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Un parc Dragon Ball près de Paris ? "Il faut des taxes pour les projets étrangers" selon Nicolas De Villiers

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Le site de l’ancien parc Mirapolis, dans le Val-d’Oise, pourrait accueillir un parc d’attractions consacré à l’univers de Dragon Ball. Porté par des investisseurs saoudiens, le projet est actuellement à l’étude et ambitionne de redonner vie à cette friche emblématique fermée depuis 1991.

Un parc Dragon Ball près de Paris ? Un investissement géant qui fait débat

Si les contours du projet restent à préciser, son annonce suscite déjà de nombreuses réactions. Au-delà de l’enjeu économique, plusieurs voix, dont celle du président du Puy du Fou, interrogent la place d’une licence japonaise sur le territoire français et plaident pour une meilleure valorisation du patrimoine national.

"À Courdimanche, Mirapolis pourrait laisser la place à Dragon Ball"

Trente-cinq ans après la fermeture de Mirapolis, le plus grand parc d'attractions français de son époque, le site de Courdimanche, dans le Val-d'Oise, pourrait connaître une seconde vie. Un projet de parc à thème consacré à Dragon Ball, le célèbre manga créé par Akira Toriyama, est actuellement à l'étude. Il serait porté par Qiddiya Investment Company, société détenue par le fonds souverain d'Arabie saoudite, déjà engagée dans le développement d'un vaste parc Dragon Ball près de Riyad.

Selon les premières informations dévoilées, le projet francilien en est encore au stade des études de faisabilité. Les investisseurs souhaitent reconvertir les quelque 80 hectares de l'ancien Mirapolis, laissé à l'abandon depuis le début des années 1990. Plusieurs collectivités locales suivent le dossier avec intérêt, dans l'espoir de créer un nouveau pôle touristique et des centaines d'emplois dans le département.
Dragon Ball constitue l'une des franchises les plus populaires au monde. Traduit dans des dizaines de langues, le manga a donné naissance à des séries d'animation, des films, des jeux vidéo et une multitude de produits dérivés. Le futur parc saoudien, annoncé il y a deux ans, prévoit déjà des montagnes russes, des attractions immersives et des reproductions des lieux emblématiques de l'œuvre. Le projet francilien s'inscrirait dans cette dynamique internationale.

"Pour moi, il faut d'urgence aller puiser dans le réservoir de nos souvenirs communs"

Mais l'annonce ne fait pas l'unanimité. Au micro de Sud Radio, Nicolas de Villiers, président du Puy du Fou, estime que la France devrait privilégier des projets mettant davantage en valeur son propre patrimoine. "Figurez-vous que nous avons même réussi à déployer un modèle français, 'made in France', qui n'a jamais fait appel à de l'argent public, qui n'a jamais non plus bénéficié de réunions interministérielles, comme c'est visiblement le cas [en l'occurrence]. Il y a certainement urgence à faire venir Dragon Ball ! Moi, ce que je crois, c'est qu'en tout cas, nous avons surtout démontré qu'au-delà des aspects économiques, la France était un grand pays, la France est un pays qui a tellement de belles choses à offrir au monde qu'il faut, pour moi, d'urgence aller puiser dans le réservoir de nos souvenirs communs, dans ce qui fait le patrimoine français, tout ce qui nous rassemble, tout ce qui nous fédère, tout ce qui nous réunit et qui nous permet de mesurer combien la France est un pays extraordinaire, magnifique de par son histoire, de par sa géographie, de par sa littérature, sa culture, ses artistes, toutes les inventions que nous avons produites", estime Nicolas de Villiers au micro de Sud Radio.

"Et voilà qu'en l'occurrence, dans ce projet, il s'agit de faire venir une licence étrangère, japonaise en l'occurrence, sur le sol français. Moi, je pense aux 100 millions de touristes qui font de la France la première destination mondiale du tourisme. Je pense à ces 100 millions de touristes qui viennent en France pour y voir la France ! Et ils vont découvrir Dragon Ball ! Mais enfin, qu'ils aillent au Japon pour aller voir Dragon Ball, je comprendrais ça très bien. Moi, je ne dis pas qu'il n'y a pas d'autres grandes cultures - il y en a beaucoup, bien sûr. Comme le Japon, comme l'Arabie saoudite… qui sont évidemment des grandes civilisations. Je dis qu'en France, il faut que nous, Français, nous défendions l'idée de la France avant tout comme comme une vraie culture qui peut rayonner dans le monde", poursuit Nicolas de Villiers à l'antenne de Sud Radio.

