentant de l'État : par exemple, à la messe, il y aura son épouse et le Premier ministre. Je ne pense pas qu'il y ait d'incompréhension, parce que je crois quand même qu'Emmanuel Macron, à chaque fois qu'il voyait François, il était très touché, il avait même des signes, des gestes très forts vis-à-vis de lui. 

Il a été très heureux d'aller visiter le Pape Léon. On peut dire qu'il a vraiment invité le Pape et que c'est une joie pour lui de l'accueillir en France. Donc je pense qu'il est très honoré, très heureux et ça, je pense qu'on ne peut pas lui enlever ça. »

Fin de vie : "La vie est sacrée de sa conception jusqu'à son terme"

Le débat sur la fin de vie a-t-il créé des tensions entre le Vatican et la France ?

« C'est une question effectivement qui a pu un peu brouiller les relations. L'Église, elle est là pour dire : la vie est sacrée de sa conception jusqu'à son terme, ça c'est sûr. Et d'ailleurs le Pape vient en France et la thématique de sa venue, c'est 'pour que le monde ait la vie', donc on vient redire vraiment que la foi chrétienne est là pour promouvoir la vie, parce que nous croyons que Jésus est vivant et parce que c'est la vie qui prévaut sur toute chose. 

Cette loi, inévitablement, a impacté, et nous comme catholiques, nous a profondément troublés parce que évidemment nous sommes pour la vie de sa conception jusqu'à son terme, et que personne ne peut toucher à la vie car elle est profondément sacrée. Donc c'est sûr que ça a un peu altéré les relations. »

"Cet amour de Dieu est plus grand que tout"

Olivier, auditeur de Beauvais, demande pourquoi l'Église n'autorise pas le mariage des prêtres, ce qui permettrait selon lui de résoudre certains problèmes d'abus sexuels.

« C'est une question souvent qu'on entend. Je rappelle toujours que la majorité des problèmes liés à cela sont faits par des gens qui sont mariés, donc qui ne sont pas célibataires. Donc ça veut dire que malheureusement, qu'on soit marié ou célibataire, quelqu'un qui commet ces actes, c'est quelque chose de terrible. Et justement aujourd'hui, l'Église a une parole forte pour condamner ces actes et surtout prendre soin aujourd'hui des victimes.

Concernant la question du mariage des prêtres, la vraie question c'est de ne pas oublier qu'un prêtre, il donne sa vie, et ça c'est quelque chose de très beau. Moi, si j'étais marié, la première chose qui passerait en premier, ce serait ma femme et mes enfants. Et le fait de ne pas être marié, c'est pas que je n'ai pas voulu le mariage, au contraire : moi j'ai d'abord pensé au mariage, j'ai été moi-même amoureux, je me suis posé la question. Mais à un moment, je me suis dit : cet amour de Dieu pour moi, il est plus grand que tout et je veux lui consacrer ma vie et me donner entièrement à ceux qui me sont confiés d'une manière entière, complète et belle. C'est d'abord à eux que je me donne. »

Violences sexuelles : "L'Église est là pour dire : on prend soin des victimes"

Ressentez-vous parfois de la frustration face à ce choix de vie ?

« Comme tout choix de vie, il y a ses moments de joie, ses épreuves, ses difficultés, ses combats. Moi je suis aujourd'hui très admiratif de ceux qui se marient, parce que le mariage c'est pas si simple que ça aujourd'hui. On voit d'ailleurs qu'une grande majorité malheureusement se séparent, divorcent, on voit que c'est pas si simple. Éduquer des enfants, être fidèle, apprendre à s'aimer, c'est tout un chemin. L'Église est là pour accompagner ça. Mais moi profondément, ce qui me réjouit, ce qui fait le bonheur de ma vie, c'est de me donner et d'être pleinement donné.

Il n'y a pas de corrélation avec les déviances sexuelles, puisque vous voyez bien qu'il y a des gens mariés et en grande majorité, ce sont eux qui commettent ces choses terribles. Ceux qui sont pédophiles, ceux qui abusent d'enfants, ce sont des malades et malheureusement ces mêmes malades, on peut les retrouver partout, aussi bien dans l'Église qu'hors de l'Église. Sauf que l'Église comme institution, et je remercie vraiment le Pape Benoît XVI qui avait dit 'pédophilie : tolérance zéro', prend les moyens pour faire la vérité et pour dire : ça, on n'en veut plus aujourd'hui dans l'Église. »

La rencontre du Pape avec des victimes de violences sexuelles à Lourdes était-elle indispensable ?

« C'est extrêmement important, c'est indispensable, parce que c'est un sujet dont on parle beaucoup dans l'Église. On prend les moyens de lutter contre les phénomènes d'abus, contre les phénomènes d'emprise. Donc c'est extrêmement important que le Pape qui vient en France puisse entendre ces victimes et que l'Église soit là pour envoyer un signal fort en disant : on prend soin des victimes. »

"Un prêtre est quelqu'un en qui on a confiance"

Quel est votre sentiment personnel en tant que prêtre face à ces scandales ?

« Pour moi, je suis prêtre, et un prêtre qui commet ça, c'est pire que n'importe quel autre être humain, parce qu'un prêtre, c'est quelqu'un en qui on a confiance. Nos mains ont été consacrées le jour de notre ordination, on a reçu cette huile sainte parce que nos mains sont faites pour bénir, pour consacrer, et pas pour abîmer et salir. Donc pour moi, c'est une colère immense de savoir qu'un prêtre peut abîmer, peut commettre de tels actes, spécialement sur un innocent, sur un enfant. »

L'absence de rencontre spécifique avec les victimes de Bétharram est-elle une erreur ?

« Je ne suis pas bien au courant parce qu'il y a certaines personnes qui ont révélé leur identité, qui ont accepté de dire qu'elles seraient présentes, d'autres dont on ne connaît pas l'identité. Peut-être que parmi elles une ou deux victimes sont là de Bétharram, ça je ne sais pas du tout. 

Quand un Pape vient comme ça, c'est difficile aussi de tout voir et de tout faire, c'est sûr. Déjà, je trouve qu'il envoie un signal très fort en prenant le temps d'accueillir et surtout d'écouter les victimes et de prendre conscience de ce qu'elles ont pu subir, vivre et endurer. »

"Il y a des chrétiens de gauche et de droite"

Aujourd'hui, être catholique, c'est être de droite ou c'est être de gauche ?

« Il y a des chrétiens de gauche, il y a des chrétiens de droite, c'est très bien. Un catholique doit surtout suivre l'Évangile. Ce que je leur demande, ce n'est pas d'être de droite ou de gauche, ce que je leur demande, c'est de vivre vraiment l'Évangile dans leur engagement. »

Un mot sur le succès du chant « Comment ne pas te louer » repris par vos frères du groupe Glorious.

« C'est une chanson créée par un prêtre camerounais et reprise par mes frères du groupe Glorious, qui l'ont ramenée en France. Elle a fait une 'trend' sur TikTok, c'est devenu un phénomène incroyable, chanté même dans les boîtes de nuit ! C'est exactement ce qui nous habite : avec la venue du Pape Léon, on a envie de dire merci Seigneur, te louer, te bénir et vivre ce beau temps de fraternité aujourd'hui pour l'Église et pour notre pays la France. »

L'info en continu
09H
08H
07H
06H
23H
22H
20H
Revenir
au direct

À Suivre
/