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Maire écroué après le décès d'une sexagénaire: le village de Plouasne "peiné" et "choqué"

"Tout le monde est choqué" jeudi à Plouasne, dans les Côtes d'Armor, au lendemain de l'incarcération du maire après le décès d'une habitante décrite comme "désorientée", qu'il voulait faire hospitaliser.

Damien MEYER - AFP

"Tout le monde est choqué" jeudi à Plouasne, dans les Côtes d'Armor, au lendemain de l'incarcération du maire après le décès d'une habitante décrite comme "désorientée", qu'il voulait faire hospitaliser.

Le maire de cette commune de 1.800 habitants et un conseiller municipal ont été mis en examen mercredi pour "arrestation" arbitraire et "violences volontaires ayant entraîné la mort".

L'édile a été placé en détention provisoire et l'autre élu a été laissé libre sous contrôle judiciaire.

"Je pense qu'il y a eu un effet de groupe, ils ont fait une bêtise", confie à l'AFP Yannick Pichon, retraité de 62 ans, voisin du conseiller municipal mis en cause aux côtés du maire après la mort de cette sexagénaire.

"La femme décédée, je la connais, je suis vraiment peiné pour elle", a-t-il ajouté.

Le 7 avril, le maire et le conseiller municipal ont empêché la femme de 66 ans, qu'ils souhaitaient "faire hospitaliser en psychiatrie, suite notamment aux troubles qu'elle aurait occasionnés à son voisinage", de regagner son domicile, a expliqué le procureur de Saint-Malo, Fabrice Tremel.

La maison de la sexagénaire décédée à Plouasne dans les Côtes d'Armor, le 16 avril 2016

La maison de la sexagénaire décédée à Plouasne dans les Côtes d'Armor, le 16 avril 2016

Damien MEYER - AFP

Les deux hommes, ainsi que deux autres personnes, sont "intervenus physiquement, avec des degrés d'implication différents, pour contenir fermement la victime au sol en exerçant sur elle une pression", a décrit le procureur en se basant sur plusieurs vidéos prises par un témoin. La scène a duré "15 minutes".

La victime a été attachée au niveau des jambes "à l'aide d'une sangle et d'une corde apportées par deux d'entre eux".

Les faits se sont déroulés devant la maison de la victime, située dans un hameau à l'écart du village. Des scellés rouges barraient encore jeudi les fenêtres de la longère.

Le maire n'avait pas pris d'"arrêté municipal d'hospitalisation sous contrainte" à l'encontre de la sexagénaire ni fait délivrer de certificat médical exigé pour établir un tel arrêté, a indiqué M. Tremel.

- "La femme au vélo" -

Certains habitants de la commune, comme Patrick Geslin, qui figurait sur la liste du maire aux dernières élections, déplorent auprès de l'AFP un "geste malheureux" de deux hommes impliqués dans la vie du village.

Maire depuis 2008, Michel Daugan a fait "énormément de choses pour la commune", fait valoir M. Geslin, citant notamment l'implantation d'un supermarché et l'installation d'un pôle santé avec "trois médecins" et "un dentiste".

Vue aérienne du village de Plouasne, dans les Côtes d'Armor, le 16 avril 2016

Vue aérienne du village de Plouasne, dans les Côtes d'Armor, le 16 avril 2016

Damien MEYER - AFP

A la terrasse du café du village, Samira, mère au foyer de 38 ans, considère que la victime était "une dame désorientée mais pas méchante".

"C'était la femme au vélo avec un gilet jaune, elle pouvait mettre trois bonnets de couleurs différentes", avoir "le visage peinturé" et avait déjà fait "des séjours en psychiatrie", se souvient-elle.

La trentenaire dénonce le comportement de "shérif" des élus dans cette affaire mais dit aussi avoir "un pincement au coeur pour le maire car il a 80 ans".

Des habitantes qui côtoyaient la victime assurent qu'elle n'était "en aucun cas agressive", selon Hélène Barrois, autoentrepreneuse 39 ans, qui s'est dite "affectée par ce qui est arrivé".

"Elle ne vivait pas comme tout le monde (...) tout le monde la prenait pour une illuminée mais elle était très intelligente", ajoute Mme Barrois, qui avait parlé à la victime quelques heures avant son décès et l'avait trouvée "pas très cohérente".

L'ambiance dans la commune était "déjà tendue" depuis les dernières élections municipales, souligne Patrick Geslin.

La réélection de Michel Daugan en mars au second tour avec une égalité parfaite des voix est contestée. Sa liste avait été déclarée victorieuse en vertu de la moyenne d'âge la plus élevée, comme le prévoit le code électoral.

"Tout porte à croire qu'il ne fallait pas qu'il soit réélu", regrette Mme Barrois, désolée que M. Daugan passe "de maire à criminel".

Par Marjorie BOYET / Plouasne (Côtes d'Armor) (France) (AFP) / © 2026 AFP

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