Sensé soutenir et favoriser le dépistage du cancer du sein, Octobre rose est devenu un outil politique. Le débat est parti d'une vidéo de la présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale. Mathilde Panot y explique pourquoi elle ne portera pas le fameux ruban rose significatif de la cause, en dénonçant les origines industrielles de la campagne. Elle affirme que le groupe Syngenta, dont l'ancêtre est l'Imperial Chemical Industries, fabriquait des pesticides comme le DDT, « un perturbateur endocrinien et cancérogène », tout en commercialisant un traitement contre le cancer du sein.
« Ils vendent le poison qui vous rend malade et ils vendent ensuite le traitement pour cette même maladie. Voilà comment les empoisonneurs font double profit », déclare-t-elle. Selon la députée, c'est au milieu des années 1980 que le groupe aurait jugé son marché du cancer du sein « trop restreint » et lancé la campagne devenue Octobre Rose en France pour favoriser le dépistage. « Voilà pourquoi je ne porterai pas le ruban d'Octobre Rose », conclut-elle. Elle élargit ensuite son propos à la filiale israélienne de Syngenta, Adama, qu'elle relie aux « projets d'expansion coloniale d'Israël ».
« C'est triste d'entendre ce genre de propos »
Interrogée au micro de Sud Radio sur ces accusations, Karine Martin Laprade, directrice de l’association Ruban Rose, a d'abord estimé « ne pas avoir envie de répondre à une polémique, à une vidéo d'une femme politique. Nous, on est une association apolitique justement. Nous, on est là pour soutenir la recherche, pour informer justement sur le dépistage, c'est vraiment essentiel », a-t-elle déclaré.
Elle a toutefois apporté une précision sur l'histoire de l’opération. Octobre Rose est « né effectivement fin des années 80 aux États-Unis pour qu'on parle du cancer », tandis que Ruban Rose, l'association française, est « encore autre chose », issue du petit ruban rose qui rassemble les gens. Relancée sur l'influence de l’élue LFI, elle juge « triste d'entendre ce genre de propos, parce qu'effectivement ça implique que des femmes ne vont pas aller se faire dépister (…) Toute notre campagne de cette année, c'est justement de dire qu'il faut agir pour soi parce qu'on peut changer sa trajectoire de vie » explique-t-elle.
🎀Octobre rose : dépistage du cancer du sein 🗣️ @kmartinlaprade : « Aller faire une mammographie peut changer la trajectoire de vie d’une femme » 📺 https://t.co/ZtgvbSTep3 https://t.co/cQBRYBGGyz
— Sud Radio (@SudRadio) October 12, 2026
Des propos « innommables »
Michelle, ancienne soignante passée par un cancer du sein, a été beaucoup plus sévère. Elle a qualifié les propos de Mathilde Panot d'« innommables ». « C'est criminel parce que justement, l'intérêt de faire la mammographie de dépistage, c'est de découvrir suffisamment tôt qu'un cancer est installé », a-t-elle expliqué.
Elle a rappelé qu'un traitement pris rapidement peut parfois éviter la chimiothérapie : « On peut n'avoir que la radiothérapie, c'est quand même autre chose au niveau des effets secondaires. » Pour elle, la députée « a tout mélangé ». « Je redis encore : c'est criminel pour les femmes. »
Un cancer qui peut guérir « dans 9 cas sur 10 »
Pour rappel, « une femme sur huit sera touchée par le cancer du sein au cours de sa vie. Donc cela concerne tout le monde, c'est-à-dire les femmes comme les hommes, parce qu'autour de nous, on a forcément des femmes qu'on aime », a souligné Karine Martin Laprade. Le cancer du sein est « le premier cancer féminin », avec près de 12 000 décès pour 60 000 cas détectés. Mais c'est « aussi celui qui se soigne le mieux » car, détecté tôt, il guérit « dans 9 cas sur 10 ». Ainsi, le point noir reste le dépistage : « Plus d'une femme sur deux ne va pas se faire dépister ».
« On a tous peur d'un résultat »
La première raison est la peur. « On a tous peur d'un résultat, dès qu'on fait un examen », a admis Karine Martin Laprade. « Mais ne pas faire l'examen, la conséquence est bien plus importante, plus grave aussi ». La seconde est le quotidien. « Souvent les femmes s'occupent du rendez-vous du dentiste, du petit, du rendez-vous de sport de la petite, du frigo, de la voiture, de tout. Et nous, notre papier, on le met de côté, on le repousse un peu », a-t-elle expliqué.
Selon elle, il faudrait en faire un réflexe : « On se lave les dents le matin, eh bien il faut aussi aller faire son examen ». Le dépistage est pris en charge par l'Assurance Maladie : entre 50 et 74 ans, la mammographie est remboursée à 100 % et une lettre d'invitation est envoyée, tous les deux ans. Avant 50 ans, elle est remboursée à 70 %.