Alors que l'Office national des forêts (ONF) justifie ces restrictions par des impératifs de sécurité, les défenseurs de l'environnement réclament davantage de transparence et des mesures de protection renforcées, notamment une suspension de la chasse pendant un an.
"On a appris dernièrement qu’un lieutenant de louveterie mandaté par l’État avait eu l’autorisation d’aller abattre deux animaux blessés"
Après les incendies d'une ampleur inédite qui ont détruit près de 2.000 hectares de la forêt de Fontainebleau, la polémique enfle autour de la gestion de l'après-crise. Plusieurs associations de protection de la nature contestent les conditions d'accès au massif forestier, fermé au public par arrêté préfectoral jusqu'au 21 août 2026. Elles dénoncent une situation paradoxale : alors que la forêt reste inaccessible aux naturalistes et aux bénévoles, un lieutenant de louveterie mandaté par l'État a été autorisé à procéder à des tirs sanitaires sur des animaux blessés.
À l'appel de plusieurs collectifs, une centaine de personnes se sont rassemblées pour exprimer leur incompréhension face à cette décision. Les manifestants demandent à pouvoir constater les dégâts sur la faune et participer, lorsque cela est possible, à des opérations d'assistance ou d'évaluation aux côtés de professionnels.
Président de l'association "Pour une forêt vivante" et photographe animalier, Yannick Dagneau estime au micro de Sud Radio que les associations ont été écartées du terrain au moment où leur expertise aurait pu être utile. "C’était important qu’on puisse manifester notre mécontentement, notre incompréhension, notre colère. Puisque la faune sauvage a payé un lourd tribut à la suite des incendies. La forêt de Fontainebleau est interdite à la fréquentation à la suite d’un arrêté préfectoral qui court jusqu’au 21 août 2026. On a appris dernièrement qu’un lieutenant de louveterie mandaté par l’État avait eu l’autorisation d’aller abattre deux animaux blessés. Ce qui nous a dérangés dans cette histoire, c’est que, malgré les nombreuses demandes de la part de différentes associations pour aller un petit peu sur le terrain et constater les dégâts occasionnés sur la faune sauvage, l’ONF verrouille ses portes. Il y aurait été intéressant, par exemple, qu’une personne ayant les compétences, comme un vétérinaire, aille constater sur le terrain l’ampleur des blessures des animaux concernés", a fait savoir Yannick Dagneau à l'antenne de Sud Radio.
"On a une interdiction d’aller dans le massif forestier pour apporter de l’eau aux animaux"
L'Office national des forêts rappelle de son côté que la fermeture temporaire du massif vise avant tout à garantir la sécurité du public. Les incendies ont fragilisé de nombreux arbres, provoqué des chutes de branches et rendu certains secteurs particulièrement dangereux. Les interventions restent donc limitées aux personnels habilités et aux missions autorisées par les autorités compétentes.
Pour les associations, l'urgence concerne également la survie des animaux qui ont échappé aux flammes. Les fortes chaleurs compliquent encore leur accès à l'eau, alors que de nombreux points d'abreuvement naturels ont été affectés par les incendies. "À cause de l’arrêté préfectoral, on a une interdiction d’aller dans le massif forestier pour apporter de l’eau aux animaux. Beaucoup de gens le font quand même, en bordure du domanial, qui n’est pas soumis à l’arrêté préfectoral. Moi, je le fais dans le cadre de mon association, mais il y a pléthore de particuliers qui le font également pour apporter un petit peu d’eau aux animaux et les soulager sur le plan hydrique", raconte Yannick Dagneau au micro de Sud Radio.
"On demande à ce qu’il y ait une suspension de la chasse pendant au moins une année"
Au-delà des mesures d'urgence, les défenseurs de la nature demandent que la faune bénéficie d'une période de tranquillité afin de se reconstituer. Ils plaident notamment pour une suspension temporaire des activités de chasse dans le massif. "Ce qu’on demande, c’est qu’au-delà des zones qui ont été sinistrées par les incendies, on demande à ce qu’il y ait une suspension de la chasse pendant au moins une année, le temps que les animaux recouvrent une certaine quiétude. Parce que là, ils ont été extrêmement stressés. La petite faune (tout ce qui est reptiles, batraciens, insectes) a payé vraiment un lourd tribut dans ces incendies. La grande faune (les sangliers, les chevreuils, cerfs, biches), je suis un peu moins alarmiste, ils ont un instinct de survie bien supérieur au nôtre. Même si, effectivement, il y a très certainement des animaux qui ont péri dans les flammes. La configuration des incendies a fait qu’il n’y a pas eu de phénomène d’encerclement. Donc, la grande faune a pu se réfugier dans des zones refuges. Elle a bougé d’endroit, ce que n’a pas pu faire la petite faune, malheureusement", poursuit Yannick Dagneau au micro de Sud Radio.
Si Yannick Dagneau souligne que le sinistre reste sans commune mesure avec les gigantesques feux qui ont touché d'autres régions françaises ces dernières années, il considère néanmoins qu'il marque un tournant pour la forêt francilienne. "La forêt de Fontainebleau, c’est 2.000 hectares qui sont partis en fumée, c’est un dixième du massif forestier. C’est sûr qu’on ne peut que relativiser quand on voit ce qui s’est passé dans les Landes. Ce qui m’inquiète, sans tomber dans un discours catastrophiste : je pense que c’est un avant-goût de ce qui va se passer dans les étés futurs."
Au-delà de la controverse sur les tirs sanitaires, le débat porte désormais sur la manière de gérer les conséquences écologiques des incendies. Les associations souhaitent être associées aux opérations de suivi de la biodiversité et aux réflexions sur la restauration du massif. Elles estiment que la protection de la faune ne peut se limiter aux seules interventions d'urgence et qu'elle nécessite une stratégie de long terme, dans un contexte où les épisodes de sécheresse et les incendies risquent de devenir plus fréquents.
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