Comme aux Mondiaux, les Championnats d'Europe de cyclisme se disputeront sans oreillette à partir de samedi en Slovénie. Si certains estiment que cette interdiction rend les courses plus débridées et intéressantes, elle n'a cependant que peu de chances de se généraliser.
Supprimer les oreillettes, qui permettent aux coureurs de communiquer avec leurs directeurs sportifs, est un serpent de mer qui refait régulièrement surface sans qu'on ait véritablement avancé sur le sujet.
A Montréal, le scénario palpitant des courses femmes et hommes aux Mondiaux a remis une pièce dans la machine, certains faisant le lien direct entre l'absence d'oreillettes et le spectacle offert, comme lors des JO-2024 à Paris.
"C'est ce qu'il y a de mieux, courir à l'instinct, sans oreillettes. Ça donne toujours lieu à de très belles courses. Je suis fan", a déclaré le Néerlandais Mathieu van der Poel, médaillé de bronze.
"Moi aussi", a abondé, en partageant sur les réseaux sociaux les propos de Van der Poel, le président de l'Union cycliste internationale (UCI) David Lappartient qui milite depuis longtemps pour la suppression ou la limitation des radios en vigueur dans le peloton depuis 1990.
L'UCI avait pour la première fois interdit les oreillettes aux Championnats du monde d'Innsbruck en 2018, avec l'objectif de rendre les courses moins prévisibles.
En 2024, elle a testé un élargissement aux courses professionnelles du WorldTour en limitant à deux coureurs par équipe le port de l'oreillette lors du Tour de Pologne.
Certains avaient applaudi, comme Marc Madiot, président de Groupama-FDJ, pour qui les oreillettes ont transformé les coureurs en "robots téléguidés".
- "Immense farce" -
Mais d'autres patrons d'équipe ont rué dans les brancards. Fer de lance de la fronde, Richard Plugge, le patron de la formation Visma-Lease a bike, avait déploré "une immense farce" qui mettrait, selon lui, les coureurs en danger.
Ces dernières années, le débat, au-delà de l'impact potentiel sur l'attractivité des compétitions, a glissé de plus en plus sur le terrain de la sécurité, en particulier après une succession de violentes chutes début 2024 impliquant plusieurs stars comme Jonas Vingegaard et Remco Evenepoel.
Le Portugais Joao Almeida, porteur du maillot rose de leader, parle à l'oreillette lors de la 13e étape du Tour d'Italie, le 16 octobre 2020
Luca Bettini - AFP
Les détracteurs des oreillettes mettent en avant qu'elles peuvent constituer pour les coureurs une source de distraction et une incitation à prendre plus de risques lorsque tous les directeurs sportifs donnent la même consigne de se placer à l'avant.
Les défenseurs de la radio estiment que c'est, au contraire, un élément indispensable à la sécurité. "Si un arbre tombe sur la route ou qu'une voiture est mal garée tu fais comment pour prévenir le coureur?", s'interrogeait pendant Paris-Roubaix Julien Jurdie, directeur sportif chez Decathlon CMA CGM, jugeant "inimaginable" la suppression des oreillettes.
- Un canal unique ? -
Thomas Voeckler, le sélectionneur de l'équipe de France, qui a "toujours été contre l'oreillette" parce que les "courses sont plus belles sans", n'est pas défavorable à "un canal unique en plusieurs langues pour prévenir seulement des dangers".
Mais il convient que, dans l'ensemble, la plupart des coureurs sont plutôt "pour l'oreillette", tout comme l'AIGCP, l'association des équipes professionnelles.
"On en a besoin pour notre sécurité", explique à l'AFP le coureur de Cofidis Benjamin Thomas, même s'il convient que "la surinformation" débouche souvent sur des "courses cadenassées" et des "scénarios connus à l'avance".
"Quand tu fais une étape du Tour de France, que tu traverses 40 villages, que tu as 70 ronds-points, 120 îlots, des rétrécissements, des dos d'âne, tu ne peux pas tout apprendre par cœur. On a besoin de ces informations pour éviter les chutes."
Face aux blocages, l'UCI a dernièrement réorienté sa réflexion en matière de sécurité sur le déploiement des cartons jaunes ou la limitation des braquets.
"C'est un peu la résignation", souligne Benjamin Thomas, aussi favorable à un canal commun pour la sécurité.
"C'est une piste que j'aimerais explorer. Ça redonnerait plus de sens à la course. Ça serait beau, un peu comme des courses amateurs. Quand j'ai gagné sur le Giro (en 2024), personne ne m'a dit dans l'oreillette qu'il fallait attaquer. Et au final, ce sera peut-être la plus belle victoire de ma carrière. C'est bien la preuve qu'il faut suivre son instinct."
Par Jacques KLOPP / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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