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Le récit glaçant de la tentative de meurtre d'un dissident azerbaïdjanais à Nantes en 2021

"Je me pensais mort": le blogueur azerbaïdjanais dissident Mahammad Mirzali a livré, mardi, un récit glaçant de son agression à Nantes il y a cinq ans pour laquelle plusieurs accusés comparaissent à Rennes devant une cour d'assises spéciale.

Loic VENANCE - AFP/Archives

"Je me pensais mort": le blogueur azerbaïdjanais dissident Mahammad Mirzali a livré, mardi, un récit glaçant de son agression à Nantes il y a cinq ans pour laquelle plusieurs accusés comparaissent à Rennes devant une cour d'assises spéciale.

Costume clair, Mahammad Mirzali a détaillé avec force détails cette minute de mars 2021 durant laquelle il a été lardé de coups de couteaux par trois agresseurs.

"Je pensais que c'était la dernière fois que je respirais. Je mourais", a-t-il dit en français, sous le regard des sept prévenus, six dans le box, un autre étant sur le banc sous contrôle judiciaire et deux absents.

Il a évoqué un "crime politique" qui "vient du gouvernement d'Azerbaïdjan" dans une salle d'audience placée sous très haute sécurité.

"Cette agression ne vient pas de nulle part, c’est quelque chose que RSF observe depuis des années dans plusieurs pays", a ensuite témoigné Jeanne Cavelier, responsable de Reporters sans frontières (RSF) pour l'Asie centrale et l'Europe de l'est.

Cette "répression transnationale" qui consiste à "intimider, menacer et agresser" des journalistes et opposants dans un autre Etat, est pratiquée notamment par la Chine, l'Iran, l'Egypte, la Turquie, la Russie et la Biélorussie, a-t-elle souligné.

Mardi matin, le blogueur de 32 ans, qui alimente une chaîne YouTube et un blog comptant des centaines de milliers d'abonnés, avait narré sa difficile vie de dissident d'abord en Azerbaïdjan puis en France où il bénéficie depuis 2016 du statut de réfugié politique.

Les trois membres présumés du commando et les six hommes accusés de les avoir aidés dans leur entreprise criminelle à travers l'Europe sont tous de nationalité ou d'origine azerbaïdjanaise.

Durant le témoignage du blogueur, le principal accusé, Emin Gasimov, incarcéré à la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe (Orne) et qui pour les enquêteurs est membre de la mafia russophone des "voleurs dans la loi", a plusieurs fois élevé la voix, conduisant le président à menacer de lui couper le micro.

- Une vie "volets baissés" -

Mahammad Mirzali a expliqué à la Cour sa vie quasi monacale "avec ses parents qui ne savent pas où il habite" et un appartement "plongé dans le noir, avec volets baissés".

Le blogueur azerbaïdjanais dissident Mahammad Mirzali, le 6 mai 2022 à Nantes

Le blogueur azerbaïdjanais dissident Mahammad Mirzali, le 6 mai 2022 à Nantes

Loic VENANCE - AFP/Archives

"Même chez moi je ne me sens pas bien en sécurité", a-t-il dit, rappelant le meurtre d'un autre opposant au régime azerbaïdjanais poignardé en octobre 2024 à Mulhouse.

Interrogé sur sa volonté de continuer à vilipender le régime azerbaïdjanais, Mahammad Mirzali a rétorqué: "Pourquoi arrêter? Le gouvernement ne me lâchera pas".

Le blogueur a été condamné dans son pays d'origine en 2025, par contumace, à six ans et demi de prison, et fait l'objet de menaces de mort récurrentes.

Les avocats des accusés ont tenté de le déstabiliser en lui demandant pourquoi le commando était parti et avait arrêté ses coups, laissant suggérer que les agresseurs ne voulaient en réalité pas le tuer mais l'intimider.

"Quand ils venaient vers moi, je zigzaguais, ils ont perdu du temps et tout le monde klaxonnait" car les accusés avaient stoppé leur véhicule sur les voies de circulation. "Je pense qu'ils ont perdu du temps et qu'ils ont stressé. Ils ont bien essayé de m'assassiner", a répondu M. Mirzali, se mettant même par terre devant la cour pour montrer dans quelle position il s'était mis pour parer les coups.

Les neuf accusés, jugés selon les cas pour tentative de meurtre en bande organisée, complicité ou association de malfaiteurs, encourent des peines allant de dix ans de prison à la perpétuité. Le verdict est attendu en fin de semaine prochaine.

Par Benjamin MASSOT / Rennes (France) (AFP) / © 2026 AFP

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