"Nous sommes le pays qui a inventé la gastronomie, la haute couture, le cinéma, l'aviation…"

Pour Nicolas de Villiers, l'enjeu ne réside pas dans l'origine des capitaux, mais dans le récit proposé aux visiteurs. "Je crois que l'investissement est toujours une bonne chose. Je dis simplement qu'en France, nous avons les moyens d'investir. Vous savez, le Puy du Fou, qui s'est construit à partir de rien, sans argent public, a réussi à déployer une aventure qui est devenue une entreprise, qui aujourd'hui a les mêmes moyens d'investissement que ceux annoncés par l'Arabie saoudite sur ce projet précis. Donc, aujourd'hui, être impressionné par un investissement étranger de cette ampleur, c'est, je crois, faire une petite erreur de jugement."

"Moi, je suis au contraire très favorable à l'idée d'investir par exemple, à Mirapolis. Je dis simplement : 'il faut mettre autour de la table des créateurs français, il faut mettre autour de la table des talents français pour raconter la France sous une forme ou sous une autre'. Nous sommes le pays qui a inventé la gastronomie comme un art, qui a inventé la haute couture, qui a inventé le cinéma, qui a inventé l'aviation…. Nous sommes le pays de Victor Hugo et de Saint-Exupéry. Comment nous pouvons abandonner notre identité, visiblement en avoir presque honte, au profit d'un exotisme un peu mondain qui consisterait à dire : 'ah, le Japon, c'est bien mieux !". Mais le Japon, c'est magnifique… au Japon !", a estimé Nicolas de Villiers à l'antenne de Sud Radio.

"La France est admirée par le monde entier, mais nous sommes le seul pays qui en doute"

Le président du Puy du Fou assure toutefois ne pas convoiter lui-même le site de Mirapolis. "Aujourd'hui, nous avons mis toutes nos forces au Puy-du-fou en Vendée. Et donc, ce n'est surtout pas mon ambition à votre micro de dire : 'ah, je voudrais bien récupérer Mirapolis'. Pas du tout. D'ailleurs, quand le Puy-du-fou s'implante en Espagne, on n'y importe pas une licence française ni japonaise, on n'y importe rien, si ce n'est notre savoir-faire, mais au service d'une culture locale et d'une histoire locale. Je dis simplement ceci : 'en France, de grâce, portons des projets qui font la promotion de l'identité française et qui nous permettent non pas une fierté repliée sur nous-mêmes, mais une fierté rayonnante qui consiste à faire partager aux 100 millions de touristes qui viennent nous voir chaque année un petit bout de France… c'est-à-dire ce qu'ils viennent chercher'. Imaginez les Japonais qui viendront nous voir demain et qui découvriront Dragon Ball. Ils diront : 'Pourquoi suis-je venu en France? Si c'est pour voir Dragon Ball…'.

Donc, moi, je crois que la France, elle fascine, elle est admirée par le monde entier, nous sommes le seul pays qui en doute. Mais en réalité, si les gens viennent nous voir si nombreux et font de nous la première destination mondiale, c'est précisément parce que nous avons impressionné le monde pendant des siècles avec Versailles, nos châteaux de la Loire, avec Victor Hugo et tant d'autres. Donc, il faut être fiers de ça, et c'est ça qu'il faut mettre en scène dans un parc", répète Nicolas de Villiers au micro de Sud Radio.

À ce stade, aucune décision définitive n'a été annoncée. Les études techniques, environnementales et économiques doivent encore être menées avant un éventuel dépôt de permis. Si le projet voit le jour, il marquera le retour d'un grand parc d'attractions sur un site qui fut l'un des symboles des ambitions françaises en matière de loisirs dans les années 1980, tout en relançant le débat sur l'identité culturelle des grands équipements touristiques.

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